Arts

RDC : l’Académie des beaux-arts de Kinshasa, fabrique de talents

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Henri Kalama Akulez, directeur général de l’Académie des beaux-arts de Kinshasa.

Henri Kalama Akulez, directeur général de l’Académie des beaux-arts de Kinshasa. © Arsene Mpiana

Depuis sa création, il y a plus de 70 ans, l’Académie des beaux-arts de Kinshasa est une référence. Elle a su s’adapter aux évolutions de la société et a aujourd’hui le statut d’université.

Que de chemin parcouru depuis la création de l’École Saint-Luc, en 1943, par Marc Stanislas Wallenda, à Gombe-Matadi, près de Mbanza-Ngungu (dans le Kongo-Central). L’établissement est rebaptisé Académie des beaux-arts (ABA) en 1957, huit ans après son transfert dans le centre de Léopoldville, devenue Kinshasa.

« En 1943, nous étions dans un environnement colonial. L’école était un atelier d’apprentissage où l’on travaillait surtout le bois. Aujourd’hui, l’Académie a le statut d’université. On y enseigne la technique combinée à la théorie. Aux sciences et techniques artistiques ont été ajoutées des disciplines comme la ­philosophie, la sociologie et l’histoire de l’art », souligne son directeur, Henri Kalama Akulez, docteur en arts plastiques.

Plus de 1500 étudiants

Autre changement notable : alors que Wallenda, un missionnaire belge de la congrégation des Frères des écoles chrétiennes (lasalliens), choisissait ses élèves, aujourd’hui ce sont les étudiants qui postulent. Ils sont issus de toutes les catégories sociales, savent ce qu’ils veulent et assument pleinement leur choix.

L’Académie est rattachée au ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire, dont elle tire une partie de ses ressources, le reste provenant du minerval (frais de scolarité) payé par ses quelque 1 500 étudiants, soit entre 250 dollars et 400 dollars par an et par élève.

L’ABA prépare au graduat (bac + 3) et à la licence (bac + 5). S’il vise un DEA et un doctorat, l’étudiant devra aller à l’étranger ou, s’il est dans une filière audiovisuelle, à l’Institut facultaire des sciences de l’information et de la communication (Ifasic), également situé à la Gombe.

Les étudiants sont surtout attirés par la communication visuelle et l’architecture intérieure

Pour entrer à l’Académie, deux possibilités : avoir obtenu un diplôme d’État (le bac) en arts plastiques, ou passer le concours d’entrée. Trois instituts des beaux-arts (Kinshasa, Lubumbashi, Kananga), des établissements secondaires que chapeaute l’ABA, préparent à ce bac artistique. Une fois admis, les étudiants seront encadrés par 91 enseignants, tous fonctionnaires.

Photographie et design

L’ABA compte deux sections d’enseignement (chacune divisée en départements) : les arts plastiques (peinture, sculpture, céramique, métal, restauration et conservation des œuvres d’art) et les arts graphiques (architecture intérieure, communication visuelle, photographie et design – les deux derniers nés).

C’est la section arts graphiques, en particulier ses départements communication visuelle et architecture intérieure, qui attire le plus d’étudiants. « Le marché du travail est porteur pour ces créneaux. Des entreprises de conseil en décoration, des sociétés de communication et d’événementiel embauchent. Nous tenons d’ailleurs à répondre à leurs besoins, voire à les devancer », souligne Henri Kalama.

Les arts plastiques ne sont pas en reste. « L’artiste n’est plus perçu comme un marginal condamné à être pauvre, mais comme quelqu’un qui peut devenir riche et célèbre. Désormais, les parents encouragent même leurs enfants à devenir artistes ! » relève le directeur.

Une exigence d’excellence

Une évolution que l’on doit en partie aux médias, qui se font l’écho des réussites des plasticiens congolais contemporains, dont une large majorité est issue de l’ABA, parmi lesquels des maîtres reconnus comme Lufwa, Liyolo, Lema ou Tsimba. Tous ont contribué à revaloriser l’image de l’art auprès des Congolais, qui représentent aujourd’hui plus de 30 % de la clientèle des œuvres d’art.

Le besoin de coller aux évolutions de la société congolaise, doublé d’une exigence d’excellence, a amené Henri Kalama à articuler le développement de l’Académie autour de trois piliers : la professionnalisation et la qualité des cursus, l’équipement et la mise aux normes des locaux, ainsi que la formation des enseignants.

L’ABA a établi des partenariats avec, entre autres, l’Académie royale de Belgique

« Chaque année, nous envoyons deux assistants à la China Academy of Art poursuivre leur formation, et des bourses leur sont réservées », ajoute-t-il. L’ABA a également établi des partenariats avec, en autres, l’Académie royale de Belgique, l’Académie des beaux-arts de Tournai (également en Belgique) et la Haute École des arts du Rhin (France).

Les travaux de modernisation des bâtiments n’ont quant à eux pas effacé le charme des lieux, qui attirent les touristes : un espace verdoyant parsemé de statues, des fresques murales et une rangée de palmiers Malebo, plantés le long de l’avenue Pierre-Mulele, sortes de sentinelles végétales qui semblent garder les lieux.

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