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Politique

[Série] Côte d’Ivoire : à quand le grand pardon ? (3/10)

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Mis à jour le 02 septembre 2020 à 14h35
En août 2018, Simone Gbagbo avait été amnistiée par une ordonnance présidentielle.

En août 2018, Simone Gbagbo avait été amnistiée par une ordonnance présidentielle. © SIA KAMBOU / AFP

La sphère politique est accusée de partialité, l’institution judiciaire de complaisance, l’administration de lenteur… Le bilan du processus de réconciliation nationale reste mitigé.

Dès le soir de l’arrestation de Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011, Alassane Ouattara annonçait qu’il mettrait sur pied une commission chargée de « faire la lumière sur tous les massacres, crimes et autres violations des droits de l’homme » commis en Côte d’Ivoire durant la crise postélectorale. Il en fait « une priorité » de sa présidence, et, quelques mois plus tard, crée la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR), dirigée par un ex-Premier ministre de Laurent Gbagbo, Charles Konan Banny. Le démarrage des travaux de la CDVR est laborieux. Son mandat initial prolongé de deux ans, elle remet son rapport final en 2014, après l’audition de plus de 70 000 victimes.

« Justice des vainqueurs »

Afin de dédommager ces dernières, le gouvernement débloque un fonds de 10 milliards de F CFA (environ 15 millions d’euros) et crée un nouvel organe, la Commission nationale pour la réconciliation et l’indemnisation des victimes (Conariv), présidée par Mgr Paul Siméon Ahouana, l’archevêque de Bouaké. Chargée d’enquêter sur les crimes commis entre 1990 et 2011, la Conariv recense plus de 300 000 victimes.

Mais elle disparaît à son tour en 2017, et ses attributions sont confiées au ministère de la Solidarité. Selon le gouvernement, le processus d’indemnisation, toujours en cours, a permis de distribuer 3,8 milliards de F CFA aux ayants droit de 4 500 victimes. On est encore loin du compte.

3,8 milliards de F CFA distribués aux ayants droit de 4 500 victimes

En parallèle, dès 2011, une cellule spéciale d’enquête et d’instruction (CSEI) composée de juges d’instruction et d’officiers de police judiciaire est mise en place afin de poursuivre en justice les auteurs de violences commises durant la crise postélectorale de 2010-2011. Mais les opposants à Alassane Ouattara critiquent avec virulence une « justice des vainqueurs » qui, selon eux, ne se pencherait que sur les crimes commis par les forces loyales à Laurent Gbagbo.

Amnistie

Exemple : le massacre de Duékoué, où 300 à 800 civils ont été tués à la fin de mars 2011. À l’époque, la mission des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) avait imputé la plupart de ces morts aux Forces républicaines d’Alassane Ouattara et à leurs supplétifs. « Où sont les coupables ? Qui a été jugé pour ce massacre ? Personne. Seuls des pro-Gbagbo ont été poursuivis pour des violences durant la crise postélectorale. La réconciliation nationale ne peut se faire sans vérité et sans justice. Ce qui a été fait depuis dix ans est un échec total », s’indigne Franck Anderson Kouassi, porte­parole du Front populaire ivoirien (FPI).

« Certains essaient de politiser la justice, rétorque Sidi Touré, le porte-parole du gouvernement. Depuis son arrivée au pouvoir, le président Ouattara n’a ménagé aucun effort pour la réconciliation nationale, comme le montrent les différents dispositifs mis en place depuis 2011. Il a aussi pris plusieurs initiatives de décrispation. » La plus remarquée a été la signature, en août 2018, d’une ordonnance présidentielle amnistiant 800 détenus poursuivis pour des crimes en lien avec la crise post­électorale de 2010-2011, parmi lesquels l’ex-première dame, Simone Gbagbo, et plusieurs autres caciques du FPI. Mais ceux qui réclament un geste fort à l’égard de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, désireux de rentrer à Abidjan depuis l’allègement, en mai dernier, de leur régime de liberté conditionnelle pas la Cour pénale internationale (CPI), n’ont pour l’instant pas été entendus.

Une volonté de réconciliation faible, voire inexistante

Dans un rapport publié en 2019 à l’issue d’une enquête d’opinion menée pendant dix-huit mois dans cinq régions du pays, l’ONG Action pour la protection des droits de l’homme (APDH) indiquait que près de un Ivoirien sur deux considérait que la volonté politique d’aller à la réconciliation était faible, voire inexistante. Plus généralement, face au bilan mitigé du processus engagé depuis 2011 et à l’approche de la présidentielle, nombre d’Ivoiriens et d’observateurs sont inquiets.

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