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Cet article est issu du dossier «Les 500 premières entreprises africaines face à la crise»

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Agroalimentaire

Maroc : soutenu par des barons de l’agrobusiness, Zalar surmontera-t-il la crise ?

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Mis à jour le 16 juillet 2020 à 12h10
Un élevage de dindes, dont le prix a baissé en raison d’une surproduction dans le royaume.

Un élevage de dindes, dont le prix a baissé en raison d’une surproduction dans le royaume. © Kate Kline May/FoodPix/Getty Images

Le spécialiste marocain de l’aviculture, qui a connu un développement rapide depuis 2009, continue au prix d’un endettement important, d’intéresser des investisseurs de premier plan.

À la fin de février, une semaine avant le début de l’épidémie de Covid-19 au Maroc, le conseil d’administration de Zalar Holding, qui chapeaute 21 entreprises du secteur avicole, accompagné par le cabinet international PwC, a opéré une réorganisation interne très remarquée.

Ali Berbich, administrateur général de l’entreprise depuis 2013, a été propulsé au poste de président du conseil d’administration, laissant sa place à Siham Benhamane, auparavant responsable des pôles nutrition animale et accouvage. La quinquagénaire accède à la tête d’une entreprise fondée en 1974 et toujours contrôlée par la famille Chaouni.

Le chiffre d’affaires de Zalar – 498,33 millions d’euros en 2018 – la place dans les 300 premières entreprises du continent, alors qu’elle a connu trois exercices déficitaires ces dernières années.


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L’intégration verticale, une priorité

La nouvelle patronne n’arrive cependant pas en terrain inconnu puisqu’elle a intégré le groupe en 2005. « Les actionnaires n’étaient pas complètement satisfaits des réalisations du holding », commente le patron d’une banque d’affaires marocaine. « Siham Benhamane a été nommée pour améliorer les performances opérationnelles des filiales et pour créer davantage de synergies. L’intégration verticale de la filière avicole – négoce, nutrition, élevage, transformation et distribution – reste une priorité », confirme un cadre du groupe, qui emploie près de 2 500 salariés.

En juin 2019, ses dettes atteignaient 183 millions d’euros, soit presque quatre fois ses fonds propres

Très discret sur ses performances, Zalar – qui n’a d’ailleurs pas répondu à nos sollicitations – tire une part importante de ses revenus de ses activités de négoce. L’entreprise est par conséquent directement impactée par la fluctuation des cours mondiaux des matières premières agricoles. C’est ce qui explique, outre une surproduction de viande de dinde au Maroc, la baisse de son chiffre d’affaires sur la période 2012-2015, en dépit d’investissements importants.

En juin 2019, date de la dernière communication financière du groupe, ses dettes atteignaient plus de 2 milliards de dirhams (183 millions d’euros), soit presque quatre fois ses fonds propres. « Le plus délicat, c’est qu’une grande partie de cette dette est de court terme, sous forme de découverts bancaires ou de concours bancaires courants qu’il faudra payer rapidement. Mais sans plus d’informations détaillées, par métier, il est impossible de savoir où le bât blesse », explique le financier interrogé.

Prêt de 25 millions de la BEI

Pour l’instant, l’enjeu pour le groupe est d’être en mesure de poursuivre le programme d’investissement pour lequel il a obtenu en février un financement de 25 millions d’euros auprès de la Banque européenne d’investissement (BEI). Cette enveloppe servira à agrandir des installations de stockage de céréales, mais aussi à construire de nouvelles fermes d’élevage, ainsi qu’à moderniser des fermes existantes.

« La crise du Covid ne freinera pas les investissements. Le secteur avicole a été relativement épargné, et le groupe a besoin d’augmenter ses volumes pour faire baisser ses coûts fixes », estime le banquier consulté. Zalar entend aussi augmenter les parts de marché de sa marque de charcuterie Dindy, aujourd’hui moins connue que les produits de son concurrent Koutoubia, pourtant plus petit.

Avec son fort développement dans un secteur en croissance, Zalar offre la belle histoire que beaucoup recherchent

Pour décrocher le financement de la BEI, Zalar a une nouvelle fois mandaté la banque d’affaires Ascent Capital Partners (ACP), cofondée en 2010 par Mehdi Berbich, ex-directeur exécutif chez JP Morgan et parent d’Ali Berbich, et Abdellatif Imani, ancien gestionnaire de fonds de Société générale.

« Grâce à leurs expériences aux États-Unis et en France, les deux patrons d’Ascent permettent à Zalar de démarcher des investisseurs étrangers intéressés par l’Afrique. Avec son fort développement dans un secteur lui-même en croissance, l’entreprise offre la belle histoire que beaucoup recherchent », explique notre source.

Caution internationale

C’est au départ parce qu’il ne voulait pas être dépendant de ses fournisseurs que Mohammed Chaouni Benabdallah s’est progressivement agrandi, créant des sociétés distinctes pour chacune des étapes de la chaîne de valeur avicole. Une stratégie particulièrement appréciée des investisseurs.

L’accélération du développement du groupe date de 2009, lorsque Zalar a fusionné ses activités avec celles du groupe Al Atlas, avant de racheter, deux ans plus tard, les parts de ses partenaires.

En 2013, les actionnaires de l’entreprise décidaient, déjà avec l’appui d’Ascent Capital Partners, d’ouvrir le capital de Zalar à la Société financière internationale (IFC, filiale de la Banque mondiale), cédant 17,9 % du capital contre 24 millions de dollars (21,3 millions d’euros).

Outre IFC, le holding compte Seabord et Mitsui à son tour de table

Grâce à cette caution internationale, le groupe réussissait l’année suivante à lever 475 millions de dirhams, dont les deux tiers sur le marché obligataire marocain et le reste auprès de la Banque européenne de reconstruction et de développement (Berd).

Focalisé sur le marché domestique

Pour concrétiser ses ambitions, la famille Chaouni, toujours accompagnée par les banquiers Mehdi Berbich et Abdellatif Imani, a par la suite ouvert par deux fois le capital du groupe. En 2015, les actionnaires accueillaient au tour de table l’américain Seaboard, conglomérat spécialisé dans l’agro­alimentaire et le négoce, qui a pris 12 % de Zalar contre 176 millions de dirhams. En 2018, c’était au tour du japonais Mitsui & Co., conglomérat présent dans l’agroalimentaire et les transports, d’injecter 25 millions de dollars sous la forme d’une augmentation de capital.

Focalisé sur l’amélioration de ses résultats au Maroc, le groupe n’a pas fait de son développement international une priorité, malgré plusieurs annonces en ce sens et un investissement de 18 milliards de F CFA (27,5 millions d’euros) au Sénégal, en 2015, pour y construire un couvoir et plusieurs unités d’élevage et d’abattage. « Nous n’avons pas d’autres projets en Afrique ni évalué nos investissements futurs sur place », avoue avec franchise un cadre financier du groupe. Pour Zalar, l’avenir immédiat se jouera avant tout à domicile.

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