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RDC : la diaspora face à la question du retour

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Face au désir de revenir vivre et travailler au pays, les membres de la diaspora RD Congolaise se confrontent à un manque d'incitation officielle au retour. Même le secteur privé peine à leur proposer des positions alléchantes.

« N’avons-nous pas des terres à cultiver, une main-d’œuvre en abondance, une vision communautaire à long terme ? », s’interrogeait en 2017, l’écrivaine Liliane Kissimba dans son livre « La RDC demain : Lettre aux Congolais pour un développement inclusif et durable ». Avec plus de 80 millions d’habitants, la RDC ne manque en effet pas de bras pour se développer. Et le pays en dispose aussi hors de ses frontières. Selon leur ministère de tutelle, les ressortissants congolais vivant à l’étranger seraient plus de 16 millions, dont près de 12 millions auraient acquis une nationalité étrangère.

Nombre d’entre eux pensent ou ont pensé à retourner vivre et travailler dans leur pays. Témoins d’un contexte politique encore compliqué, ils hésitent et se confrontent également à des politiques qui ne les incitent pas forcément à revenir.

Pas d’incitation officielle

« Pour le moment, il n’existe pas de plateformes spécifiques mises en place par le secteur privé ou public pour encourager les personnes de la diaspora à retourner au Congo, note Noel K. Tshiani, patron d’Agere Global, une société de conseil en investissement et stratégie commerciale installée à New York. Les initiatives sont prises de manière individuelle, selon les informations que quelqu’un peut avoir sur une opportunité au Congo », poursuit-il.

Même son de cloche du côté de François Kakese, manager au sein du cabinet d’audit Deloitte : « Pour rappel, le processus d’obtention de visa pour la RDC n’est pas toujours facile. De plus il n’y a pas de facteurs incitatifs particuliers pour promouvoir l’entrepreneuriat congolais. Les entrepreneurs téméraires doivent se débrouiller seuls, la fiscalité, la parafiscalité et les réglementations sectoriels étant de grands freins à toute initiative sérieuse d’entrepreneuriat ». Comme partout, une délocalisation en RDC se prépare. Il est fortement conseillé de déménager avec les ressources nécessaires, un logement, un objectif professionnel et une connaissance du marché ciblé.

Revenir pour les affaires

Selon Noel K. Tshiani, qui est par ailleurs le fondateur du réseau international Congo Business Network, il y a en vérité deux types de profils de la diaspora capables de concrétiser un retour en RDC. D’un côté, les personnes d’origine congolaise qui souhaitent retourner vivre dans leur pays d’origine. De l’autre, les entrepreneurs qui reviennent d’abord pour créer une entreprise, chercher un emploi ou travailler dans une entreprise existante. « Les professionnels et les entrepreneurs sont ceux qui ont les compétences, l’expertise et les ressources financières nécessaires pour contribuer au développement à leur retour, affirme Noel K. Tshiani.  Et ceux qui, en Asie, au Canada, aux États-Unis, en Europe ou dans d’autres pays d’Afrique comme l’Afrique du Sud, le Kenya, le Rwanda ou le Maroc, peuvent revenir et contribuer au développement de leur pays d’origine, seront toujours encouragés à le faire ».

Compétences locales

Difficile pourtant d’enrôler ces Congolais de la diaspora éparpillés à travers le monde avec des représentations diplomatiques présentes dans seulement 68 États. Le secteur privé pourrait être une solution. Mais là encore, aucune certitude à l’heure où les petites et moyennes entreprises ont du mal à trouver des crédits pour financer et développer leurs projets. « Nous envoyons les CV reçus aux différentes agences de recrutement locales mais les discours nationalistes jouent sur la corde sensible et s’adressent plutôt aux ressortissants déjà au pays, témoigne Sophie Olivier, directrice générale de la Chambre de commerce et de l’industrie France Congo (CCI France Congo) basée à Kinshasa. La mode n’est plus au retour de la diaspora mais au local content ».

La compétence internationale reste une expertise en soi, mais elle n’est plus condition suffisante, comme elle l’avait été auparavant ».

À travers cette anglicisme, Sophie Olivier fait référence à l’ambition de certaines filières de recruter une main d’œuvre locale et qualifiée. Encore faut-il qu’il y ait une vraie volonté politique en termes de formation professionnelle. « Je dirais qu’il y a eu un fort mouvement de retour jusqu’en 2012, analyse Sophie Olivier. Les recruteurs ne regardaient ni le parcours, ni les compétences réelles. L’embauche était quasi systématique. Les membres de la diaspora étaient censés avoir été formés avec des standards internationaux, gage de qualité compte tenu de l’état du système de formation à l’époque. Il y avait aussi des restrictions en matière d’embauche des étrangers vis-à-vis des quotas. Puis l’engouement est retombé. Ou plutôt le retour à un recrutement raisonné a été privilégié. Les employeurs ont recommencé à regarder un CV en détail. La compétence internationale reste une expertise en soi, mais elle n’est plus condition suffisante, comme elle l’avait été auparavant ».

« Il n’existe pas encore de facilitations administratives pour la diaspora, notamment pour le prix du visa ou l’aide à l’implantation d’entreprises.

Revenir par ses propres moyens

Sa collègue, Farah Muamba, directrice du développement de la CCI France Congo, va même plus loin dans l’analyse : « Il y a dix ans les entreprises internationales basées en RDC ainsi que certaines entreprises locales avaient mis au point des packages très attractifs afin d’attirer la matière grise de la diaspora ainsi que sa main d’œuvre : salaires extrêmement attractifs défiants toute concurrence, logement luxueux, véhicule adapté, prise en charge des membres de la même famille, etc. Mais ce mode de fonctionnement a très vite montré ses failles, aux dépens des entreprises elles-mêmes. Aujourd’hui ce genre d’offre est devenue très rare. Il n’existe pas encore de facilitations administratives pour la diaspora, notamment pour le prix du visa ou l’aide à l’implantation d’entreprises. Donc le retour de la diaspora ne peut s’appuyer que sur la volonté de ces personnes à se délocaliser en RDC ».

« Renedieu, tu y vas vraiment ? C’est le genre de réaction que je recevais presque tous les jours »

C’est le cas de Reneudieu Kipoyi qui a opté pour un retour il y a un plus d’un an. Il est aujourd’hui directeur de l’innovation technologique chez Kin Daily Digital. « Il est si difficile de retourner en RDC, alors que vous occupez un bon travail à l’étranger, confie Renedieu. Le revenu que vous gagnez à l’étranger est bien supérieur. C’est la raison pour laquelle il faut beaucoup de courage pour prendre cette décision. « Renedieu, tu y vas vraiment ? » C’est le genre de réaction que je recevais presque tous les jours. Personne ne vous conseillera jamais d’y retourner. Parce que revenir en arrière n’est pas une approche logique de la vie, c’est ainsi que notre cerveau est entraîné à penser ».

« J’ai compris que je pouvais apporter ma pierre à l’édifice »

Contribuer depuis l’étranger

« Je suis né et ai grandi en France toute ma vie, relève Farah Muamba. J’ai pris la décision non pas de rentrer en RDC mais d’y aller après l’obtention de mon master en marketing en 2008. Je connaissais la RDC mais seulement d’un point de vue vacances. Avec l’âge, j’ai appris à m’intéresser aux choses plus fondamentales comme au marché du travail, au mode de vie des habitants, à la situation économique. Le fait d’avoir compris que je pouvais apporter ma pierre à l’édifice, aussi petite soit-elle, m’a tout de suite plu ».

Pour sa part, Noel K. Tshiani qui n’a pour l’heure pas l’intention de rentrer défend une autre manière de voir les choses : « Ce n’est pas nécessaire d’être physiquement en RDC pour y contribuer. Je parle avec des compatriotes presque tous les jours. Je leur donne des conseils sur ce qu’ils font pour les aider à être efficaces dans leur business. Et cela a un impact sans que je sois physiquement présent. La chose la plus importante est l’impact, que vous soyez basé à l’étranger ou que vous soyez au pays régulièrement ».

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