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Cet article est issu du dossier «Cameroun : les réformes, ces autres victimes du coronavirus»

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Agroalimentaire

Emmanuel Néossi, nouveau prince camerounais du cacao

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Emmanuel Néossi, déjà producteur et exportateur de cacao, s'est récemment lancé dans la transformation.

Emmanuel Néossi, déjà producteur et exportateur de cacao, s'est récemment lancé dans la transformation. © MABOUP

Déjà producteur et exportateur de cacao, ce self-made-man a fait irruption il y a un an dans le secteur de la transformation. Et nourrit plus que jamais des ambitions continentales.

Localité banale à près de 200 km au nord-ouest de Douala, bordée par la rivière Nkam, qui donne son nom au département situé dans la région de l’Ouest, Kekem a connu son heure de gloire le 26 avril 2019. Ce jour-là, le Premier ministre Joseph Dion Ngute fait le déplacement pour inaugurer une usine de transformation de fèves de cacao de 32 000 tonnes. « La plus moderne du monde », s’avance son promoteur, Emmanuel Néossi, patron de Neo Industry, en vantant la technologie du groupe suisse Bühler, spécialiste de l’industrie mécanique.

Grâce à un investissement de 54 milliards de F CFA (plus de 82 millions d’euros), le natif de Kekem a été propulsé sur le devant de la scène économique nationale. « Nous avons réussi à bousculer le monopole dans la transformation du cacao au Cameroun », se réjouit-il.

Unique acteur sur ce créneau depuis près de six décennies, SIC Cacaos (filiale du groupe Barry Callebaut) a depuis réagi à cette nouvelle concurrence en augmentant ses capacités de traitement. D’autant que l’Ivoirien Bernard Koné Dossongui s’apprête à lancer sa propre usine de transformation de 48 000 t dans la zone portuaire de Kribi.

Self-made-man

À 46 ans, Emmanuel Néossi, père de huit enfants, peut mesurer le chemin parcouru depuis 1993, lorsqu’il met un terme à sa formation en comptabilité au lycée technique de Kekem pour se lancer dans la cacaoculture. Il acquiert une parcelle et bénéficie quelques mois plus tard du coup de pouce de sa mère pour porter la superficie de sa plantation à 50 hectares.

Avec les succès vient la reconnaissance du pays bamiléké

Une décennie s’écoule avant qu’il se lance dans l’achat et la revente de l’or brun aux exportateurs. L’américain ADM, tombé en 2015 dans le giron du singapourien Olam, lui offre en 2012 sa première opportunité à l’international. Pour gérer cette nouvelle activité, l’entrepreneur crée d’abord la société Producam, puis élargit progressivement son périmètre d’intervention. Il est aujourd’hui également présent dans l’immobilier (SCI Neo & Co.), le transit (All Logistics Transport) et la distribution alimentaire (Neo Food Distribution).

Avec les succès vient la reconnaissance du pays bamiléké. Son souverain lui octroie le titre de mfeuda, c’est-à-dire de « leader de la jeunesse ». Ce self-made-man, qui se définit aussi comme un « grand membre du RDPC », le parti au pouvoir, vient par ailleurs de lancer la réhabilitation d’un marché (Neo Congo Mall), en partenariat avec la mairie de Douala, pour près de 28 milliards de F CFA.

Frénésie de projets

Pour autant, la transformation (Neo Industry) et l’exportation de la fève – Producam a réalisé un chiffre d’affaires de 260 millions d’euros en 2018, se classant troisième exportateur de cacao du pays derrière Telcar Cocoa de Kate Fotso et Olam – restent le cœur de l’activité de son groupe, dont le holding Neo Group est en cours de constitution.

En attendant le doublement des capacités de l’usine de Kekem, Emmanuel Néossi s’est associé avec le groupe français CIOA (immobilier et conseil) pour créer Neo Real Estate, une coentreprise dans laquelle il détient 51 % des parts, afin de prendre pied dans le logement social et la construction routière.

Emmanuel Néossi se rêve déjà en géant africain

« Nous allons débuter par un projet pilote de 100 logements à Kekem, qui va ensuite être porté à 360 unités pour loger des ouvriers. L’objectif à long terme est de construire 25 000 logements dans les dix régions du pays grâce au savoir-faire de notre partenaire », détaille Serge Noutcha, le directeur du développement du groupe.

Cette frénésie de projets préfigure l’ambition continentale d’Emmanuel Néossi, qui se rêve déjà en géant africain capable de tenir la dragée haute à Olam ou à Barry Callebaut.

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