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Cet article est issu du dossier «[Série] 1960, l'année où l'Afrique s'est réveillée»

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Histoire

[Série] Gabon : Léon Mba, père de l’indépendance malgré lui (5/5)

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Mis à jour le 03 septembre 2020 à 16h30
Léon Mba, en avril 1964.

Léon Mba, en avril 1964. © Creative Commons / Wikimedia / Dutch National Archives

Il y a 60 ans, Léon Mba est devenu le premier président de la République du Gabon. Mais le 17 août 1960, c’est avec réticence qu’il avait finalement proclamé l’indépendance de son pays.

Souveraine sur son piédestal de marbre, la statue de Léon Mba toise le mémorial érigé au centre de Libreville en son honneur. Il n’empêche, les jeunes générations n’hésitent plus à écorner l’image de l’illustre figure historique sur les réseaux sociaux. L’époque étant à la francophobie décomplexée et l’anti-néocolonialisme pavlovien, le premier président du Gabon indépendant n’est plus intouchable. On lui conteste le mérite d’être le père de l’indépendance.

« L’indépendance comme pour tout le monde »

Les raisons du désamour remontent à 1958. Chef du gouvernement, Mba demande au gouverneur colonial, Louis Sanmarco, de négocier auprès de la métropole un statut de département français pour le Gabon. Incrédule mais heureux, celui-ci s’empresse de transmettre la demande. Il reçoit alors un non catégorique de la part du ministre de la France d’Outre-mer, Bernard Cornut-Gentille. Ce sera « l’indépendance comme pour tout le monde », tranche-t-il.

La métropole ayant douché ses espérances, Mba se résout, le 17 août 1960, à déclarer cette indépendance qu’il avait tenté d’escamoter. « Dans un instant, je vais avoir la gloire de proclamer l’indépendance du Gabon. Mon cœur, comme celui de tous les Gabonais, est plein de joie et de gravité, maintenant que le Gabon entre dans le concert des nations libres et civilisées. »

Comment a-t-il pu continuer d’aimer la France qui l’avait à ce point humilié ?

Mais quelle mouche l’avait donc piqué pour qu’il demande à ce que le Gabon devienne un département français alors que dans la plupart des territoires colonisés montait la clameur des revendications pour l’autodétermination ? Comment cet homme jugé, condamné et déporté en Oubangui-Chari (Centrafrique) a-t-il pu continuer d’aimer la France qui l’avait à ce point humilié ?

Pragmatisme

Pour sa défense, Léon Mba aurait plaidé le pragmatisme : à ce moment de l’histoire coloniale, sa priorité était les intérêts des Gabonais. À ceux qui l’accusent sans nuances ni contexte, il répondrait que la départementalisation était la solution pour son pays alors peu préparé à prendre le relai de l’administration coloniale.

Peuplé de 500 000 habitants en 1960, le Gabon ne disposait pas de cadres indigènes en nombre suffisant. Il ne s’était pas relevé du transfert de la capitale de l’Afrique-équatoriale française de Libreville à Brazzaville, opéré en 1904. Ce départ avait vidé le pays de ses cadres coloniaux et entraîné l’affaiblissement du système éducatif.

En revanche, en tant que département d’Outre-mer, le pays aurait été doté d’une administration efficace, aurait bénéficié d’investissements colossaux de la métropole et de toutes sortes d’avantages, dont la sécurité sociale, créée en 1945.

Faute d’avoir ce qu’il désirait, il sauvegarda ce qui représentait l’essentiel à ses yeux. Pour sa première visite en France en tant que président, il déclara sans fioriture : « Le Gabon est indépendant, mais entre le Gabon et la France rien n’est changé, tout continue comme avant. »

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