Politique

[Édito] Côte d’Ivoire : qui n’exige rien n’a rien

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Par  André Silver Konan

Journaliste et éditorialiste ivoirien, collaborateur de Jeune Afrique depuis Abidjan.

Côte d'Ivoire, Abidjan : vue aerienne du quartier d'affaires du Plateau.

Côte d'Ivoire, Abidjan : vue aerienne du quartier d'affaires du Plateau. © Macareux/ANDBZ/ABACA

Si la question cruciale des programmes politiques et des projets de société a été reléguée au second plan, c’est parce que les citoyens ne manifestent pas assez d’intérêt à leur égard.

La plupart des Ivoiriens, quels que soient leur bord politique ou leur activisme citoyen, sont unanimes : bien des choses doivent changer dans leur pays. Que ce soit du côté de la classe politique – tant dans le camp de la majorité que dans celui de l’opposition – ou du côté de la société civile.

Le 6 août, à la veille de la célébration des 60 ans de l’indépendance, Alassane Ouattara a dressé un bref bilan de ses deux mandats à la tête du pays, notant des avancées majeures et relevant les réglages à opérer. « J’entends également renforcer les actions de rassemblement et de réconciliation de tous nos compatriotes », a-t-il souligné.

Besoin de réconciliation

À deux mois de la présidentielle et alors que des violences préélectorales ont éclaté, le besoin de réconciliation est particulièrement prégnant dans un pays qui a connu une grave crise entre décembre 2010 et avril 2011 (au moins 3 000 morts). L’institutionnalisation du processus de réconciliation, à travers la création de structures qui ont été dissoutes par la suite, a montré ses limites. Résultat : le pays a vu émerger divers conflits communautaires, très souvent alimentés par des antagonismes partisans.

En l’occurrence, s’il est un sujet sur lequel toute la classe politique ivoirienne est d’accord, c’est bien celui de la nécessité d’une réconciliation nationale. D’une vraie réconciliation nationale.

Les Ivoiriens devraient être de plus en plus exigeants envers leurs dirigeants. »

Au-delà de celle-ci, la réflexion doit surtout porter sur une vision globale pour la Côte d’Ivoire. « Qu’est-ce que nous voulons réellement pour elle ? Que voulons-nous que soit ce pays dans le concert des nations ? » s’interroge l’écrivain Charles Pemont. De fait, il est affligeant de constater l’absence de propositions nouvelles.

Impréparation

À l’orée de la présidentielle, les trois principaux partis du pays, à savoir le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, parti au pouvoir), le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, d’Henri Konan Bédié) et le Front populaire ivoirien (FPI) – les deux branches du parti confondues, celle favorable à Laurent Gbagbo et celle favorable à Pascal Affi N’Guessan –, n’ont pas encore dévoilé leur programme pour les cinq années à venir. Ce qui laisse supposer que ces projets de société sont encore soit en cours d’élaboration, soit en cours de validation.

Dans un cas comme dans l’autre, il y a de quoi s’inquiéter tant l’impréparation et les tâtonnements dans la gouvernance peuvent nuire au pays dans les années à venir.

Les Ivoiriens comme les observateurs étrangers sont unanimes : si on en est arrivé à reléguer la question des programmes politiques et des projets de société au second plan, c’est bien parce que les citoyens ne manifestent pas assez d’intérêt à leur égard.

« Soixante ans après l’indépendance, dont trente en tant que pays ouvert au multipartisme, les Ivoiriens devraient être de plus en plus exigeants envers leurs dirigeants. Que ce soit dans les domaines culturel, économique, social ou politique, explique le politologue Sylvain N’Guessan. Si le changement est réclamé et porté par les masses, les élites seront contraintes de changer. Le contraire n’est pas évident. »

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