Politique

Les dernières heures d’IBK : récit exclusif de la chute du président malien

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Mis à jour le 28 août 2020 à 14h13
Des militaires fêtés par les Bamakois, le 19 août 2020.

Des militaires fêtés par les Bamakois, le 19 août 2020. © H.DIAKITE/EPA/MAXPPP

Depuis des semaines, des manifestants réclamaient sa démission, mais c’est une junte militaire qui l’a finalement obtenue : le président Ibrahim Boubacar Keïta a annoncé, au soir du 18 août, qu’il quittait le pouvoir. Récit exclusif de cette journée où tout a basculé.

Longtemps, le quartier populaire de Sébénikoro, où le père d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), alors fondé de pouvoir à la banque du Mali, acquit en 1960 un terrain pour y bâtir sa résidence, a joui d’une double et contradictoire réputation. Celle de favoriser la fertilité des femmes et celle de porter malheur à la fortune de ses habitants.

En 2007, lorsque IBK fut battu pour la seconde fois à l’élection présidentielle par Amadou Toumani Touré, des proches lui conseillèrent de déménager de la villa qu’il avait héritée de son père : « Tant que tu résideras ici, tu échoueras. » C’était mal connaître celui qui s’est défini un jour comme « un Mandingue un peu lourd », ancien sorbonnard, plus porté sur la lecture de Descartes que sur celle des cauris et têtu comme un chameau. IBK s’est accroché à la parcelle paternelle et il a fini, en 2013, par être élu. Depuis, Sébénikoro s’est modernisé. La concession familiale abrite désormais, outre la villa du couple présidentiel, celles de ses fils Karim et Bouba, avec piscine et terrain de jeux pour les petits-enfants.

Vaste et hétéroclite mouvement de contestation

Ibrahim Boubacar Keïta, 75 ans, a-t-il cru trop tôt s’être débarrassé du mauvais sort ? En cette soirée du 17 août, c’est un homme épuisé par deux mois et demi de crise politique aiguë qui regagne sa chambre à coucher en compagnie de son épouse, Aminata. Ce qu’il a trop longtemps pris pour une simple contestation postélectorale issue des législatives d’avril s’est transformé en un vaste et hétéroclite mouvement de rébellion urbaine dirigé contre sa personne. « Le vieil homme tirera sa révérence en 2023 après avoir, si Dieu le veut, conduit sa patrie sur les chemins de la paix et de la prospérité », nous confiait-il il y a un an.

Mais voici que la rue et une poignée de politiciens qui, pour certains, furent ses propres ministres, exigent son départ, hic et nunc (« ici et maintenant »), comme dirait le latiniste traducteur de Lucrèce qu’il est à ses heures perdues. Alors il se raidit devant l’outrage, avant de multiplier les concessions sous la pression de ses pairs de la Cedeao, sans que pour autant l’opposition ne recule d’un iota.

Nous en sommes là en ce lundi soir : un pouvoir dans l’incapacité de proposer les termes d’un consensus acceptable aux yeux de ses adversaires, lesquels sont inaptes à établir un rapport de forces révolutionnaire comme au Burkina en 2015. Une double impuissance, dans laquelle l’État se délite comme un cachet soluble, et une situation dont on ne perçoit pas l’issue.

Le fait que ce type de blocage puisse induire le risque d’une irruption des militaires sur la scène politique n’a pas échappé aux sécurocrates de l’entourage présidentiel. Au début de juillet, le général Moussa Diawara, qui dirige la Sécurité d’État, ouvre une enquête. Plusieurs officiers « suspects » sont mis aux arrêt.

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