Diplomatie

Affaire Ben Barka : le message secret du roi Hassan II au général de Gaulle

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Mis à jour le 24 septembre 2020 à 13h22
Charles de Gaulle et Hassan II à l’opéra à Paris en juin 1963.

Charles de Gaulle et Hassan II à l’opéra à Paris en juin 1963. © Fondation Charles De Gaulle

En juin 1966, un proche de Jacques Foccart, secrétaire général de l’Élysée aux Affaires africaines, est reçu par le souverain chérifien pour un entretien où sera notamment évoqué l’assassinat de l’opposant marocain. Compte-rendu inédit.

Après l’indépendance du royaume, en 1956, l’affaire Ben Barka a constitué la première vraie crise dans les relations franco-­marocaines, traditionnellement plutôt chaleureuses.

L’enlèvement, le 29 octobre 1965, de l’opposant socialiste Mehdi Ben Barka devant la brasserie Lipp, à Paris, puis son assassinat, sont ressentis par le général de Gaulle comme une atteinte à son honneur et à celui de la France.

Il réclamera quelques mois plus tard au souverain marocain Hassan II l’arrestation – voire la liquidation – des agents du Makhzen impliqués dans l’affaire, en particulier du ministre de l’Intérieur, Mohamed Oufkir.

Liens troubles

L’affaire fait d’autant plus scandale que des agents du Service de documentation extérieure et de contre-­espionnage (Sdece) français – les Lopez et Souchon évoqués par Hassan II dans le texte qui suit – ont été mêlés à l’enlèvement, révélant les liens profonds, et parfois troubles, entre les sécuritaires des deux pays.

Hassan II assure ne rien savoir de l’affaire, refuse de livrer Oufkir à la justice ou même de le limoger. La France rappelle alors son ambassadeur à Rabat. Le royaume en fait de même avec Moulay Ali, cousin de Hassan II.

L’object­if de la rencontre : solder les différends, qui dépassent le cas Ben Barka, entre Paris et Rabat

La relation est rompue pour plusieurs mois. Jusqu’au 28 juin 1966 et cet entretien entre le souverain marocain et un proche, dont l’identité est restée secrète, de Jacques Foccart, le tout-puissant secrétaire général de l’Élysée aux Affaires africaines. L’object­if de la rencontre : solder les différends, qui dépassent le cas Ben Barka, entre les deux alliés.

Ci-dessous un extrait inédit du compte-rendu (reproduit ci-dessous) qu’en a fait l’interlocuteur du roi, tiré des archives du fonds Foccart et publié par les éditions Nouveau Monde dans le passionnant De Gaulle inattendu, qui vient de paraître en librairie.

Une heure et demie de conversation

« À mon arrivée à Casablanca, le prince Moulay Ali, qui m’attendait, m’a fait savoir que le roi, en séjour à Ifrane, désirait me voir. Le samedi matin, je suis parti en voiture avec le prince Moulay Ali pour Ifrane que nous avons atteint dans l’après-midi. Le roi était allé faire une tournée dans l’Atlas et ne devait rentrer que très tard le soir.

Pour des raisons de discrétion, j’avais fait savoir que je désirais que notre entrevue demeure aussi secrète que possible pour éviter les racontars. Je n’ai rencontré le roi que le dimanche et nous sommes partis pour une longue randonnée en voiture, le roi pilotant. Nous avons eu une très longue conversation d’une heure et demie, en la seule présence du prince Moulay Ali. »

« J’ai immédiatement dit au roi que je n’étais chargé d’aucune mission, que j’étais venu au Maroc répondant à une invitation du prince Moulay Ali et que j’étais extrêmement heureux de le voir.

Le roi m’a aussitôt répliqué qu’il avait souhaité me voir à cause de nos anciens liens, mais aussi parce qu’il avait l’impression qu’en haut lieu, en France, on n’avait pas exactement compris ses réactions dans l’affaire Ben Barka. Et ce fut dès lors de la part du roi un long monologue de plus d’une heure : en premier lieu, il s’est plaint que les conversations qu’il a eues avec le général de Gaulle n’aient pas été suivies d’effets. Ces contacts étaient empreints de chaleur humaine et le Général s’est trouvé d’accord sur presque toutes les demandes du roi, mais rien n’a suivi, l’administration ayant freiné la réalisation des promesses du Général.

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