Energies renouvelables

Innovation : Qair et la Steg expérimentent le solaire flottant en Tunisie

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Des panneaux solaires flottants en Suisse, le 8 octobre 2019 (illustration).

Des panneaux solaires flottants en Suisse, le 8 octobre 2019 (illustration). © Valentin Flauraud/Keystone via AP/Sipa

Né de l’alliance entre un acteur privé, le français Qair, et l’opérateur public tunisien, la Steg, un projet de centrale solaire flottante, premier du genre sur le continent, va permettre d’évaluer le potentiel de cette technologie en Tunisie et dans la région.

Des panneaux solaires orientés plein sud qui ondoient au gré du clapotis de l’eau ? C’est ce dispositif, à savoir une centrale solaire flottante, que les promeneurs tunisiens devraient être en mesure contempler dès le printemps 2021 sur le lac de Tunis. Ce sera la première installation du genre sur le continent.

C’est l’agence tunisienne du producteur indépendant d’électricité français Qair qui est à l’initiative de cette innovation, après avoir remporté, en 2019, l’appel à projet du Fasep (Fonds d’étude et d’aide au secteur privé – dépendant du ministère français de l’Économie), portant sur des « solutions innovantes pour la ville durable en Afrique».

Un potentiel national important

Fort de 500 000 euros de financement, Qair, allié à la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), propose la création d’un module de 2 000 m² composé de 638 panneaux photovoltaïques attachés à un système de flotteurs, ancré au fond du lac de Tunis et fixé à la berge. D’une puissance modeste de 200 kW, le module raccordé en basse tension au réseau général doit fournir en avril 2021 de l’électricité à environ 150 familles.

« Malgré la période de confinement, les parties prenantes – Steg et ministère de l’Énergie, des Mines et de la Transition énergétique en tête – n’ont pas ménagé leurs efforts pour que le projet aille de l’avant. Avec les nombreux lacs naturels dont les eaux sont peu agitées, il existe un potentiel important en Tunisie », assure Omar Ben Hassine Bey, chargé des relations institutionnelles chez Qair et ancien consultant ayant participé à l’élaboration des différentes législations sur les énergies renouvelables en Tunisie.

Une cinquantaine de sites ont déjà été listés

L’expert imagine par ailleurs que les diverses zones industrielles installées le long de berges lacustres pourraient passer à une autoconsommation électrique grâce au solaire flottant.

Effets secondaires positifs sur l’environnement

Ce projet s’accompagne d’une étude évaluant le potentiel d’une telle technologie en Tunisie. « Les résultats obtenus seront déterminants pour estimer la part future du solaire flottant dans le mix énergétique aux côtés du solaire traditionnel et de l’éolien. L’étude nous dira aussi à quel point les coûts seront compétitifs – car ils le seront, c’est certain. Une cinquantaine de sites potentiels ont déjà été listés », détaille Abbes Miladi, responsable du département des énergies renouvelables à la Steg.

L’absence d’ombre au centre des étendues d’eau permettant un ensoleillement maximal, l’effet de réverbération et le refroidissement naturel par l’eau des panneaux photovoltaïques augmentent le rendement par rapport à une installation classique.

Les panneaux flottants participent à la lutte contre le stress hydrique

Membre du comité de pilotage, Nafaa Baccari, responsable du secteur des énergies renouvelables (ER) à l’Agence nationale de la maîtrise de l’énergie (ANME), espère aussi le succès de l’initiative pour ses effets secondaires positifs sur l’environnement.

« En créant de l’ombre à la surface, les panneaux flottants ralentissent l’évaporation de l’eau et participent à la lutte contre le stress hydrique, très préoccupant en Tunisie. Les flotteurs pourraient aussi servir d’abri, voire de lieu de nidification pour les poissons. Enfin, ces installations n’empiètent pas sur les terres agricoles », liste-t-il.

Qair, futur acteur de taille sur le continent ?

Si, selon l’accord, après la mise en service de l’installation, Qair cédera l’exploitation de la concession à la Steg pour une durée de vingt-cinq ans, la société française, qui a réalisé 67 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019, joue gros technologiquement et commercialement.

Le groupe se positionne pour les prochains appels d’offres

« En Tunisie, ce projet de démonstration nous permettra d’étudier la technologie et son impact sur l’écosystème », affirme Éric Boutemy, responsable de l’agence tunisienne de Qair, qui doit mener aux Seychelles un deuxième projet de parc solaire flottant – mais maritime, et d’une capacité plus importante (5 MW).

Si ces deux expériences sont concluantes, Qair, dirigé par Jean-Marc Bouchet, se positionnerait alors avec une longueur d’avance pour les appels d’offres à venir : notamment en Tunisie, mais également au Maroc, à l’île Maurice, au Burkina Faso et au Tchad, où la société est déjà présente.

La Tunisie prévoit que 30 % de son électricité provienne des énergies renouvelables d’ici à 2030… mais ce ratio n’en est à ce jour qu’à 3 %.

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