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Cet article est issu du dossier «Télécoms : 2020, l'année qui a tout changé en Afrique»

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MTN : sortie de Jumia et reconquête boursière, les premiers pas de Ralph Mupita

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Mis à jour le 03 novembre 2020 à 14h37
Ralph Mupita à Londres, en mai 2019.

Ralph Mupita à Londres, en mai 2019. © Chris Ratcliffe/Bloomberg via Getty Images

Si le nouveau patron de l’opérateur a acté le retrait du capital de Jumia – un projet lancé par son prédécesseur, Rob Shuter – il commence aussi à imposer ses propres choix.

« Si la technologie reste réservée à une petite tranche de la société, elle participe à l’accroissement des inégalités. » À l’occasion d’une intervention lors de l’événement virtuel GSMA Thrive Africa 2020, qui réunissait à la fin de septembre la fine fleur de l’internet africain, Ralph Mupita s’est montré soucieux de l’impact social des activités du groupe, qu’il pilote depuis deux mois.

Discret depuis sa prise de fonctions à la mi-août, le nouveau patron de l’opérateur aux 261 millions de clients et aux 17 filiales africaines est présenté officiellement comme l’homme de la continuité, s’inscrivant dans la stratégie de rationalisation et de digitalisation du groupe entamée il y a quatre ans par son prédécesseur, l’Anglo-Sud-Africain Rob Shuter.

Preuve en est, lors de la publication des ses résultats pour le troisième trimestre de 2020, MTN a annoncé le retrait de sa participation de 18,9 % dans la plateforme de e-commerce Jumia. L’opération lui permet de récupérer la somme de 140 millions de dollars, bien moins que ce qu’il espérait aux premières heures de la cotation du titre à New York.

Retrouver de la valeur boursière

« Nous sommes fiers d’avoir été un partenaire dans l’évolution de l’une des entreprises pionnières des marchés en ligne en Afrique et nous poursuivrons notre relation avec Jumia par le biais de partenariats opérationnels permanents sur certains marchés », indique néanmoins l’opérateur dans un communiqué.

En coulisse, l’ingénieur civil formé à la prestigieuse Université de Cape Town (UCT), reconverti dans la finance via un MBA également effectué à l’UCT, commence à imposer ses thématiques. Expatrié zimbabwéen arrivé à 18 ans dans la nation Arc-en-Ciel, il se définit lui-même comme un Panafricain, sensible au développement de son continent. Mais le mois d’octobre a été marqué par plusieurs sessions de travail à mille lieues de toute considération sociale. « Nous avons affiné une stratégie très financière, axée essentiellement sur l’amélioration du cours de notre action en Bourse », indique une source interne.

En d’autres termes, Mupita veut réussir là où Shuter a échoué. Toujours en dessous de son niveau enregistré à l’arrivée de Shuter en 2017, le titre de l’opérateur a aussi du mal à retrouver sa valeur d’avant la crise. Après un timide pic à 69 rands (3,57 euros) à la veille du passage de flambeau, l’action a baissé et s’échange autour de 54 rands à Johannesburg.

Bon communicant

Père de famille, marié à une ex-cadre d’Old Mutual, le nouveau patron dispose des réseaux de son mentor Freedom Phuthuma Nhleko, ancien DG de MTN. C’est ce dernier qui l’avait convaincu en 2017 de quitter un poste de DG pour venir gérer les finances de l’opérateur. Les bons connaisseurs de l’entreprise s’accordent à dire que Phuthuma Nhleko et son board avaient déjà à l’époque l’ambition de porter Mupita – identifié comme un cadre noir à haut potentiel – à la tête de MTN, Shuter – dirigeant blanc – ayant été recruté en urgence pour régler les crises qui minaient l’entreprise depuis le milieu des années 2010.

Présenté à sa nomination comme un expert des services financiers et de la fusion-acquisition, ce fondu de F1 prend la barre d’un opérateur solidifié et plus souple. MTN a présenté de bons résultats pour la première moitié de 2020. En hausse de 11 %, son excédent brut d’exploitation (Ebitda) s’élevait à 42 milliards de rands, et son bénéfice net est attendu autour de 13 milliards de rands cette année.

Après trois ans et demi à la tête des finances de l’opérateur, l’ancien DG pour les marchés émergents d’Old Mutual se sent capable de dompter les investisseurs. « C’est un bon communicant qui apprécie ce genre d’exercice. À son poste de directeur financier, il s’est appuyé pleinement sur son équipe pour l’aspect opérationnel, ce qui lui a laissé du temps pour cultiver de bonnes relations avec les marchés », indique un cadre de MTN.

Défis ghanéen et afghan

Deux mois après une promotion plutôt attendue, personne ne sait si le nouveau maître des lieux a prévu une refonte de son comité de direction. S’il a formé un duo efficace avec Rob Shuter, qu’il a rencontré dans les couloirs de Nedbank lorsque lui-même était à Old Mutual – la maison mère –, le Zimbabwéen n’en était pas pour autant proche. De nombreux dossiers vont mettre le nouveau DG au défi.

À commencer par les ennuis de la filiale au Ghana. Selon l’Autorité nationale des communications, MTN contrôlerait près de 68 % de l’activité mobile du pays ; ses activités doivent donc être restreintes afin de garantir l’équité aux concurrents AirtelTigo, Vodafone et Glo. D’abord prudent quant à la riposte à adopter, MTN, qui avait opté pour l’offensive fin juin en saisissant la justice, s’est depuis rétracté constatant la bonne foi du régulateur dans des négociations toujours en cours.

L’autre dossier extrêmement sensible concerne la plainte contre MTN déposée aux États-Unis pour financement du terrorisme en Afghanistan. Alors que le groupe au logo jaune et bleu nie en bloc toute connexion financière criminelle, cette affaire pourrait le mettre en difficulté dans la cession prochaine de ses filiales en Syrie, en Afghanistan et au Yémen.

Saisir de nouvelles sources de revenus

Mupita dispose d’une expérience incontestable pour le volet financier de son nouveau poste et avoue cultiver une dilection assumée pour la complexité. Aux côtés de Shuter, il a fait mener à l’opérateur une cure d’amaigrissement drastique pour le désendetter (le ratio dette/capital total a baissé de moitié).

Il a été un précieux conseiller dans la clôture des contentieux au Nigeria, capable d’analyser les risques et les effets financiers des décisions. Désormais, il lui faudra aussi prouver ses talents de négociateur, notamment avec ses interlocuteurs politiques en Afrique du Sud et partout ailleurs. Il devra également montrer son habileté à saisir de nouvelles sources de revenus et de rentabilité, dans un secteur des télécoms et de la tech qui évolue vite, et parfois brutalement.


La nouvelle vie de Rob Shuter

Officiellement DG de MTN jusqu’en mars 2021, « Iron Man » reste à la disposition de son successeur pour l’épauler dans la gestion des affaires courantes. L’Anglo-Sud-Africain prépare néanmoins son retour en Europe, plus précisément à Londres, où il prendra en charge la filiale de BT Group dévolue aux entreprises et au secteur public, dont il intègre aussi le comité exécutif.

Shuter connaît déjà l’environnement européen des télécoms pour avoir passé huit ans dans le giron de Vodafone, où il a occupé divers postes à responsabilité entre Johannesburg et Amsterdam de 2009 à 2015.

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