Interview

Mamadou Ibrahima Traoré (Sonatel) : « Avec l’ouverture des États, il n’existe plus de frontières pour l’emploi »

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En quête de talents toujours plus spécialisés, la Sonatel cherche depuis plusieurs années à diversifier ses canaux de recrutements et développe des formations adaptées à ses besoins. DRH de cette filiale d'Orange au Sénégal depuis près de deux ans, Mamadou Ibrahima Traoré explique comment le groupe s'organise pour y parvenir.

Quels sont les profils et compétences les plus recherchés actuellement à la Sonatel ?

Cela va des nouveaux services financiers au services pour les professionnels, l’informatique et les nouvelles technologies, en passant par l’intelligence artificielle, l’Internet des objets, le big data, le cloud ou la cybersécurité. Et ces compétences se développent soit par des recrutements externes, soit par le développement des compétences existantes avec un accompagnement par des actions de formation. Rien que pour 2019, cette politique de formation, interne au groupe Orange, propose un catalogue d’offres pour les filiales en Afrique comportant 52 formations en lien avec ces compétences rares.

Nous avons créé des positions spécialisées dans la chasse de têtes sur Internet et ses réseaux sociaux. Et ça marche. »

Comment cherchez-vous vos nouveaux talents ?

Aujourd’hui le canal digital est devenu le moyen privilégié des offres d’emploi et des demandes de candidatures parce que nos recrutements s’orientent de plus en plus vers les profils estampillés transformation digitale et économie numérique. Au niveau des ressources humaines, cela nous a conduit à créer des positions spécialisées dans la chasse de têtes sur Internet et ses réseaux sociaux. Et ça marche. Cependant les canaux traditionnels restent d’actualité et les candidatures spontanées sont systématiquement analysées, tout comme les recommandations de nos écoles et universités partenaires et les suggestions de nos salariés.

L’offre de formation locale suffit-elle à répondre efficacement aux besoins du marché des télécoms ?

Oui sans aucun doute. Nous avons beaucoup de compétences au niveau du Sénégal et au niveau du continent en général. Avec l’ouverture des États, il n’existe plus de frontières pour l’emploi et la compétence a tendance à ne plus avoir de nationalité. Elle est tout simplement africaine, voire mondiale. Les curriculums de formation se rapprochent de plus en plus des standards mondiaux, voire, sont identiques. À un tel point que les compétences purement techniques sont quasiment garanties au recrutement. La majeure partie des écoles locales sont partenaires des grandes écoles et universités européennes et américaines. De ce fait, nos plans de développement en entreprise ont tendance à s’orienter de plus en plus vers des soft-skills [compétences interpersonnelles] et qui sont des compétences toutes aussi importantes.

Pour des métiers très spécifiques, Orange doit tout de même développer ses propres formations…

Oui, nous travaillons à mettre en place des filières de développement par métier, des filières d’expertise, des académies en interne et en partenariat avec des tiers. Comme par exemple la Chaire internationale d’enseignement Data Science Institute, co-sponsorisée par Orange, créée en 2017 et inaugurée à l’Institut national Félix Houphouët-Boigny (INP-HB) à Yamoussoukro par Stéphane Richard, PDG du Groupe Orange. Elle nous permet de constituer un vivier de data scientists grâce à un cursus en deux ans. Nous voulons également créer une formation continue s’adressant à des salariés de tous les pays et non des étudiants, et ouverte à toutes les entreprises avec 16 modules sur neuf mois dans cette même chaire.

Dans la cybersécurité Orange a lancé pour ses salariés d’Afrique et du Moyen Orient un parcours de formation diplômant avec 25 stagiaires issus de 11 pays francophones du groupe. Ce parcours de formation partagé entre entre Casablanca et Abidjan et entre un format digital et des cours en présentiel s’étendra jusqu’en 2020. Le but est que les salariés obtiennent un diplôme d’ingénieur du Conservatoire national des arts et métiers de Paris (Cnam) en cybersécurité.

Je fais partie de ceux qui croient à la disparition du CDI à terme. »

Qui sont vos partenaires académiques privilégiés ?

Au Sénégal, nous pouvons entre autres citer l’École supérieure multinationale des télécommunications (ESMT), dont Sonatel est partenaire depuis longtemps. Nous proposons beaucoup de stages qui se transforment en pré-embauche pour certains. En Côte d’Ivoire, outre l’INP-HB, nous avons sommes partenaires de l’École Polytechnique d’Abidjan et de l’Ensea d’Abidjan où nous avons développé là aussi une chaire « international data sciences institute ».

Quelles actions de formation menez-vous en interne ?

Les salariés du groupe ont tous accès à de nombreux modes d’apprentissage tels que les formations en présentiel classiques mais aussi des formations en e-learning, des éléments de lecture, des éléments de conférences, des serious games, etc. Il existe donc de plus en plus de formation dites en blended learning qui mixent tous les types d’apprentissage.

Observez-vous un retour de la diaspora dans votre secteur ?

Je n’aime pas trop parler de diaspora car comme je le disais plus tôt, la compétence n’a plus de nationalité et plus de territoire défini. Nos équipes peuvent travailler de n’importe quel endroit et les moyens digitaux nous aident de plus en plus dans la collaboration, même à distance. De nouveaux modes de contractualisation ont vu le jour et je fais partie de ceux qui croient à la disparition du CDI à terme et à l’émergence des contrats de prestations de services et de consultants.

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