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Cet article est issu du dossier «Les 500 premières entreprises africaines face à la crise»

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BTP & Infrastructures

Focus : il était une fois Group Five, géant africain du BTP

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L'aéroport international King Shaka, près de Durban, fait partie des grandes réussites du groupe. Ici, lors de son inauguration, le 1er mai 2010.

L'aéroport international King Shaka, près de Durban, fait partie des grandes réussites du groupe. Ici, lors de son inauguration, le 1er mai 2010. © RAJESH JANTILAL / AFP

Fragilisée avant même la crise du Covid-19, l’entreprise de BTP autrefois florissante vient de sortir de la Bourse de Johannesburg et doit céder ses actifs.

Il n’y a pas que pour les géants sud-africains South African Airways, Eskom ou encore ShopRite que les temps sont difficiles. Le secteur de la construction voit lui aussi sombrer ses fleurons un à un, mais les causes sont cette fois antérieures à la pandémie de Covid-19.

Le 15 juin, c’est l’une des majors du secteur, Group Five (près de 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires en 2017, soit 885 millions d’euros), qui est sortie de la Bourse de Johannesburg (JSE) après quarante-six ans de présence.

Dégringolade sectorielle

Cette entreprise fondée dans les années 1970 est célèbre pour avoir construit les aéroports de King Shaka (Afrique du Sud), de Dubaï et de Jebel Ali (Émirats arabes unis), le stade Moses-Mabhida, à Durban, le gazoduc Durban-Johannesburg, les sièges sociaux de Nedbank et de Cell C, etc.

Depuis mars 2019, sa cotation était suspendue. Valorisée 8,2 milliards de rands (860 millions d’euros) en 2007, l’entreprise ne valait plus que 100 millions de rands. Cette dégringolade touche d’ailleurs l’ensemble des acteurs de la construction en Afrique du Sud. Toujours en 2007, les cinq premiers groupes du secteur pesaient 60 milliards de rands, contre 15 milliards aujourd’hui.


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Le boom qu’ont connu Group Five et ses concurrents avec les chantiers de la Coupe du monde de football de 2010 semble désormais loin. La chute de la commande publique dans le pays, une forte concurrence qui tire les prix vers le bas, une industrie minière moribonde et une économie chancelante ont fortement affecté le dynamisme du secteur depuis trois ans.

Fiasco ghanéen

Alors que ses réalisations à l’extérieur des frontières sud-africaines auraient pu constituer une planche de salut pour Group Five, le projet de centrale électrique de Cenpower Generation à Kpone, au Ghana, a viré au fiasco : 62,7 millions de dollars de pénalités de retard lui ont été réclamées en 2018 sur un contrat de 410 millions de dollars, réduisant à néant une trésorerie déjà mal en point.

Group Five n’existera plus sous la forme qu’on a connue jusqu’ici

Un consortium de prêteurs a par la suite refusé de lui octroyer de nouveaux financements, le sachant non solvable. De quoi entraîner le groupe dans une spirale infernale, les entreprises sud-africaines de BTP ayant tendance à porter par elles-mêmes le risque financier de leurs opérations.

Placé sous procédure de sauvetage en mars 2019, « Group Five n’existera plus sous la forme qu’on a connue jusqu’ici », commente Dave Lake, l’un des deux business rescue practitioners du cabinet Metis chargés du dossier.

« Il n’était plus en mesure de faire face à ses obligations », poursuit-il. Pour rembourser ses créditeurs, il a procédé à une vente par appartements de ses actifs.

Nombreux litiges

« Group Five est vu comme une entreprise de construction, mais, d’un point de vue de la valeur, c’est probablement la part la plus petite de son business », souligne Dave Lake. La majorité de ses contrats en cours, comme le développement de centres commerciaux en Afrique du Sud et au Zimbabwe, et de ses participations dans des joint-ventures ont été cédés.

60 % des 7 000 emplois ont pu être sauvegardés

Quant à ses filiales profitables, elles ont été vendues, comme l’opérateur autoroutier Intertoll, présent notamment en Afrique australe, en Europe de l’Est et en Inde, ou sont en passe de l’être, à l’instar du cimentier Everite et de la division immobilier du groupe.

Si de nombreux litiges restent encore à régler, Dave Lake se félicite que 60 % des 7 000 emplois de Group Five aient pu être sauvegardés. Même s’il va falloir se contenter de peu. Les créditeurs ne pourront être remboursés intégralement. Quant aux actionnaires, leurs fonds semblent bel et bien perdus.

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