Assurances

[Exclusif] Qui sont les 100 premiers assureurs africains en 2020 ?

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Mis à jour le 20 octobre 2020 à 11h43
Le marocain Wafa a acquis le camerounais Pro Assur et ses filiales Pro Assur Vie et Pro Assur SA.

Le marocain Wafa a acquis le camerounais Pro Assur et ses filiales Pro Assur Vie et Pro Assur SA. © MYMA

La belle reprise de 2019 des assureurs – dont le classement JA reste dominé par les sud-africains Sanlam, Indequity Group et Old Mutual – va se briser sur la crise sanitaire dans un secteur où les règles prudentielles pénalisent les plus petits acteurs.

Un fort élan. Comme dans le domaine bancaire, l’année 2019 a été, dans un monde encore pré-Covid, une période de reprise dans le secteur des assurances. Ô combien ! Selon notre classement exclusif, le chiffre d’affaires des 100 premiers opérateurs du secteur, exprimé en devise américaine, a fait un saut de 19,4 % à 48,9 milliards de dollars. Du jamais-vu. Ce niveau d’activité fait plus qu’effacer la chute de 9,8 % de l’exercice 2018 et dépasse tous les précédents.

Ce bond s’explique, pour partie, en raison de plus-values financières enregistrées par le géant sud-africain Sanlam. Au-delà, la croissance moyenne au sein du classement est également vigoureuse, à près de 7 %. C’est là le reflet d’une activité bien orientée dans la plupart des zones du continent pour le secteur de l’assurance en 2019.

Au Nigeria, le volume des primes en 2019 a ainsi bondi de 15,55 %, selon la Nigerian Insurers Association (NIA). Au Maroc, l’an dernier, le chiffre d’affaires des entreprises d’assurance et de réassurance a atteint 46,7 milliards de dirhams (4,8 milliards de dollars), en hausse de 8,4 %, selon l’Acapcs, le régulateur. Quant aux entreprises regroupées dans la Fanaf (Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines), soit plus de 210 sociétés dans 29 pays, les derniers chiffres disponibles portant sur 2018 faisaient état d’un progrès de 6,7 % de l’activité.

L’Afrique du Sud en tête

Sur le plan géographique, seuls 21 pays du continent sont représentés dans notre top 100, témoignage, une fois encore, de la faible pénétration des métiers de l’assurance dans l’économie africaine : la valeur moyenne des primes atteint environ 1,3 % du PIB per capita sur le continent, contre 3,3 % pour les autres économies émergentes de la planète et 9 % dans les pays de l’OCDE.

Davantage encore que dans le domaine bancaire, l’Afrique du Sud, de loin le plus important marché du continent, affiche une domination écrasante dans le classement. Les 17 acteurs de la nation Arc-en-Ciel, à eux seuls, comptent pour près de 70 % du chiffre d’affaires total, Sanlam en tête.

Comme dans les éditions précédentes, Maroc et Kenya sont à l’honneur (15 opérateurs chacun) suivi du Nigeria (9 opérateurs) et de la Tunisie (7 acteurs).

Une autre caractéristique de ce classement est sa grande stabilité parmi les leaders. Il y a peu de mouvements internes dans les rangs des différents grands acteurs. Les douze premiers figuraient déjà en tête de notre classement l’an dernier dans un ordre à peine différent.

Durcissement des règles

L’année 2019 a pourtant été une période de forte actualité dans le secteur, à commencer sur le front des règles prudentielles.

Au sein de la Cima (Conférence interafricaine des marchés d’assurance), le durcissement des règles de capital minimum dans les 14 pays de la zone s’est poursuivi. Même si ces règles ont suscité des débats vifs et nombreux, à la lumière de la crise du Covid qui va déferler sur le secteur en 2020 et bien au-delà, le régulateur, en veillant à renforcer le bilan des assureurs, a pris là une sage décision.

Selon les directives de la Cima, édictées en 2016, le capital social requis des assureurs s’élève depuis mai 2019 à 3 milliards de F CFA (5 millions d’euros), un triplement du niveau antérieur, et doit grimper à 5 milliards de F CFA à partir de mai 2021. Décriée par les acteurs de taille modeste ou ceux présents seulement sur des marchés peu profonds comme le Tchad ou le Niger, la mesure est en bonne voie d’application : elle serait engagée à ce jour par plus 85 % des opérateurs.

À noter qu’au Nigeria, le régulateur (National Insurance Commission) qui lui aussi avait requis, pour juin 2020, un doublement ou un triplement des fonds propres des assureurs, a reculé l’échéance de six à quatorze mois, à la suite de la crise sanitaire.

Recompositions contraintes

Dans ce contexte, le jeu des acteurs a été actif, et les recompositions nombreuses l’an dernier. NSIA, le groupe de l’Ivoirien Jean-Kakou Diagou, a recapitalisé à la fin de 2019 treize filiales d’assurances dans sept pays (Gabon, Sénégal, Congo, Mali, Cameroun, Togo et Bénin).

De son côté, le marocain Wafa (10e) a acquis le camerounais Pro Assur et ses filiales Pro Assur Vie et Pro Assur SA. Pour sa part, l’assureur panafricain Sunu (non consolidé dans notre classement), conduit par son fondateur Pathé Dione, a pris le contrôle de cinq filiales (Bénin, Burkina, Mali, Togo et Centrafrique) du groupe allemand Allianz. Autre opération remarquée, le britannique Prudential plc a fait son entrée dans l’espace francophone en prenant une participation majoritaire en juillet 2019 dans Beneficial, présent au Cameroun, en Côte d’Ivoire et au Togo.

Digitalisation : un « virage » retardé

Dans ce contexte, l’année 2020 aurait dû être celle de l’accélération de la digitalisation et voir l’envolée des « insurtech » et de la M-assurance. Certes les initiatives en ce sens fusent – émanant des opérateurs mobiles (MTN, Telkom, Orange avec NSIA…) – du secteur financier ou encore des jeunes pousses qui prétendent « disrupter » le monde un peu rigide de l’assurance.

En pleine crise sanitaire, la start-up ghanéenne Bima, avec ses solutions de micro-assurance, notamment de santé sur mobile, vient de faire une nouvelle levée de fonds de 30 millions de dollars. Cette jeune entreprise en plein boom avait déjà levé plus de 100 millions de dollars auprès d’investisseurs comme Allianz.

La frilosité des acteurs traditionnels, les contraintes techniques et réglementaires, bien plus importantes que dans la mobile money, tendent à retarder ce tournant majeur. Selon une enquête de la Fanaf, moins de 15 % des assureurs travaillent ainsi concrètement sur le créneau de la distribution via mobile. La crise du Covid, elle, qui s’annonce sanglante pour le secteur, va surtout retarder ce virage. Combien de temps faudra-t-il attendre pour que notre classement soit bousculé par de nouveaux acteurs venus du digital ?

Classement Jeune Afrique des 100 premiers assureurs africains

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