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Cet article est issu du dossier «Congo : sept mois pour convaincre»

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BTP & Infrastructures

Malgré la crise, Pékin déploie sa toile à Brazzaville

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Mis à jour le 09 septembre 2020 à 15h47
Le siège de la Banque sino-congolaise pour l’Afrique (BSCA), à Brazzaville.

Le siège de la Banque sino-congolaise pour l’Afrique (BSCA), à Brazzaville. © Wang Teng/XINHUA-REA

S’il a réduit la voilure du fait de la crise, le Congo poursuit ses projets stratégiques, pour la plupart en PPP, avec des entreprises chinoises.

Que faire pour continuer à équiper le Congo quand les caisses de l’État sont vides et que le niveau d’endettement est trop élevé pour emprunter sans compter ? Freiner les projets d’infrastructures ? Il n’en est pas question.

Et c’est du côté de la Chine que le Congo a trouvé la solution. Dans la nouvelle approche, c’est moins la taille ou la nature des projets qui importe que leur structuration et leur montage juridique.

L’heure n’est donc plus à la poursuite des contrats de type EPC (ingénierie, approvisionnement et construction), mais aux partenariats public-privé (PPP). Déjà courants dans certains secteurs (pétrole, mines, ciment, infrastructures de transport), ils sont encouragés pour tous types d’infrastructures, quand ils ne deviennent pas la règle.

La ZES de Pointe-Noire, chantier stratégique

Afin de mener à bien cette approche de PPP, l’instrument de la Chine est la China Overseas Infrastructure Development and Investment Corporation (Coidic), qui compte sept gros actionnaires, dont le Fonds de développement Chine-Afrique (FDCA), filiale de la Banque chinoise de développement. Ses domaines d’intervention ? L’énergie, les transports, les télécommunications et les zones économiques spéciales (ZES). Une aubaine pour un Congo surendetté, qui a plusieurs chantiers stratégiques en projet, dont celui de la ZES de Pointe-Noire.

C’est lors de la visite du président Denis Sassou Nguesso à Pékin, en septembre 2018, qu’un accord-cadre pour le développement de cette ZES a été signé entre le Congo et la Coidic. L’accord précise que le Congo et la Chine créeront une société à capitaux mixtes de droit congolais, dénommée « Le Développeur », qui effectuera le développement, le financement, la construction et l’exploitation dans la ZES.

En février 2019, les partenaires ont créé le Fonds national de développement du Congo (FNDC), une société anonyme au capital détenu à parts égales par l’État congolais et le chinois West African Group. Sa mission est de mobiliser des ressources financières auprès des investisseurs chinois et de diverses institutions afin de « soutenir le développement économique et social du Congo, en facilitant, entre autres, la promotion des projets de développement auprès des investisseurs chinois », selon le ministre congolais des Finances et du Budget, Calixte Nganongo. Secteurs cibles : l’agriculture, l’industrie, le tourisme, la santé et l’éducation.

Logistique et énergie

Un coup d’accélérateur a été donné aux PPP après la signature, à la fin d’avril 2019, de l’accord de restructuration de la dette congolaise envers la Chine. Au mois d’octobre suivant, après la tenue à Brazzaville du 5e forum Investir en Afrique, sept accords de partenariat ont été conclus.

Ainsi, la Coidic a signé un accord-cadre de coopération avec la Banque sino-congolaise pour l’Afrique (BSCA, créée en 2016 et basée à Brazzaville) et l’Agence de planification, de promotion et de développement des zones économiques spéciales du Congo (créée en 2017) pour la fourniture par la BSCA de services financiers à la ZES de Pointe-Noire, dont les travaux devraient débuter avec le chantier de construction d’une centrale à gaz par le chinois Yunnan Linkun.

Les transports seront également bénéficiaires de contrats PPP. Un premier programme, lancé en juin 2020, porte sur la construction de six ponts dans quatre départements de l’intérieur, confiée au chinois Ampthill Industrie, sur financement d’une compagnie forestière malaisienne.

Huawei et Startimes pour les contrats liés au numérique

Suivront les voies navigables – dont l’entretien, sur l’Oubangui et la Sangha, sera assuré par une société d’économie mixte –, ainsi que les voies ferrées, avec la réalisation d’une ligne pour l’évacuation du minerai de fer de Mayoko (dans le Niari), à la suite d’un accord signé entre le groupe congolais Sapro et China State Construction Engineering.

Dans le secteur de l’énergie, la gestion déléguée du site hydroélectrique des gorges de Sounda (Kouilou), dont l’aménagement a été attribué à China Railway 20 Bureau Group Corporation, sera mise en œuvre dans le cadre d’un contrat de concession du service public de l’électricité.

Enfin, du côté des télécoms, les réalisations portent sur la troisième phase de la couverture nationale, confiée au chinois Huawei, ainsi que sur le passage de l’analogique au numérique, octroyé à Startimes, un autre chinois.

Le volet infrastructures des accords sino-congolais est donc largement ouvert. Reste à savoir qui, de l’État congolais ou des entreprises chinoises, sera le grand bénéficiaire de cette nouvelle politique.

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