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Cet article est issu du dossier «[Série] Côte d'Ivoire : dix chantiers phares»

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Politique économique

[Série] Côte d’Ivoire : une restructuration de l’économie qui porte ses fruits (2/10)

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Le nouveau centre commercial Cosmos (groupe Carrefour) du quartier de Yopougon, à Abidjan.

Le nouveau centre commercial Cosmos (groupe Carrefour) du quartier de Yopougon, à Abidjan. © Olivier pour JA

Tout en investissant dans les infrastructures, l’État a misé sur l’orthodoxie budgétaire pour sortir le pays de l’ornière dans laquelle la crise de 2011 l’avait plongé.

Le redressement de la Côte d’Ivoire a été spectaculaire. Son économie, exsangue au lendemain de la crise postélectorale, avec un taux de croissance de – 4,9 % en 2011, s’est relevée à un rythme moyen de + 8,5 % par an de 2012 à 2019, jusqu’à devenir l’une des plus solides d’Afrique, puisque la Côte d’Ivoire sera l’un des rares pays africains à ne pas basculer dans la récession cette année sous l’effet de la pandémie. Selon les projections réalisées par le FMI en juin, la croissance devrait se maintenir à + 1,8 % pour 2020 et rebondir à + 6,2 % dès 2021.

Sous l’impulsion d’Alassane Ouattara, qui s’est souvenu des grands principes du FMI, où il a occupé d’importantes responsabilités, le gouvernement a pratiqué une véritable orthodoxie budgétaire et financière. Le déficit (3 % en 2019), l’inflation (moins de 2 %) et la dette (52,7 % du PIB, contre 69 % en 2011) ont été maîtrisés malgré de vastes plans d’investissements publics dans les infrastructures. La prudence a donc payé. D’autant plus qu’elle s’est accompagnée d’un volontarisme réformateur.

« L’accélération de la croissance a aussi été favorisée par une série de mises à jour, souligne Bakary Traoré, analyste Afrique au Centre de développement de l’OCDE.

Gain d’attractivité

Nouveau cadre pour l’administration, lutte renforcée contre la corruption, réformes du code des investissements et du code minier ont notamment valu à la Côte d’Ivoire une progression de 25 places dans le classement “Doing Business” de la Banque mondiale – le pays est passé du 147e rang en 2014 au 122e en 2019 – et un grand progrès en matière d’attractivité. La réforme de la part du planteur de cacao portée à 60 % du prix mondial a été majeure et symbolique dans le domaine agricole. »

Il y a des progrès à faire, notamment dans le domaine des permis de construire

Technique, mais très importante pour attirer les investissements étrangers, la réforme fiscale a permis de commencer à apurer les arriérés et à simplifier le nombre des taxes et leurs procédures de recouvrement.

Les Ivoiriens ne sont pas pour autant au bout de leurs peines, car le rattrapage postconflit est terminé. L’investissement public, qui était le principal moteur de croissance, ne peut continuer à son rythme effréné et doit commencer à passer le relais au secteur privé.

Passer le relais au privé

« Il y a des progrès à faire dans le domaine des permis de construire ou de la protection des actionnaires minoritaires, explique Bakary Traoré. En matière fiscale, il faudrait élargir la base imposable pour que ce ne soit pas toujours les mêmes entreprises, les plus importantes, qui paient l’impôt. » Le secteur agricole est toujours handicapé par la question foncière.

Il faut prendre exemple sur le Vietnam ou le Kenya

« La Côte d’Ivoire jouit de plusieurs cultures pérennes, comme le café, le cacao, l’anacarde ou l’hévéa, mais les planteurs ne disposent pas des titres de propriété ni des baux qui leur permettraient d’obtenir des financements bancaires ou d’établir des partenariats avec leurs acheteurs, regrette Bakary Traoré. Il faut prendre exemple sur le Vietnam ou le Kenya, qui ont créé des titres d’une durée de dix, vingt ou quarante ans. »

L’analyste conseille aux autorités de ne pas trop se focaliser sur le cacao, qui crée peu d’emplois en comparaison de l’anacarde et même du manioc, et de se souvenir que la Côte d’Ivoire a des atouts dans le domaine des boissons, de l’assemblage du petit matériel agricole ou dans l’industrie pharmaceutique.

Restera à faire profiter tout le pays de ces améliorations, car, aujourd’hui, 80 % du revenu national est produit dans la région d’Abidjan.

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