Agroalimentaire

Le groupe Rothschild en soutien de la mangue malienne

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Mis à jour le 04 septembre 2020 à 17h06
ComaFruits, dans le bassin de Sélingué.

ComaFruits, dans le bassin de Sélingué. © ComaFruits

Avec le financement du fonds Moringa, ComaFruits veut étendre son usine de transformation et diversifier ses produits finis. À moins que la crise ne retarde ses ambitions…

Le Mali est l’un des principaux producteurs de mangues en Afrique de l’Ouest. Selon la Banque mondiale, sa production était de 600 000 tonnes en 2015 et a permis de récolter 30 millions de dollars de recettes d’exportations. Mais la quantité de mangues exportées demeure faible en raison des défis que représentent le stockage, la transformation et l’exportation de ce fruit. Ainsi, selon les organisations locales de la filière, le pays n’en a exporté que 22 276 t – fraîches et sèches – en 2018.

Installée dans le bassin de Sélingué depuis 2009, la Compagnie malienne de fruits (ComaFruits), créée par l’entrepreneur italien Dino Ballestra, veut répondre à ce besoin.

« La matière première est disponible. Mais, lorsque vous arrivez dans un petit village, 95 % des mangues pourrissent au sol. L’encadrement des producteurs sur les techniques phytosanitaires et la mise en place d’une unité de transformation étaient nécessaires afin d’exploiter cette ressource abondante », confie un responsable malien de l’entreprise.

La société s’approvisionne auprès de quelque 3 000 petits producteurs, ce qui permet à ces derniers d’avoir un débouché stable au-delà de la saison de la mangue, qui court habituellement d’avril à juin. Environ 10 000 t par an sont collectées et transformées en purée dans une usine où travaillent 460 saisonniers et une cinquantaine de permanents.

La purée de mangue est ensuite exportée vers l’Europe, les États-Unis et le Canada, où des entreprises les reconditionnent en compotes ou en jus.

Une gamme de jus

En janvier 2020, Moringa, le fonds d’investissement d’impact du groupe Edmond de Rothschild, dévolu au financement de projets d’agroforesterie durable, a annoncé son entrée à hauteur de 40 % dans ComaFruits. C’est le cinquième investissement en Afrique subsaharienne de ce fonds, qui participe déjà à la transformation du moringa au Kenya, de la noix de cajou au Bénin, de l’ananas au Togo et de l’huile de palme au Ghana.


>>> À lire sur Jeune Afrique Business+ : Mali : Moringa (E. de Rothschild) mise de nouveau sur Dino Ballestra, et les jus de fruits


Le montant de l’opération n’a pas été dévoilé. Mais Moringa investit généralement entre 4 et 10 millions d’euros dans ce type de cas.

« Notre investissement a servi à un projet d’extension de l’usine. En plus de la purée de mangue, nous allons fabriquer des cubes de mangue congelée pour l’exportation. Pour le marché malien, nous allons lancer une gamme de jus de fruits. Nous nous intéressons également au fruit de la liane [une plante rampante] », explique Hervé Bourguignon, associé du fonds Moringa.

Des projets en suspens

Les produits de ComaFruits sont certifiés bios, donc sans pesticides. L’entreprise collabore également avec le label Rainforest Alliance, qui garantit de bonnes conditions de travail et un impact limité sur l’environnement.

« L’Afrique a sa carte à jouer sur le marché bio, dans un contexte où les consommateurs sont de plus en plus exigeants vis-à-vis de ce qu’ils mangent, et où une méfiance existe à l’égard des produits d’Amérique du Sud », estime Hervé Bourguignon.

Mais les projets de la société, déjà ralentis par l’épidémie de coronavirus,  risquent d’être remis en question après le coup d’État qui a conduit à la démission d’Ibrahim Boubacar Keïta, le 19 août. « La crise a ralenti nos projets. L’incertitude n’a rien de bon pour les projets d’investissement », confie un responsable malien de ComaFruits, joint par JA le 3 septembre.

Ce dernier précise que si dans l’immédiat, la fermeture des frontières a un impact sur l’approvisionnement en bouteilles pour desservir le marché local, il craint des conséquences encore plus importantes sur le long terme.

 

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