Économie

Ports, logistique… À Dijbouti, bientôt la fin du développement « hyperciblé » ?

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Mis à jour le 20 octobre 2020 à 11h14
Le port polyvalent de Doraleh, à Djibouti, peut accueillir des bateaux de plus de 15	000 conteneurs et traiter jusqu’à 9 millions de tonnes de marchandises par an.

Le port polyvalent de Doraleh, à Djibouti, peut accueillir des bateaux de plus de 15 000 conteneurs et traiter jusqu’à 9 millions de tonnes de marchandises par an. © Vincent Fournier/Jeune Afrique-R

Si Djibouti a engagé d’énormes investissements pour renforcer son rôle de carrefour régional, son économie est encore peu diversifiée, maintenant le chômage et la pauvreté à des niveaux élevés.

Adossant son développement à ses infrastructures portuaires et logistiques, Djibouti a engagé d’énormes investissements pour renforcer son rôle de carrefour régional. Cette stratégie, conjuguée à des réformes visant à améliorer le climat des affaires, a alimenté une croissance forte et pérenne (7 % par an en moyenne de 2014 à 2019), tirée par l’essor des échanges commerciaux, notamment avec l’Éthiopie.

Mieux, la dette est maîtrisée (autour de 70 % du PIB), le déficit budgétaire global a diminué (de 15,7 % à 2,8 % du PIB de 2015 à 2018), l’inflation est faible, et, malgré la pandémie de Covid, la croissance devrait repartir à 10 % dès 2021, selon les projections du FMI.

Investissements protégés

Après le port multifonction de Doraleh (DMPP), en 2017, la mise en service de la ligne de chemin de fer Djibouti - Addis-Abeba et la livraison de la première phase de la Djibouti International Free Trade Zone (DIFTZ) en 2018, le pays poursuit ses investissements.

Une croissance solide.

Une croissance solide. © Jeune Afrique

Au début de septembre, il a démarré le chantier d’un second complexe industrialo-portuaire, à Damerjog, pour répondre aux demandes en matière de trafic d’hydrocarbures. Il a par ailleurs fait un bond dans le classement « Doing Business » 2019 de la Banque mondiale, passant de la 154e à la 99e place, grâce, notamment, aux facilités introduites en 2017 par son guichet unique, ainsi qu’à de bons résultats dans la protection des investissements.

Djibouti est cependant confronté à de nouveaux défis. Malgré une croissance soutenue et quelques progrès sociaux, le chômage et la pauvreté restent élevés. Le pays, qui n’a ni ressources naturelles ni produits spécifiques à exporter, doit diversifier ses activités et pouvoir compter sur les contributions extérieures pour financer son développement.

Allègement de la dette

C’est l’une des raisons qui ont motivé la création de zones franches (pour attirer des centaines d’entreprises dans les télécoms, le numérique, la finance…) et l’essor du tourisme, même si nombre de projets ont été freinés par la crise sanitaire.

Pour aider Djibouti à financer la riposte contre le Covid, le FMI a approuvé au début de mai un prêt en sa faveur de 43,4 millions de dollars, ainsi qu’un allègement de sa dette, qui permettra à l’État djiboutien de dégager jusqu’à 2,3 millions de dollars supplémentaires d’ici à la fin de mars 2022.


Baromètre sectoriel

  • Télécommunications
Baromètre - enforme

Baromètre - enforme © Jeune Afrique

Figurant parmi les derniers opérateurs au monde à être encore en situation de monopole, Djibouti Télécom a entamé sa mutation. Alors que l’Éthiopie attend elle aussi la privatisation d’Ethiotel et l’ouverture de son marché des télécoms à la concurrence, l’opérateur djiboutien met désormais le cap sur un business qui s’annonce rentable : celui des câbles sous-marins et des data centers (« centres de données »), qui entendent profiter de la très stratégique position géographique du pays.

« En créant davantage de valeur sur son territoire et en participant à des consortiums, le pays a vocation à intervenir de plus en plus sur le marché du négoce de capacités internationales des liaisons internet. Pour vendre des capacités de New York à Sydney, il sera peut-être un jour plus facile de passer par Djibouti », expliquait à JA l’avocat Rémy Fekete, conseiller de l’opérateur, en 2019.

  • Énergies renouvelables
Baromètre : en bonne voie

Baromètre : en bonne voie © Jeune Afrique

Que ce soit dans le domaine de la géothermie, des énergies éolienne ou solaire, tous les projets dans les énergies renouvelables ont connu cette année de belles avancées. C’est ainsi que le projet d’exploitation géothermique autour du lac Assal, qui doit atteindre à terme une puissance installée de 50 mégawatts (MW), a obtenu plus de 3 millions de dollars de la BAD.

Le français Engie a quant à lui signé en 2019 avec le gouvernement djiboutien un contrat pour la construction d’une centrale photovoltaïque (30 MW) dans le désert du Grand-Bara, partie prenante d’un programme plus large d’une capacité de 300 MW. Enfin, un parc éolien de 60 MW verra le jour dans la région du Ghoubet.

De quoi réduire la dépendance énergétique de la petite République vis-à-vis de son grand voisin éthiopien, ainsi que le coût de l’électricité.

  • Industrie
Baromètre : en difficulté

Baromètre : en difficulté © Jeune Afrique

Malgré le bon développement de l’unité de raffinage et de conditionnement d’huile de palme de la société Golden Africa (du Yéménite Fouad Hayel Saeed), inaugurée en décembre 2018, et le démarrage de l’usine de transformation de bromure de sodium du chinois Salt Investment, à la fin de 2019, la mutation du pays en plateforme industrielle – au cœur de la Vision 2035 du président Guelleh – est au stade embryonnaire et prendra encore du temps.

Rémy Darras

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