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En Tunisie, Harvard veut séduire des étudiants encore frileux

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La célèbre université américaine multiplie, grâce au mécénat du banquier tunisien et ancien élève Hazem Ben Gacem, les offres de bourses auprès des Tunisiens. Avec son Centre des études moyen-orientaux au statut quasi unique, Harvard veut aussi faire découvrir la Tunisie à ses étudiants.

Qualité et diversité sont les maître-mots du Center for Middle Eastern Studies (Centre des études moyen-orientales, CMES) qui est, depuis 2017, la tête de pont de l’université Harvard en Tunisie. L’établissement de Cambridge aux États-Unis propose trois types de bourses pour les Tunisiens, selon leur profil.

Les bacheliers peuvent candidater afin d’entrer au prestigieux Harvard College (qui correspond aux premières années d’université avant le diplôme de premier cycle). Les post-doctorants en sciences humaines et sociales sélectionnés ont aussi le droit à une bourse qui leur permettent de passer six mois sur le campus de Harvard et d’y donner des cours.

Harvard est un lieu d’excellence où il n’y a pas de discrimination positive. »

Enfin, la Harvard Kennedy School of Government (HKS) – l’école d’administration publique au sein de Harvard – permettra, à partir de la rentrée 2020, à deux Tunisiens par an de suivre les cours du Master en administration publique (MPA). Ce dernier programme de bourse financé par le banquier tunisien et ancien élève, Hazem Ben Gacem, à hauteur d’un million de dollars pour une durée de trois ans, s’adresse aux cadres moyens du secteur public ou ONG avec trois ans d’expérience professionnelle.

Peu d’élus

Pourtant, malgré ces opérations de séduction, à peine une dizaine de Tunisiens ont été sélectionnés au total. Pire, concernant la première bourse, aucune candidature n’a été retenu. « Harvard est un lieu d’excellence où il n’y a pas de discrimination positive. L’université n’est pas du tout dans une politique de création de campus à l’étranger, par exemple, pour élargir le nombre d’élèves. Harvard se mérite », déclare la directrice du CMES à Tunis, Sihem Lamine.

Cette dernière évoque deux raisons qui explique le peu d’élus : un niveau d’anglais globalement médiocre « même si cela s’améliore » et une mentalité trop passive. « Les jeunes attendent d’avoir leur bac pour réfléchir à ce qu’ils veulent faire », constate-t-elle, à l’opposé des profils proactifs, de jeunes engagés dans des associations recherchés par les grandes universités outre-Atlantique.

Notre objectif est de mettre la Tunisie sur la carte académique. »

Opération séduction

« Quand j’ai vu qu’aucun Tunisien n’avait été sélectionné en 2018, je me suis renseigné auprès du bureau des admissions. On m’a répondu qu’il n’y avait eu qu’une dizaine de candidatures. C’est effectivement trop peu pour trouver le bon profil. Peut-être que les Tunisiens sont intimidés par Harvard », raconte Hazem Ben Gacem, sorti de l’école en 1992. C’est pourquoi le co-dirigeant de la banque d’affaires londonienne Investcorp et co-commissaire du sommet international de l’investissement Tunisia 2020 a décidé de faire venir le 5 octobre les responsables des admissions de Harvard en Tunisie dans une opération séduction.

L’autre rôle du Centre est de faire découvrir la Tunisie aux résidents de Cambridge. « Notre objectif est de mettre la Tunisie sur la carte académique. Que la Tunisie et le centre soient cités dans les notes en bas de pages des articles scientifiques [critères importants pour les classements des universités, Ndlr] », détaille Sihem Lamine qui est fière d’avoir fait venir récemment Gülru Necipoğlu, sommité mondiale de l’art islamique, qui n’avait jamais mis les pieds en Tunisie.

Soft power

Le succès est au rendez-vous sur ce point. Une centaine d’étudiants et de chercheurs de Harvard ont découvert la Tunisie à travers des cours d’arabe en été, des voyages d’études ou encore des résidences de six mois durant lesquelles les chercheurs peuvent animer des ateliers dans des universités locales. Un soft power de matière grise que la responsable du CMES revendique.

La liberté d’expression acquise après la révolution de 2011 et rare dans la région a été un argument déterminant pour l’implantation du CMES. Ce dernier bénéficie d’ailleurs d’un statut spécifique, directement relié à l’université d’Harvard, qui en fait un centre unique dans le monde arabe et qui, sur le continent, n’a d’équivalent qu’en Afrique du sud.

La Tunisie est donc en passe de combler le « no-man’s land qu’était la zone entre l’Égypte et le Maroc pour les étudiants de Harvard », se réjouit Sihem Lamine avant d’ajouter que ces mêmes étudiants, « surtout les femmes », trouvent la vie quotidienne plus facile, plus plaisante en Tunisie qu’au Maroc ou qu’en Égypte.

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