Politique

France-Turquie : l’inquiétante escalade entre Macron et Erdogan

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Le président français Emmanuel Macron et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, le 19 janvier 2020 à Berlin.

Le président français Emmanuel Macron et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, le 19 janvier 2020 à Berlin. © Turkish Presidency Press Service via AP/SIPA

Après un grave incident au large des côtes libyennes, le président français estime qu’Ankara « joue un jeu dangereux », pendant qu’Erdogan se rit des incohérences de Paris. Le différend a été soumis à l’arbitrage de l’Otan.

Sur terre, dans les airs et maintenant en mer… Le contentieux entre la France et la Turquie autour de la question libyenne ne cesse de s’étendre. Le 10 juin, dans le cadre de la mission Sea Guardian de l’Otan, un bâtiment tricolore, le Courbet, veut arraisonner un navire battant pavillon tanzanien, soupçonné de transporter des armes pour les forces de Tripoli. Mais celui-ci est protégé par une escorte turque qui menace de tirer sur le Courbet. Aussitôt, Paris convainc ses alliés au sein de l’Otan d’ouvrir une enquête sur l’« agressivité » de la Turquie.

Quelques jours plus tard, le 22 juin, dans un entretien avec son homologue tunisien, Kaïs Saïed, le président français déclare qu’Ankara « joue en Libye un jeu dangereux et contrevient à tous ses engagements pris lors de la conférence de Berlin [du 19 janvier] ».

Hypocrisie

En début d’année, déjà, Emmanuel Macron avait accusé Recep Tayyip Erdogan d’avoir violé l’embargo sur les armes en Libye. Des Rafale tricolores avaient en effet repéré une livraison de véhicules blindés turcs à destination de Tripoli. Au Palais blanc, la réponse avait été immédiate : le navire protégé par les forces navales du Bosphore contenait uniquement du « matériel médical ».

Quant aux véhicules résistant aux explosions de mines, c’est à la demande du gouvernement d’union nationale, reconnu par l’ONU, que la Turquie les avait envoyés, respectant ainsi ses engagements vis-à-vis de la communauté internationale… contrairement à la France.

La débandade des hommes du maréchal Haftar en Tripolitaine a conforté Erdogan dans sa stratégie

Il est facile pour Erdogan de rappeler l’hypocrisie de l’Élysée en Libye. Bien que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, la France aurait apporté un soutien militaire direct à Khalifa Haftar dans son offensive contre Tripoli. En juin 2019, quatre missiles antichars Javelin ont été retrouvés dans la ville de Gharyan – dans l’Ouest libyen –, alors poste de commandement de l’autoproclamée Armée nationale libyenne. Paris avait alors expliqué qu’il s’agissait de l’équipement d’« une mission de renseignement dans le cadre de la lutte contre le terrorisme » qui avait dû partir précipitamment à cause de la situation sécuritaire dans le pays. Une justification qui n’a pas convaincu grand monde du côté des Libyens de l’ouest.

La débandade des hommes du maréchal Haftar en Tripolitaine, due notamment aux renforts envoyés par la Turquie, a conforté Erdogan dans sa stratégie militaire, avec l’éventuelle implantation de bases dans la région, un objectif que Macron veut contrecarrer à tout prix. Ses conseillers et lui veulent éviter que la zone ne tombe dans l’escarcelle turque.

Soutien sans faille des pays européens

Voisine de la Tunisie, lieu de passage des migrants subsahariens pour l’Europe et siège de champs et terminaux pétroliers, la Tripolitaine est stratégique pour la France. D’où le recours à l’arbitrage de l’Otan, même si cette dernière est considérée comme étant « en état de mort cérébrale » par le président français.

Il n’est pas sûr que Macron remporte cette nouvelle manche

Mais, malgré le soutien sans faille des membres européens, il n’est pas sûr que Macron remporte cette nouvelle manche. L’arrimage d’Ankara à l’Otan est trop important pour Washington, qui s’inquiète de la montée en puissance en Méditerranée de la Russie, adversaire de la Turquie en Libye.

« La guerre ne va pas éclater entre la France et la Turquie pour une histoire de bateau à pavillon tanzanien ni pour une livraison de blindés, mais c’est sûr que les eaux méditerranéennes se réchauffent fortement », analyse un expert. Sans doute, mais reste à savoir si Macron et Erdogan peuvent amorcer la désescalade.

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