Agroalimentaire

Au Gabon, le long chemin vers l’autosuffisance

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Marché de Libreville, en juillet 2018.

Marché de Libreville, en juillet 2018. © Jacques Torregano pour JA

L’épidémie de coronavirus a mis en lumière la dépendance de Libreville à l’égard des importations agricoles, malgré le partenariat entre l’État et Olam.

À la suite de la fermeture des frontières due au coronavirus, le prix des denrées alimentaires est allé jusqu’à doubler au Gabon. Avec une économie orientée vers l’extraction pétrolière, le pays à forte population urbaine (89,7 % en 2019) importe la plupart de ses produits alimentaires pour ses 2,1 millions d’habitants.

Afin d’inverser la tendance, le gouvernement a lancé en 2014 le programme Graine (Gabonaise des réalisations agricoles et des initiatives des nationaux engagés), qui vise l’autosuffisance alimentaire d’ici à 2030 dans des productions vivrières (banane, tomate, manioc, piment) ainsi que le développement de la filière du palmier à huile.

Le Gabon a fait le pari d’un partenariat public-privé (PPP) avec le singapourien Olam, qui a lancé, la même année, sa production de palmiers à huile dans le pays. Ce PPP a donné naissance, en 2015, à la Société de transformation agricole et de développement rural (Sotrader).

Un projet « mal compris »

« De 2015 à 2018, Graine a englouti 119 milliards de F CFA [plus de 180 millions d’euros] sans résultat tangible », déplore Hervé Omva, président de l’ONG IDRC Africa – qui agit en lien avec le gouvernement pour l’autosuffisance alimentaire. Selon cet agronome, le projet a été mal compris. Graine offrait 100 000 F CFA par mois à chaque agriculteur.

« Les planteurs ont cru à un salaire, alors qu’il s’agissait d’une subvention à l’investissement », regrette-t-il. De nombreux projets agricoles ont été abandonnés à l’arrêt des subventions. « Mis en place à la veille de la présidentielle de 2016, Graine a aussi parfois été perçu comme un appui politique aux ruraux », estime quant à lui Ladislas Ndembet, président de l’ONG Muyissi Environnement.

Par ailleurs, au début du projet, le rachat de la production et les circuits de distribution n’étaient pas au point avec la Sotrader. Quant à l’état des routes de l’arrière-pays, il reste un obstacle au transport des denrées.

Davantage de marchés et de points de vente

Aujourd’hui, Graine se redéfinit, rétorque le directeur de la Sotrader, Ahmed Bongo, en poste depuis 2019. La distribution des produits s’est améliorée, avec davantage de marchés et de points de vente. « Depuis l’ouverture des marchés Graine, la Sotrader a acheté près de 172 tonnes de produits agricoles aux planteurs locaux », précise Ahmed Bongo.

La société ne s’appuie plus seulement sur les coopératives, mais s’ouvre aussi aux producteurs indépendants de taille moyenne. Le directeur souligne que près de 850 coopératives ont été constituées, 400 agriculteurs indépendants enregistrés, 1 148 emplois créés et 2 600 agriculteurs formés.

« De plus en plus d’entrepreneurs s’intéressent à l’agriculture », reconnaît Hervé Omva, qui forme des jeunes à ce secteur dans le village Graine de Bolokoboué, près de Libreville. Alors que, du fait de la faible densité de population du pays et de l’exode urbain, la moyenne d’âge augmente en zone rurale, il reste encore de nombreux défis à relever pour faire éclore une nouvelle génération de planteurs.

Pour continuer le projet, la BAD a accordé en 2019 un prêt de 66 milliards de F CFA au Gabon. Une partie de l’enveloppe a cependant été redirigée vers la lutte contre le Covid-19.


Des produits importés du Cameroun, du Congo… et de France

Le secteur agricole gabonais dépend à plus de 60 % des importations, soit environ 800 milliards de F CFA (1,22 milliard d’euros) par an. Le Cameroun et le Congo exportent vers Libreville manioc, bananes, tomates et piments, les produits locaux les plus consommés.

La France exporte vers le Gabon plus de 90 milliards de F CFA par an de produits agroalimentaires transformés. « L’ONU a encouragé les pays africains à allouer 10 % de leurs ressources à l’agriculture, mais le Gabon y consacre moins de 1 % du budget », remarque l’économiste Mays Mouissi.

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