Enquête

Aviation au Maroc : des formations éloignées des critères internationaux

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Malgré l’ouverture récente de plusieurs centres de formation spécialisés, le Maroc peine toujours à mettre ses diplômes aux normes internationales. Résultat, le royaume manque de pilotes.

En 2018, plusieurs centres de formation privés ont ouvert dans le secteur de l’aviation au Maroc. Certains pour former du personnel navigant, d’autres pour former des pilotes de ligne, venant combler le vide laissé par la fermeture de l’École nationale des pilotes de lignes de la Royal Air Maroc (RAM) en 2014. Jugée trop cher pour ses finances, l’État marocain avait obligé la compagnie marocaine à fermer son centre de formation créé en 1970.

Depuis, la RAM est obligée d’envoyer ses étudiants dans des écoles européennes et d’embaucher des étrangers pour assurer ses vols de plus en plus nombreux. À première vue, l’ouverture de ces nouveaux centres de formation privés apparaît comme un bon moyen de combler ce manque d’effectif. Seulement, les diplômes délivrés – souvent très coûteux, ne correspondent pas toujours aux normes internationales, réduisant les débouchés possibles pour les étudiants.


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Une seule école de formation pour les pilotes

L’établissement privé International Aero Training Center (IATC) du groupe Centre de formation du personnel navigant commercial et pilote de ligne (CFPNC) lancée en 2010 et rachetée en 2017 par l’Académie Marocaine Privée de l’Aviation (MAPA) est aujourd’hui le seul centre de formation de pilote de ligne au Maroc. L’école, basée à Benslimane est autorisée par la direction de l’Aviation Civile Marocaine. Or, cette dernière fait l’objet de plusieurs plaintes pour avoir dispensé des diplômes de pilotes sans accréditation des institutions internationales. Dans un communiqué publié le 11 juillet 2015 intitulé « Nouvelles conditions de recrutement des pilotes de ligne au groupe RAM », la compagnie affirme que les seules formations valables pour intégrer les compagnies sont les suivantes : l’École nationale d’aviation civile à Toulouse, l’ESMA aviation Academy de Montpellier et Oxford air training school au Royaume-Uni. Contactée à plusieurs reprise, la RAM n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Pour pouvoir voler en Europe, les pilotes doivent obtenir la certification des autorités de l’aviation civile européenne, appelée licence ATPL-EASA.

À ce jour, MAPA ne propose qu’un diplôme de pilote commercial agréé par l’aviation civile marocaine qualifié d’ATPL-OACI (Organisation de l’Aviation Civile Internationale). Or, aujourd’hui, pour pouvoir voler en Europe, les pilotes doivent obtenir la certification des autorités de l’aviation civile européenne, appelée licence ATPL-EASA (agence européenne de la sécurité aérienne). Pour voler aux États-Unis, ils doivent avoir une licence de la Federal Aviation Administration (dite Licence FAA). « Nous sommes en cours d’obtention de la licence EASA. Nous attendons la réponse », affirme Driss Rhazi, directeur général de MAPA, expliquant que pour la formation en mécanique aéronautique l’agrément a déjà été obtenu.


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« Cependant, avec la licence OACI, les pilotes peuvent travailler sur le continent africain. Il suffit simplement de convertir sa licence auprès des autorités en question », ajoute le directeur. D’ailleurs, l’école a signé un partenariat avec Transair Sénégal. Driss Rhazi explique également qu’une licence OACI peut être convertie en EASA bien que la démarche soit « plus compliquée » : « On exige que le candidat repasse toute la partie théorique, ce qui, je vous l’accorde, complique amplement la tâche des détenteurs du diplôme ».

Un système obsolète du côté du personnel navigant

La mise aux normes internationales n’a pas toujours été de mise dans la formation du personnel navigant. Actuellement, les étudiants stewards et hôtesses de l’air marocains reçoivent deux diplômes à la fin de leurs deux ans de formation : l’ATAM puis le CSS. Le diplôme ATAM, non reconnu à l’international est associé à un deuxième diplôme délivré à l’étudiant en cas de réussite en fin de cycle : le Certificat de Sécurité Sauvetage (CSS). Contrairement au premier, celui-ci est délivré par la direction de l’Aviation Civile. C’est ce certificat qui permettra à son détenteur de devenir officiellement Personnel Navigant de Cabine (PNC). Pour le valider, l’étudiant doit accepter un contrat de travail CDD de 6 mois renouvelable une fois et effectuer une période de stage de 60 heures de vol en tant que stagiaire, le tout pour moins de 3 000 dirhams par mois (soit 275 euros environ) pendant un an en moyenne.

Nous avons des recrutements chez Mauritania Airlines, Tchadia Airlines, avec la compagnie sénégalaise Transair ou encore Afrijet au Gabon.

Mais le CSS n’est pas reconnu par l’Agence Européenne de la Sécurité Aérienne (EASA) ni par la Fédération Américaine de l’Aviation Civile (FAA), les deux principales institutions internationales en la matière. Il n’offre donc pas de débouchés réels pour ses détenteurs. « Ce système copié-collé sur la France est désormais périmé. Ce certificat n’est reconnu qu’au Maroc, ce qui fait que les jeunes diplômés ne peuvent être recrutés qu’à la RAM ou à Air Arabia. Or, comme on le sait, ces compagnies recrutent très peu », explique un dirigeant du groupe Air Form Maroc, une école privée de formation aux métiers de l’aérien qui possède quatre centres au Maroc.


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Cette situation a poussé le groupe à ouvrir la formation européenne CCA européen (Cabin Crew Attestation), en décembre 2015. Il s’agit d’une formation complète aux métiers de personnel navigant qui dure deux mois et coûte 22 000 dirhams. Le diplôme, validé par l’EASA est reconnu par la plupart des compagnies européennes. « Avec ce certificat, les élèves peuvent travailler à l’international. Nous avons, par exemple, une jeune diplômée qui vient tout juste d’être recrutée sur la base du CCA chez TUIfly », explique la source au groupe Air Form Maroc. Le CCA est également reconnu dans différents pays en Afrique. « Nous avons des recrutements chez Mauritania Airlines, Tchadia Airlines, avec la compagnie sénégalaise Transair ou encore Afrijet au Gabon dont nous formons également le personnel navigant », conclut le dirigeant d’Air Form Maroc.

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