Jeunes diplômés

Tunisie : les étudiants pris en otage par un conflit opposant un syndicat au ministère

Par  | 

Entre boycott des examens et rétention des notes, le conflit opposant l’Union des enseignants universitaires et chercheurs (Ijaba) et le ministère de l’Enseignement supérieur continue de prendre en otage l’avenir des étudiants tunisiens. Témoignages.

« Ne pas savoir quand passer ses examens ou s’ils auront lieu, est devenu un « rituel », au point que les étudiants se sont habitués » soupire Moez, étudiant en informatique à l’Institut supérieur d’informatique (ISI) d’Ariana en Tunisie.

Depuis plusieurs mois, l’Union des enseignants universitaires et chercheurs tunisiens (Ijaba) dénonce le « non-respect » des accords du 07 juin 2018 entre l’union et le ministère de l’Enseignement supérieur. Celui-ci prévoyait notamment d’associer l’Ijaba comme partenaire officiel du ministère pour la mise en œuvre des réformes universitaires. Il promettait aussi l’ouverture de postes aux jeunes enseignants et une réévaluation salariale des enseignants-chercheurs.

Mais selon l’Ijaba, la promesse concernant les salaires n’a pas été tenue. En conséquence les enseignants grévistes ont décidé de durcir le ton. Tout en assurant les cours et les tâches administratives, ils retiennent les notes des devoirs surveillés, des travaux pratiques mais aussi les résultats des examens finaux. Des actes qui impactent certains étudiants se retrouvant avec des feuilles de notes tronquées et des semestre incomplets.

Face à cette situation, le ministère de l’Enseignement supérieur demande aux directeurs de tous les établissements d’établir un calcul de moyenne propre à chacun. Une situation qui « décrédibilise le diplôme » selon les étudiants. Témoignages.

Amine*, 23 ans, étudiant à l’école d’ingénieur ENICarthage

« Ce n’est pas la première année qu’on est face à cette situation. Déjà l’an passé on a dû assumer ce conflit entre le syndicat et le ministère. Alors qu’on devait finir les examens le 22 mai dernier, on a dû les débuter le 18 juin. À la fin de leurs tractations, les enseignants ont annoncé la date sans consulter les étudiants.

Cette année, il y a un examen du premier semestre qu’on n’a toujours pas passé et qui concerne une matière principale. Résultat, il manque une note dans notre relevé du premier semestre et au second semestre il nous manque deux notes finales dans deux matières.

Dans une mêmes écoles les étudiants n’auront pas tous passé les examens ou eu leurs notes. »

Si jamais on a l’occasion de repasser ces matières, ce sera l’année prochaine. Mais dans tous les cas la moyenne ne changera pas et puis qui nous dit qu’il n’y aura pas d’autres grèves et est-ce réellement possible de le faire ? De plus on aura tout oublié après une année.

Il y a également un autre souci : certains enseignants ne suivent pas Ijaba. Résultat, des étudiants d’autres groupes ont une note dans certaines matières parce que leur enseignant ne suit pas Ijaba et d’autres non parce qu’ils ont un enseignant membre d’Ijaba. Du coup dans une mêmes écoles les étudiants n’auront pas tous passé les examens ou eu leurs notes. »

Alia, 21 ans, étudiante à l’Institut Supérieur des Sciences Appliquées et de Technologie de Sousse

« Je devais finir mes études cette année, mais voilà qu’on fait face à une situation qui nous freine. Nous n’avons pas eu d’examen pour une matière au premier semestre, ce qui fait que nous n’avons pas reçu de relevé de notes. C’est problématique car beaucoup de mes camarades veulent faire un master mais ne peuvent le faire avec un semestre non validé. Pour ceux qui ont des promesses d’embauche, comme moi, c’est également problématique car nous avons besoin d’un certificat de réussite.

C’est devenu un cercle vicieux et tout est retardé. »

Je suis partie déposer une demande auprès de l’administration de notre université, pour pouvoir commencer à travailler. J’espère qu’ils trouveront une solution.

Les étudiants de première et deuxième année rencontrent le même problème. Sans validation de leur année ils ne peuvent pas faire de stages d’été. C’est devenu un cercle vicieux et tout est retardé. »

Chiraz, 18 ans, bachelière

« Je viens d’obtenir mon baccalauréat avec une bonne moyenne mais je ne compte pas intégrer une université publique. Je vois combien mes frères et sœurs souffrent et le choix de mes parents était de m’inscrire dans l’enseignement privé.

Quand on n’a pas les moyens d’aller à l’étranger, nos parents s’endettent pour nous offrir la meilleure formation qui puisse exister.

C’est un triste constat partagé par plusieurs de mes camarades. Quand on n’a pas les moyens d’aller à l’étranger, nos parents s’endettent pour nous offrir la meilleure formation qui puisse exister. Et ces dernières ne sont plus dans les universités publiques. »

 

*Le prénom a été modifié pour préserver l’anonymat de l’étudiant.

Recevez les meilleures opportunités

Fermer

Je me connecte