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Que cache le retour surprise de Bernard Dossongui Koné ?

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Bernard Dossongui Koné revient en force dans le secteur bancaire.

Bernard Dossongui Koné revient en force dans le secteur bancaire. © SAAD pour JA

À 70 ans, le patron ivoirien rachète trois filiales subsahariennes de BNP Paribas. Un choix mûrement réfléchi qui couronne une double expertise de trente ans dans les TIC et la finance.

S’est-il assagi ? Il fut une époque où les activités de Bernard Dossongui Koné (banque, assurance, agro-industrie, TIC) défrayaient régulièrement la chronique.

Aujourd’hui, fini les foires d’empoigne comme celles qui l’ont opposé, dans les années 2000, au magnat burkinabè Apollinaire Compaoré et au Béninois Séverin Adjovi, ses ex-alliés dans le développement de l’opérateur de téléphonie Telecel.

Derrière lui, aussi, le long feuilleton de la cession, en 2012, de sept filiales ouest-africaines de Banque Atlantique au marocain BCP. Ce dernier a été rejoint en 2015 par le capital-investisseur Development Partners International (DPI) dans Atlantic Business International, maison mère du groupe subsaharien. En juin 2019, BCP revendiquait 70 % du holding commun, contre 20 % pour DPI et 9,8 % pour Atlantic Financial Group (AFG), le joyau de l’empire du businessman ivoirien.

Piqûre de rappel

Ces dernières années, le natif de Gbon, en pays sénoufo (dans le nord de la Côte d’Ivoire), s’est fait dramaturge grec : si conflits il y a, ils se déroulent en coulisses, loin du proscenium médiatique. En retrait, Dossongui ? Peut-être. Mais fini, « rangé des voitures » ? Pas si sûr…

Too big to fail », selon un observateur. Trop imposant, trop habile, peut-être trop connecté pour échouer

À 70 ans, le serial-entrepreneur, ancien ministre et ex-député, vient de faire une piqûre de rappel à ceux qui, à Abidjan et ailleurs, avaient oublié son impressionnante capacité à rebondir, lui dont les affaires ont tantôt fleuri, tantôt résisté aux vents contraires, sous toutes les présidences ivoiriennes, d’Houphouët-Boigny à Alassane Ouattara en passant par Laurent Gbagbo.

« Too big to fail », selon un observateur. Trop imposant, trop habile, peut-être trop connecté pour échouer.

Convergence entre mobile money et mobile banking

Comme l’a révélé Jeune Afrique Business+ en mai, le fondateur d’AFG finalise la reprise de trois filiales subsahariennes de BNP Paribas – sous réserve de l’obtention des autorisations réglementaires. En jeu : 85 % du géant français au capital de la Bicim au Mali (14 millions d’euros de revenus en 2019) et 51 % du capital de BIC Comores (3 millions d’euros).

Le magnat ivoirien est en passe de prendre le contrôle de la Bicig (61 millions d’euros en 2018) auprès du Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS), qui, en avril, avait acquis temporairement – par portage – les 47 % détenus par BNP, après deux ans de difficiles négociations.

Il aurait débloqué quelque 31 millions d’euros pour l’acquisition de la Bicim

« Nous revenons dans la banque avec une nouvelle approche : la convergence entre mobile money et mobile banking », explique à JA Léon Konan Koffi, président d’AFG Central & East Africa (C&EA), holding régional de AFG. Ce collaborateur de longue date de Dossongui dirige Banque Atlantique Cameroun et a été en première ligne avec Georges Wilson, secrétaire général d’AFG et autre fidèle du patron ivoirien, lors des négociations avec BNP, accompagné de Finactu International (conseil financier) et des avocats de Viguié Schmidt & Associés.

Selon nos informations, le groupe financier de Dossongui aurait débloqué quelque 31 millions d’euros pour l’acquisition de la filiale malienne et seulement 547 000 euros pour celle des Comores, marché plus étroit.

La reprise de la Bicig par le FGIS aurait coûté une trentaine de milliards de F CFA (45 millions d’euros environ), mais le montant du transfert des actifs à AFG reste difficile à estimer, en raison d’incertitudes sur le traitement du passif de l’établissement.

Accroître le dynamisme du secteur

Le retour en force de Bernard Dossongui Koné dans la banque n’a pas manqué de surprendre ceux, nombreux, qui l’en croyaient sorti, après la cession de l’essentiel de ses parts dans Banque Atlantique.

Certains veulent croire que ce redoutable négociateur contribuera à accroître le dynamisme du secteur. D’autres se souviennent que Banque Atlantique Cameroun, née dans les années 2010 du rachat d’Amity Bank, n’avait pas été incluse dans le deal avec BCP, restant sous le contrôle d’AFG C&EA.

AFG négocie avec BCP la cession de ses parts dans Atlantic Business International

Ils sont nombreux à s’avouer perplexes quant aux futures relations entre Bernard Dossongui Koné et ses partenaires marocains, alors que le dirigeant ivoirien apparaît encore comme président du conseil d’administration d’Atlantic Business International…

Toujours selon nos informations, AFG négocie avec BCP la cession de ses parts dans Atlantic Business International. Les sommes récoltées serviront en partie à solder l’acquisition des filiales de BNP Paribas.

Pour Léon Konan Koffi, le rachat des filiales de BNP n’est nullement un effet d’aubaine, mais le résultat d’une longue réflexion menée par Bernard Dossongui Koné et ses équipes, accompagnés depuis 2017 par Onepoint. Le spécialiste européen de la transformation digitale compte parmi ses clients Bpifrance et a recruté en mars dernier Thierry Lacroix (ex-Deloitte) pour se développer en Afrique.

« Nous avons développé des projets pilotes au Cameroun, comme AssurTous Santé, une micro-assurance digitale qui cible les populations à faibles revenus dans un écosystème numérique avec une prime annuelle comprise entre 20 000 et 25 000 F CFA couvrant des soins à hauteur de 400 000 F CFA », explique Léon Konan Koffi.

S’appuyer sur la filiale tech

AFG propose également des produits de micro-épargne et de microcrédit via le mobile, ainsi que les transferts internationaux en partenariat avec l’opérateur français Orange.

« Nous avons beaucoup travaillé sur la convergence entre tech et services bancaires », explique ce proche de Dossongui Koné. Le fondateur de Banque Atlantique renoue donc avec ses anciennes passions, combinant la grande expertise acquise à la fois dans la banque et dans les télécoms.

La nouvelle aventure bancaire de Dossongui s’appuiera sur la filiale tech de son groupe : Digital Business Solution (DBS), créée pour transformer « les actifs bancaires et les sociétés d’assurances [du groupe] au Mali, au Bénin et au Cameroun ».

L’objectif ? Favoriser une plus grande inclusion financière

Soumaila Coulibaly et Gaby Ngongo, deux anciens d’Atlantic Telecom, ont été nommés respectivement directeur général et directeur des systèmes d’informations de DBS.

Une fusion de tous les systèmes d’informations des banques devrait intervenir après le closing du deal avec BNP. AFG compte recourir aux systèmes d’informations bancaires Oracle (Flexcup) et Oracle Banking Digital Experience, auxquels a déjà recours la Poste du Sénégal, pour développer un réseau physique et surtout digital pour « une grande inclusion financière », en ciblant le mass market, selon le jargon interne d’AFG.

Consolidation des nouvelles acquisitions et rebranding

Aux filiales du Gabon, de la Guinée, des Comores et du Cameroun devraient être ajoutées d’autres implantations, avec des demandes d’agrément bancaire prévues à Madagascar et en Côte d’Ivoire, a appris Jeune Afrique. Après la consolidation des nouvelles acquisitions, AFG n’exclut pas de faire appel à d’autres investisseurs.

Un rebranding des filiales reprises est attendu sous la marque AFG Bank, porte-flambeau de la nouvelle aventure bancaire de Dossongui Koné.

Du côté du magnat ivoirien, on insiste sur la bonne intelligence maintenue avec le futur ex-partenaire marocain, voire de possibles coopérations dans la banque d’affaires. Un optimisme qui pose question.

Notre partenariat avec les Marocains s’est bien passé

En effet, le groupe marocain a lancé, en 2019, sa solution de banque digitale Atlantique Mobile en zone Uemoa (Bénin, Burkina, Mali, Niger, Sénégal et Togo). Et détient également des sociétés d’assurances au Togo et en Côte d’Ivoire, rachetées d’ailleurs, en 2014, à l’entrepreneur ivoirien.Ni DPI ni BCP ne se sont pour l’instant exprimés sur cette opération.

« S’il y avait eu de l’eau dans le gaz avec eux, les Marocains nous auraient rendu la vie dure. À aucun moment je n’ai ressenti cela. Bien au contraire, notre partenariat s’est bien passé », assure Léon Konan Koffi. Pour les équipes du magnat ivoirien, l’alliance avec BCP se conjugue déjà au passé composé…

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