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Cet article est issu du dossier «Cameroun : les réformes, ces autres victimes du coronavirus»

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Politique

Cabral Libii, le jeune loup qui se rêvait en « Macron camerounais »

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Mis à jour le 15 juillet 2020 à 13h36
Cabral Libii, Député à Yaoundé, Cameroun le 6 mars 2020.© Fernand Kuissu pour JA

Cabral Libii, Député à Yaoundé, Cameroun le 6 mars 2020.© Fernand Kuissu pour JA © Fernand Kuissu pour JA

Grâce à une campagne particulièrement habile, l’ex-leader estudiantin s’est fait élire député en février, confirmant sa percée lors de l’élection présidentielle de 2018.

Lors de l’élection présidentielle d’octobre 2018, Cabral Libii, 40  ans, rêvait d’être le « Macron camerounais ». C’est finalement à l’occasion des législatives de février, couplées aux élections locales, que le leader du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN) a recueilli les fruits de sa popularité naissante.

Dans un paysage politique où la gérontocratie est la règle, l’entrée de l’ancien activiste estudiantin à l’Assemblée nationale représente une vraie gageure. En dépit d’une surprenante troisième place en 2018, lors du scrutin qui a vu Paul Biya décrocher un huitième mandat, de nombreux observateurs prédisaient son échec.

L’un des premiers défis à relever pour Cabral Libii fut de se doter d’un appareil politique à même de porter sa candidature. Prosper Nkou Mvondo – le président du parti Univers, qui l’avait investi à la présidentielle – ayant refusé de l’installer à la vice-présidence de son mouvement, Cabral Libii a décidé de lancer sa propre formation politique.

Coup de pouce inattendu

En février 2019, il a annoncé la création du parti Les Citoyens, déclinaison du mouvement 11 Millions de citoyens, qu’il avait créé un an auparavant. Mais face à la lenteur dont a fait preuve l’administration pour enregistrer sa formation, Cabral Libii a rapidement changé son fusil d’épaule et opté pour un rapprochement avec le PCRN, un petit parti qui n’avait jamais réussi jusque-là à exister sur la scène nationale.

Le 11 mai 2019, il en a pris la présidence au cours d’une convention express. Cette étape passée, Cabral Libii a choisi d’implanter le PCRN sur l’ensemble du territoire national. « Nous avions des candidats, entre autres à Kai-Kai, dans le septentrion ; à Kribi, dans le Sud ; à Galim, dans l’Ouest ; dans le Centre et dans l’Est », se satisfait-il.

Opportuniste, Cabral Libii en a alors profité pour surfer sur la popularité toujours forte de Ruben Um Nyobe

Pour sa propre candidature, il a opté pour son département d’origine, le Nyong Ekelle, fief de l’Union des populations du Cameroun (UPC). Créé en 1947 par Ruben Um Nyobe, ce parti, qui s’est engagé en 1953 dans la lutte armée pour l’indépendance, conserve localement une forte audience.

Le leader du PCRN a alors bénéficié d’un coup de pouce inattendu lorsque Elecam, l’organe chargé des élections, a disqualifié les différents candidats se réclamant de l’UPC. La raison : un même mouvement ne peut, selon la loi électorale, présenter plusieurs listes dans la même circonscription.

Opportuniste, Cabral Libii en a alors profité pour surfer sur la popularité toujours forte de Ruben Um Nyobe, mort pourtant depuis près de soixante-deux ans. « Nous avons le droit de revendiquer son héritage, car c’est un patrimoine national », justifie-t-il.

Faire entendre sa voix

Malgré les critiques de l’UPC, la formule porte ses fruits. En février, Cabral Libii est élu, tandis que le PCRN remporte quatre autres sièges de député. Ce qui fait de ce parti la deuxième force d’opposition à l’Assemblée nationale, ex aequo avec le Front social démocrate (SDF, cinq députés), en l’absence du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), de Maurice Kamto. Le PCRN décroche aussi 206 conseillers municipaux à travers le pays.

Au Parlement, Cabral Libii reste réaliste sur sa capacité à faire bouger les lignes, compte tenu du poids du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), avec ses 152 élus sur 180. Mais il compte bien faire entendre sa voix sur des sujets comme la révision du code électoral, la crise anglophone et la décentralisation. « Nous allons travailler autant que nous le pourrons pour montrer à ceux qui nous ont mandatés qu’ils ont fait le bon choix. Et si cela ne suffit pas, ils sauront qu’il faudra nous donner plus de pouvoir dans cinq ans », veut croire Cabral Libii.

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