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Cet article est issu du dossier «Les 500 premières entreprises africaines face à la crise»

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Pétrole & Gaz

Algérie – Sonatrach : une modernisation déjà compromise ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Alger
Mis à jour le 20 juillet 2020 à 11h03
Le complexe gazier de Reggane.

Le complexe gazier de Reggane. © BILOU

Durement touché par la chute des prix des hydrocarbures, le géant algérien doit réduire ses activités d’exploration. Au risque de mettre en péril sa capacité de production future.

Le gouvernement algérien impose un régime sec à la compagnie publique Sonatrach pour faire face aux répercussions de la pandémie du coronavirus. Le pays, dépendant de sa rente pétrolière, accuse une baisse de près de 30 % de ses recettes en hydrocarbures au premier trimestre par rapport à l’an passé.

Plombé par l’effondrement du cours du Brent, le groupe pétro-gazier, qui contribue à près de 60 % du budget de l’État et à plus de 95 % des recettes en devises du pays, est sommé de sabrer dans ses dépenses. Objectif : ramener de 14 à 7 milliards de dollars (de 12,4 à 6,2 milliards d’euros) son budget pour 2020. Soit une réduction de moitié !

Cure d’austérité

Cette cure d’amaigrissement drastique était prévisible alors que les cours peinent à remonter, avec un baril avoisinant les 40 dollars, contre près de 60 dollars en début d’année. « Toutes les entreprises pétrolières sont en train de diminuer leurs investissements en raison de la baisse de la demande mondiale », tempère Mohamed Saïd Beghoul, ancien cadre de la société.

« L’État algérien, qui est l’unique propriétaire de Sonatrach, se trouve en grande difficulté et n’a pas d’autre choix que de réduire la voilure », confirme Mourad Preure, ancien directeur de la stratégie à Sonatrach. Selon lui, le groupe a les reins assez solides pour faire face à ce nouveau choc pétrolier.

« L’industrie des hydrocarbures est cyclique. Dans des situations de dépression, une compagnie pétrolière se doit d’être en mesure d’établir des scénarios de recul pour maintenir ses équilibres tout en résistant à la dépression. C’est un sport que Sonatrach maîtrise parfaitement », soutient-il.

Et de rappeler que ce n’est pas la première fois que l’entreprise doit se serrer la ceinture : « La société a été contrainte de faire des coupes budgétaires importantes par le passé, comme dans les années 1990, lorsque le pays s’écroulait sous le poids de la dette extérieure. »

Sonatrach est isolée pour faire face à cette nouvelle crise… C’est pourquoi l’État est davantage mobilisé

Le défi s’annonce toutefois colossal. L’Algérie sort d’une année difficile, marquée par une forte instabilité politique. Des secteurs, comme l’automobile ou le BTP, sont à l’arrêt, et l’on observe une érosion continue des réserves de change du pays. Amputées d’un tiers de ses stocks en trois ans, ses réserves en devises pourraient passer sous la barre des 50 milliards de dollars d’ici à la fin de l’année. Et pour ne rien arranger, le secteur minier algérien continue d’être boudé par les leaders du marché.

« Sonatrach est isolée pour faire face à cette nouvelle crise, car sa stratégie de partenariats à l’international a été sévèrement contrariée par les manipulations intempestives de la législation pétrolière pendant ces vingt dernières années, qui ont brouillé l’image du pays et causé les échecs des derniers appels d’offres. C’est pourquoi l’État est davantage mobilisé que si le groupe pouvait compter sur plusieurs grands partenaires avec lesquels partager le risque », souligne Mourad Preure.


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Attirer les majors

Pour restaurer l’attractivité de Sonatrach, les autorités placent leurs espoirs dans la nouvelle loi régissant les hydrocarbures, entrée en vigueur en décembre 2019. Contesté par une partie de l’opinion publique, ce dispositif législatif offre plus de flexibilité aux investisseurs étrangers dans l’exploration et le développement des champs ainsi qu’une baisse sensible du niveau général du prélèvement fiscal.

Les majors ont un grand appétit. Elles ne vont pas affluer en Algérie pour de petits gisements

Sauf que les majors, dans le rouge depuis le déclenchement de la pandémie, ne se bousculent pas au portillon. « Il reste encore des champs gazéifères et pétrolifères à découvrir. Sont-ils de la taille des grands gisements comme Hassi R’mel ou Hassi Messaoud ? C’est peu probable. Les majors ont un grand appétit. Elles ne vont pas affluer en Algérie pour de petits gisements, commente Mohamed Saïd Beghoul. Si c’est pour attirer des sociétés moins puissantes que Sonatrach, autant qu’elle continue à mener ses activités d’exploration en solo », tranche-t-il.

Préparé à la hâte, le plan de réduction budgétaire n’a pas encore été rendu public. Le nouveau PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar, qui a pris ses fonctions quelques semaines avant le début de la propagation du Covid-19, a seulement annoncé le report « des projets qui ne revêtent pas un caractère d’urgence » et une diminution de la « charge d’emploi de près de 30 % ».

Les opérations de forage ne sont pas épargnées. Depuis mars, 26 puits d’exploration et 30 puits de développement ont été mis à l’arrêt. Une telle situation ne risque-t-elle pas de compromettre ses capacités de production, en baisse constante ? La production de la compagnie a reculé d’environ 20 % au cours des dix dernières années malgré un effort d’investissement annuel maintenu autour de 10 milliards de dollars.

autant ne pas toucher aux forages et réduire des segments d’activité moins productifs, comme les bureaux à l’étranger

Pour de nombreux experts, réduire l’activité de forage revient à asphyxier le cœur de métier de Sonatrach et à mettre en danger l’équilibre naturel de la gestion des gisements pétrolifères et gazéifères. « On peut faire des économies mais pas au détriment de l’activité de base, qui est l’exploration et le développement. D’autant que la fermeture de ces puits ne représente qu’un gain d’environ 400 millions de dollars. On est loin du compte. Alors autant ne pas toucher aux forages et réduire des segments d’activité moins productifs, comme les bureaux à l’étranger, qui ne rapportent pas beaucoup », propose Mohamed Saïd Beghoul.

Surexploitation

Pour Mourad Preure, la priorité reste de conserver les principaux champs gazéifères et pétrolifères, surexploités. « Dans un scénario de recul, on part toujours de l’amont, de la préservation des gisements, car c’est là que se trouve la puissance de la compagnie. C’est donc dans l’aval que les projets d’investissement doivent être reportés. On n’a jamais vu une compagnie pétrolière faire faillite à cause de son raffinage ou de sa pétrochimie, mais plutôt à cause de son amont. Soit parce qu’elle n’a plus de réserves, soit parce que celles-ci sont trop chères à produire. Donc, la première préoccupation de toute compagnie pétrolière, c’est de maintenir la santé de ses gisements », rappelle-t-il.


Offensive dans le gaz en Espagne

Face à la concurrence du gaz russe et des gaz de schiste américains, aux prix plus attractifs, et à une baisse estimée à 25 % de ses volumes de vente en 2020, Sonatrach passe à l’offensive.

Troisième fournisseur gazier en Europe, avec 11 % de part de marché, la compagnie publique algérienne a pris le contrôle de Medgaz SA, gérant du gazoduc reliant l’Algérie à l’Espagne, à la suite de l’acquisition des 19,10 % d’actions détenues par l’entreprise espagnole Cepsa Holding.

Sonatrach se retrouve ainsi majoritaire dans cette société aux côtés de Naturgy (49 %), son partenaire historique espagnol.

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