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Cet article est issu du dossier «Les 500 premières entreprises africaines face à la crise»

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Pour son expansion, Barrick ne vise que la « classe mondiale »

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Mis à jour le 17 juillet 2020 à 12h26
Des ouvriers font des forages dans la carrière de la mine d'or de Tongon, Exploitée par la compagnie Randgold, aujourd'hui fusionnée avec le canadien Barrick.

Des ouvriers font des forages dans la carrière de la mine d'or de Tongon, Exploitée par la compagnie Randgold, aujourd'hui fusionnée avec le canadien Barrick. © Olivier pour JA

Grâce à sa bonne santé financière, le géant canadien est à l’affût d’opportunités dans les filières de l’or et du cuivre pour servir ses ambitions panafricaines.

Un an et demi après sa fusion avec Randgold Resources, le géant de l’or Barrick, piloté par le Sud-Africain Mark Bristow, est en pleine forme. Numéro deux mondial du secteur, derrière l’américain Newmont Mining, le groupe canadien devrait devenir cette année le premier producteur du métal précieux en Afrique, avec plus de 2 millions d’onces extraites, après la vente en février par AngloGold Ashanti de ses mines sud-africaines à Harmony Gold.

Grâce aux actifs de Randgold, qui était très présent en Afrique de l’Ouest (Mali, Côte d’Ivoire…), mais aussi à la conviction de son patron que le sous-sol africain, encore largement inexploré, recèle des gisements attractifs, Barrick est aujourd’hui le seul groupe à mettre en œuvre une véritable stratégie panafricaine.

Si l’épidémie de Covid-19 a obligé le géant minier à instaurer des protocoles sanitaires draconiens sur ses sites – notamment en acheminant des dizaines de milliers de tests –, le rythme de sa production n’a pas baissé, du Mali à la Tanzanie.

« Toutes nos mines sont pilotées par des Africains, et l’essentiel du management est issu du pays, ce qui fait que nous avons moins souffert de l’impossibilité pour les expatriés de voyager », indique Mark Bristow. Confiné en Afrique du Sud pendant les mois d’avril et de mai, le dirigeant n’a lui-même repris ses incessants voyages, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée jusqu’au Nevada, que début juin.


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Des flux de trésorerie entre 1 et 2 milliards de dollars en 2020

En maintenant sa production, Barrick a profité à plein des sommets atteints par les cours de l’or, dopés par le statut de valeur refuge du métal précieux. Montée à 1 736 dollars le 11 juin à la Bourse de Londres, l’once n’était pas loin de ses plus hauts niveaux depuis dix ans, avec un record à plus de 1 800 dollars en août 2011.

« C’est un moment particulièrement favorable pour Barrick, qui se retrouve avec un bilan solide et un endettement net d’environ 2 milliards de dollars, qui se réduit rapidement puisque les flux de trésorerie tirés de notre production minière en 2020 devraient s’élever entre 1 et 2 milliards de dollars. D’ici à deux ans, le groupe pourrait être complètement désendetté tout en étant propriétaire du meilleur portefeuille de mines de la filière aurifère », se félicitait Mark Bristow en janvier 2020, alors que les cours de l’once tournaient autour de 1 550 dollars.

Nous ne nous positionnerons sur des projets d’acquisition, de fusion ou de combinaison d’actifs que s’ils peuvent faire émerger des mines de classe mondiale

Le patron sud-africain, avec qui Jeune Afrique s’est à nouveau entretenu au début de juin, reconnaît être à l’affût d’acquisitions, avec une attention particulière pour le continent. « S’il y a des opportunités, nous saurons les saisir, mais nous resterons extrêmement disciplinés dans nos investissements. Nous ne nous positionnerons sur des projets d’acquisition, de fusion ou de combinaison d’actifs que s’ils peuvent faire émerger des mines de classe mondiale, c’est-à-dire capables de produire plus de 500 000 onces d’or par an pendant une décennie », fait valoir Mark Bristow.

En Afrique, Barrick dispose déjà selon lui de deux complexes miniers de cette envergure : celui de Kibali, en Ituri, dans l’est de la RDC, qui produit quelque 800 000 onces par an, et celui de Loulo-Gounkoto, dans l’ouest du Mali, qui tourne à plus de 700 000 onces par an. Et Mark Bristow espère bien en faire émerger un troisième, en Tanzanie, grâce à la combinaison de ses mines de North Mara et de Bulyanhulu, après avoir pacifié ses relations avec les autorités du pays.

Quant aux mines de Tongon en Côte d’Ivoire (273 000 onces en 2019) et de Morila au Mali, qui entrent dans leurs dernières années d’exploitation, l’objectif est d’optimiser l’utilisation de leurs installations industrielles, notamment en exploitant des gisements adjacents. L’exploration autour des sites d’extraction actuels est clairement la priorité de Mark Bristow, en achetant ou en rachetant des licences. Une stratégie déjà mise en œuvre il y a quatre ans en RDC, avec l’acquisition du gisement de Moku, situé à proximité de Kibali et dont l’or peut être traité par les installations et les équipes de ce complexe minier.

Intérêt pour la filière cuivre

Le dirigeant n’a pas pour autant renoncé à découvrir de nouveaux gisements. « Nous explorons le sous-sol de la Côte d’Ivoire (notamment le centre du pays, en coentreprise avec Endeavour Mining), l’est du Sénégal, l’ouest et le sud du Mali (en partenariat avec l’État malien pour cette dernière région). Nous regardons aussi avec intérêt les opportunités dans cette large région comprise entre l’Est de la RDC, où est situé Kibali, et nos sites tanzaniens. Enfin, nous gardons un œil sur l’Érythrée, l’Éthiopie, l’Égypte et l’Arabie saoudite », détaille Mark Bristow.

En revanche, le patron exclut tout projet dans sa patrie d’origine en raison d’un climat politique et social qu’il considère comme « trop tendu ».

En parallèle, Barrick réfléchit à explorer de nouveaux horizons. En mars 2020, son patron a fait savoir son intérêt pour la filière cuivre, au moment où les cours du métal rouge atteignaient leur plus bas niveau depuis quatre ans, du fait de la pandémie de Covid-19 et des incertitudes qui planent sur la demande chinoise. Pariant sur un retournement de tendance à long terme, il a notamment formulé une offre pour la mine de Grasberg, située en Indonésie et appartenant à l’américain Freeport-McMoRan, restée lettre morte pour l’instant.

Si nous voyons un moyen d’associer Lumwana à un autre acteur local pour bâtir un ensemble davantage créateur de valeur, nous le ferons

Même s’il cible prioritairement des gisements à la fois aurifères et cuprifères, plutôt rares en Afrique, Mark Bristow n’exclut pas une acquisition liée au cuivre sur le continent. « En RDC, où nous sommes très bien implantés, cela n’est pas inenvisageable », indique-t-il. Barrick dispose déjà d’une mine de cuivre en Zambie, à Lumwana, mais cet actif n’a ni la taille ni la rentabilité souhaitées.

« Le principal souci est que cette mine n’a pas de fonderie. Si nous voyons un moyen d’associer Lumwana à un autre acteur local pour bâtir un ensemble davantage créateur de valeur, nous le ferons », explique-t-il. Barrick a d’ailleurs déjà réalisé une opération de ce type en décembre 2019 au Sénégal, en cédant son projet lié à l’or de Massawa à Teranga Gold, déjà actif dans le pays, contre une participation de 11 % à son capital.

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