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Cet article est issu du dossier «Québec-Afrique : une diplomatie qui roule à l'économie»

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Diplomatie

Nadine Girault : « Construire une véritable passerelle entre le Québec et l’Afrique »

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Mis à jour le 14 septembre 2020 à 14h06
Nadine Girault, lors de la cérémonie d’ouverture de la 25e édition de la Conférence de Montréal, le 10 juin 2019.

Nadine Girault, lors de la cérémonie d’ouverture de la 25e édition de la Conférence de Montréal, le 10 juin 2019. © Christine Bourgier

La ministre des Relations internationales et de la Francophonie du gouvernement du Québec souhaite que les entreprises de la Belle Province intensifient leurs relations avec l’Afrique francophone.

Nadine Girault, 61 ans, est une nouvelle venue sur la scène politique québécoise. Après avoir fait toute sa carrière dans le secteur privé, essentiellement dans la finance, elle devient députée en octobre 2018, avant d’entrer quelques semaines plus tard au gouvernement du Québec pour prendre le ministère des Relations internationales et de la Francophonie. Cette Haïtienne d’origine, née aux États-Unis, vient également de récupérer le portefeuille de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, depuis le mois de juin. Rencontre.

Jeune Afrique : Comment évoluent les relations entre le Québec et l’Afrique ?

Nadine Girault : Nous entretenons des relations avec le continent, surtout avec l’Afrique francophone, depuis les années 1960. Ces liens se sont approfondis au fil des décennies dans plusieurs domaines, du commerce à la formation professionnelle, en passant par la solidarité internationale et la culture. Ces dernières années, le gouvernement du Québec s’est beaucoup investi en Afrique.

Chefs de gouvernement et ministres s’y sont régulièrement rendus, accompagnés de délégations d’affaires, d’institutions ou d’organismes de la société civile. Cette présence nous permet d’approfondir nos relations politiques à travers le continent, ainsi que de soutenir nos entreprises. La crise sanitaire actuelle nous a démontré toute l’importance de diversifier nos partenariats, notamment avec nos amis africains.

Le gouvernement québécois a lancé en 2019 sa « Vision Afrique ». Avec quels objectifs ?

L’Afrique se développe rapidement, tant sur le plan démographique que sur le plan économique. Conscient de cette marche en avant, le Québec a lancé, sur mon initiative, sa « Vision Afrique », stratégie à long terme visant à définir nos secteurs d’excellence et leur adéquation avec les besoins africains. Nous avons consulté nos entreprises, nos institutions et nos organisations actives sur le continent, afin de mieux cerner les défis auxquels elles sont confrontées.

Cinq piliers ont été identifiés pour créer ce nouveau partenariat : l’économie, l’éducation, la culture et l’identité, la solidarité internationale et le renforcement des capacités institutionnelles. J’espère être bientôt en mesure de détailler davantage les fruits de nos réflexions ainsi que les moyens que nous comptons mettre en place pour soutenir cette « Vision ».

La diaspora représente un excellent ambassadeur du Québec en Afrique.

Quel rôle peut tenir la diaspora africaine du Québec dans l’élaboration de cette « Vision » ?

Les communautés du Maghreb et d’Afrique subsaharienne sont en effet bien représentées au Québec, et nous souhaitons qu’elles jouent un rôle actif dans la mise en œuvre de cette « Vision ». La diaspora représente également un excellent ambassadeur du Québec en Afrique. Elles dynamisent nos relations avec le continent.

Comment s’articulent les actions menées à l’international par le Québec avec la diplomatie canadienne, qui reste du domaine réservé d’Ottawa ?

Les provinces ont leurs propres compétences, exclusives ou partagées avec le gouvernement fédéral, dans le domaine de l’éducation, de la santé ou des ressources naturelles, par exemple. L’action du Québec est donc complémentaire de celle d’Ottawa. Nous travaillons ainsi en étroite collaboration avec les ambassades canadiennes dans les pays où le Québec est directement présent puisque nous disposons, en effet, de représentations dans 33 pays à travers le monde, dont 3 en Afrique : Dakar, Abidjan et Rabat.

Quelle place tient la Francophonie dans le développement de vos relations avec l’Afrique ?

L’appartenance du Québec à l’Organisation internationale de la francophonie [OIF] est un atout très important dans le renforcement de nos liens avec le continent. Depuis plus de cinquante ans, l’engagement du Québec dans la francophonie institutionnelle occupe une place centrale dans l’action internationale du Québec.

J’ai d’ailleurs hâte de me rendre au sommet organisé l’an prochain en Tunisie, et sur lequel nous comptons beaucoup pour prendre les mesures propices à la relance post-crise sanitaire.

Notre expertise dans plusieurs domaines de pointe cadre parfaitement avec les demandes exprimées par le continent

Justement, est-ce que le Covid-19 a amené le Québec à revoir certaines de ses priorités en Afrique ?

La pandémie a confirmé les grands principes qui doivent guider notre action sur le continent. Des secteurs tels que la santé, les technologies de l’information et de la communication, dans toutes leurs applications, vont partout gagner en importance, et le Québec a beaucoup de choses à apporter à l’Afrique en la matière.

Notre expertise dans plusieurs domaines de pointe, en matière d’environnement ou d’énergie notamment, cadre parfaitement avec les demandes exprimées par le continent. Pour rappel, le Québec a contribué, au début de 2020, au Fonds pour les changements climatiques en Afrique, mis en place par la Banque africaine de développement [BAD]. Une première pour la province.

Quels sont, selon vous, les secteurs économiques québécois les plus porteurs en Afrique ?

Que ce soit dans le domaine des mines, de l’environnement, de l’énergie ou encore du génie-conseil, l’expertise des entreprises québécoises est largement reconnue à l’international en général, en Afrique en particulier. Nous cherchons également à affermir les liens entre nos entreprises à fort potentiel et les grands opérateurs africains. L’approche québécoise est fortement appréciée par nos partenaires à travers le continent, qui peuvent constater notre volonté et notre capacité à adapter notre offre aux réalités africaines.

Pensez-vous que les actions du Québec sont aujourd’hui connues et reconnues sur le continent ?

Nous disposons de solides réseaux d’influence dans de nombreux pays francophones. Nos actions de solidarité s’inscrivent sur la durée, et nous accueillons depuis des décennies de très nombreux étudiants en provenance d’Afrique, dont beaucoup décident de rester après leurs études. Les liens entre les Québécois et les Africains francophones sont donc nombreux et solides. *Nous devons néanmoins redoubler d’efforts pour les approfondir.

Grâce à la stratégie « Vision Afrique », à l’action de nos diasporas africaines au Québec et au travail important réalisé sur place par nos représentations, mais aussi par les différentes organisations et entreprises québécoises actives sur le continent, nous allons continuer à nous rapprocher davantage pour construire une véritable passerelle entre le Québec et l’Afrique.

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