Écoles de commerce

Business schools africaines : pourquoi les fonds d’investissement s’y intéressent

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Depuis quelques années, l'engouement des investisseurs privés pour l'enseignement supérieur africain ne cesse de grandir à mesure qu'ils prennent conscience du potentiel d'un marché où l'offre est bien loin de satisfaire la demande.

Début mai, le capital-investisseurs mauricien Surya Capital a déclaré vouloir investir 100 millions de dollars dans les secteurs de l’éducation, de la finance et de la santé en Afrique de l’Est. Son fondateur et directeur général, Riaz Currimjee, a précisé que sa société ambitionne de lancer un réseau d’écoles privées en Afrique de l’Est et australe « qui pourrait ensuite être étendu à d’autres parties du continent », indique une dépêche publiée le 2 mai par l’agence de presse Bloomberg.

Un marché en croissance

Cette arrivée d’un acteur supplémentaire issu du capital-investissement dans l’enseignement supérieur privé africain confirme une tendance relativement récente sur le continent : « Je daterais l’intérêt du secteur du private equity pour les établissements d’enseignement supérieur à 2014 environ », estime Devang Vussonji, associé et directeur du service emploi et éducation au sein du cabinet de conseil Dalberg. Selon lui, ce regain d’intérêt représente une opportunité de développer rapidement une offre d’enseignement adaptée aux besoins des entreprises sur le continent.


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Mais le secteur attire avant tout les investisseurs étrangers pour son potentiel de croissance singulier. Un rapport publié en 2017 par le cabinet de conseil Caerus Capital résume parfaitement le besoin : d’ici 2021, environ 66 millions d’étudiants seront inscrits dans le secteur privé. Pour le moment, seuls 13,5 % des étudiants africains font leurs études dans le privé. La demande étant largement supérieure à l’offre, le document estime qu’entre 16 et 18 milliards de dollars doivent nécessairement être investis dans les différents secteurs de l’éducation au cours des cinq prochaines années.

Et l’objectif demeure identique : garantir en cinq ou sept ans, un retour sur investissement d’environ 20 %.

Cibler les investissements

Au cours de prises de participation majoritaire, les fonds travaillent de la même manière dans l’enseignement supérieur que dans un secteur plus classique : « Le prix d’un établissement se calcule en fonction de sa taille, de ses charges, du nombre d’étudiants qu’il accueille, du prix de ses diplômes et de son taux d’insertion professionnelle », détaille Devang Vussonji.  Et l’objectif demeure identique : garantir en cinq ou sept ans, un retour sur investissement d’environ 20 % après avoir dépensé entre 2 et 10 millions de dollars pour un établissement ou un groupe d’écoles.


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Investissements en série

Pour ces derniers, se lier à de tels acteurs permet de se développer plus rapidement, notamment à l’international. Sur le terrain, les mouvements se multiplient. Après l’ISM à Dakar, racheté fin 2016 par Galileo Global Education, elle même propriété de la société d’investissement Providence Equity, c’est Honoris United Universities qui a beaucoup fait parler de lui. Entre 2017 et 2018, le réseau contrôlé par le britannique Actis a acquis cinq établissements sur le continent.

Au Maroc, KMR Holding Pédagogique, le fonds contrôlé par l’homme d’affaires Mohamed Kabbaj a acquis en janvier 2018, l’Université internationale de Casablanca. Également propriétaire de l’Université privée de Marrakech avec Development Partners International (DPI) et Mediterrania Capital Partners (MCP), la société a fini par attirer les convoitises du britannique Helios Investment Partners qui a acquis début 2019 une participation minoritaire pour la création d’une plateforme de résidences étudiantes en Afrique francophone.

La force de la marque compte beaucoup. »

Le dernier rapprochement en date a eu lieu à nouveau au Maroc fin novembre 2018, lorsque le canadien LCI Éducation a repris 85 % du groupe HEM. Cette prise de participation est venue conforter la présence du réseau installé au Maghreb depuis la fin des années 1980, à travers sa franchise baptisée Collège LaSalle, implantée à Tunis, Rabat, Casablanca, Tanger et Marrakech.


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Cet ultime exemple rappelle que la renommée et la marque – HEM a fêté ses trente années d’existence en 2018 – constituent l’un des principaux critères de sélection des investisseurs : « La force de la marque compte beaucoup. Constater que les candidatures sont chaque année plus nombreuses que le nombre de place est le signe qu’un marché existe », confirme le consultant du cabinet Dalberg.

Mais pour l’heure, impossible de prédire quel héritage laisseront les acteurs du private equity à l’enseignement supérieur africain. Leur quête de rentabilité à court terme pourrait entamer la qualité des enseignements. La tendance actuelle est aux investissements et aucun retrait n’a encore eu lieu. 

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