Mobilité/Expatriation

Diaspora ivoirienne : quand les cabinets de recrutement se chargent du retour

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Faute de dispositifs efficaces proposés par l’État ivoirien, les cabinets de recrutement s’organisent eux-mêmes pour faciliter le retour des expatriés.

Les 24, 25 et 26 mars prochains, les expatriés ivoiriens pourront se renseigner sur les opportunités professionnelles qu’offre le continent, dans le cadre de la troisième édition du Forum African Dream à Paris, qui promeut l’investissement et le retour des diasporas africaines sur le continent. Parmi les stands présents, se trouvera celui de la direction générale des Ivoiriens de l’extérieur (DGIE) qui tente de développer un accompagnement de ses expatriés dans leurs démarches de retour.

Ici, ce n’est pas comme au Sénégal ou au Maroc.

Une diaspora en demande d’accompagnement

Son action ne serait pas suffisante, si l’on en croit les membres de la diaspora ivoirienne. « L’État n’est pas en mesure de proposer des initiatives pour faire revenir la diaspora », explique Joël-Éric Missainhoun, directeur du cabinet Africsearch à Abidjan et lui-même repat. Cette assistance étatique serait trop « timide » voire « inexistante » selon Moussa Abdoul Kader, représentant Europe de la Convention nationale des organisations de la société civile ivoirienne (CNOSCI). Ce dernier reproche à l’État de ne pas développer de politique publique pour faciliter le retour de sa diaspora.


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Pourtant, à sa création en 2013, la DGIE était devenue une priorité pour le pouvoir ivoirien. Mais la Côte d’Ivoire reste en retard par rapport à ses voisins africains. « Ici, ce n’est pas comme au Sénégal ou au Maroc. Leur diaspora est beaucoup plus ancienne que la nôtre, et ils ont connu plus de vagues d’immigration. Par conséquent ils ont eu le temps d’aller au bout de leur politique, ce qui n’est pas encore notre cas. Même si nous avançons rapidement, car on a pris exemple sur eux », tempère Issiaka Konaté.

Une aide progressive du gouvernement

La DGIE a entendu l’appel de ses expatriés. Dans l’optique du troisième Forum de la Diaspora ivoirienne qui doit se tenir en mai ou juin 2019, l’instance étatique compte dévoiler sa nouvelle politique nationale de gestion des Ivoiriens de l’extérieur, « qui regroupe l’ensemble des dispositifs d’aide demandés par la diaspora », promet Issiaka Konaté.

À défaut de soutien de l’État, les cabinets de recrutement deviennent les intermédiaires principaux

En attendant une validation par les émigrés ivoiriens et par le Conseil des ministres, les expatriés peuvent d’ores et déjà s’informer sur leur retour et s’enregistrer depuis juin 2018 sur www.diasporacotedivoire.com. Le but étant de connaître les différents profils qui composent la diaspora pour pouvoir mieux agir. Une première étape, en somme pour la DGIE.


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Des expatriés mieux assistés par les grandes entreprises

Le secteur privé semble offrir une voie plus sûre pour les expatriés qui veulent rentrer au pays. À défaut de soutien de l’État, les cabinets de recrutement deviennent les intermédiaires principaux entre les candidats ivoiriens et les grandes entreprises qui prévoient pour certaines, des aides à l’installation. « Généralement, elles hébergent le nouvel arrivant dans un hôtel, le temps de trouver le bon quartier à proximité du lieu de travail et de l’école », précise Joël-Éric Missainhoun.

Sans une aide locale, les démarches sont difficiles.

Si l’entreprise ne dispose pas du budget nécessaire pour cela, c’est le cabinet qui prend le relai. « J’ai actuellement une proposition de contrat pour laquelle, le recruteur me dit que je peux prendre mon temps pour l’accepter, et qu’il prendra en charge l’avion et la suite si je dis oui », illustre un consultant ivoirien en transformation digitale, basé à Paris.

L’accompagnement privé est aussi plus sécurisant pour les entrepreneurs. Kodji Agency, une agence de conseil et d’assistance de projets en Afrique francophone basée à Abidjan, assiste par exemple les porteurs de projet de A à Z dans la création de leur entreprise ou dans leur projet d’investissement.


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Sans une aide locale, les démarches sont difficiles. À part le guichet de création d’entreprise, le CEPICI, (Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire), il n’existe pas encore d’accompagnement public réservé aux entrepreneurs. Astou Djamat-Dubois, repat et entrepreneure depuis un an en paye les frais. L’obtention de financements auprès des banques n’est pas une mince affaire. Selon l’Ivoirienne, ces sociétés financières veulent une preuve de rentrée d’argent régulière, ce qui n’est pas toujours le cas des start-up au début de leur existence.

Toujours est-il que la défaillance de l’État en matière de retour de la diaspora n’est pas le seul apanage de la Côte d’Ivoire. En 2017, une étude menée par Avako Group pour un webmagazine panafricain a montré que 91 % des repats africains souhaitent un accompagnement du gouvernement et 95 % d’entre eux n’en bénéficient pas.

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