Interview

Issiaka Konaté (DGIE) : « Il faut assister les expatriés ivoiriens en amont de leur retour »

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Le directeur de la direction générale des Ivoiriens de l’Extérieur (DGIE), Issiaka Konaté, dévoile à Jeune Afrique les principales mesures de son programme d'action pour accompagner le retour de la diaspora.

Très impliqué, car lui même « repat » ivoirien, Issiaka Konaté, directeur de la direction générale des Ivoiriens de l’extérieur (DGIE) est persuadé que c’est en donnant à la diaspora ivoirienne les moyens de participer au développement socio-économique de son pays d’origine, qu’elle pourra rentrer dans les meilleures conditions. Pour ce faire, il a mis au point une politique de gestion des Ivoiriens de l’extérieur qu’il compte soumettre aux expatriés et au Conseil des ministres courant 2019. Il dévoile à Jeune Afrique ses principales mesures.

Que proposez vous concrètement dans votre programme d’action pour accompagner le retour de la diaspora ivoirienne ?

Un Ivoirien qui quitte son pays pendant de longues années perd tous ses repères à son retour. Il est vite confronté à des difficultés qu’il ne peut pas surmonter seul. Par exemple, il lui sera difficile d’obtenir un prêt auprès d’une banque, s’il envisage de créer une entreprise. Pour qu’il ait les mêmes chances que les résidents en Côte d’Ivoire, il faut l’assister en amont de son retour.

Nous prévoyons la reconnaissance de la double nationalité des ivoiriens de l’extérieur. »

C’est pourquoi, notre politique de gestion des Ivoiriens de l’extérieur prévoit d’accompagner les investissements des expatriés, notamment grâce au Fonds de Solidarité Africain (FSA), dont fait partie notre pays. Ce dispositif analysera bientôt les projets d’investissement potentiels en Côte d’Ivoire et garantira des prêts financiers aux émigrés ivoiriens qui souhaitent investir avant ou après leur retour.

La représentation politique est une des autres mesures importantes du dossier. La nouvelle constitution autorise déjà que des représentants de la diaspora intègrent le Sénat. Ils doivent encore être désignés par le président. Mais nous voulons aller plus loin, en proposant aux expatriés ivoiriens de siéger à l’Assemblée nationale de la Côte d’Ivoire en tant que député. Car si notre diaspora doit devenir la 32ème région, elle doit bénéficier de tous les avantages : autonomie financière, politique, administrative, etc. Et elle se sentira d’autant plus concernée par le développement de son pays d’origine.


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Dans la même optique, nous prévoyons la reconnaissance de la double nationalité des ivoiriens de l’extérieur pour renforcer ce sentiment d’appartenance. Aujourd’hui, ils ont encore besoin d’un visa pour traverser nos frontières.

Nous envisageons également un appui social à leur retour. Des allègements fiscaux, un statut particulier, la portabilité des droits sociaux ainsi qu’un fond de retour et de réinsertion sont prévus par notre politique.

Le volume des transferts d’argent issu de notre diaspora a sûrement handicapé la prise de certaines décisions en leur faveur ces dernières années. »

Pourquoi la Côte d’Ivoire est-elle moins avancée que ses voisins africains comme le Sénégal ou le Maroc en terme de gestion de sa diaspora ?

Historiquement, les Ivoiriens ont commencé à quitter leur pays, à partir de 1993-1994. Et c’est seulement après 2011 que nous avons commencé à nous intéresser à eux. Le Sénégal et le Maroc se sont penchés sur la question bien plus tôt. Sachant qu’ils ont connu des vagues d’immigration plus anciennes, en raison des programmes de recrutement lancés par la France. Mais nous avons été plus rapides dans le développement de notre politique de gestion des Ivoiriens de l’extérieur. En nous inspirant de nos voisins, nous avons évité de faire les mêmes erreurs.


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En revanche, le volume des transferts d’argent issu de notre diaspora a sûrement handicapé la prise de certaines décisions en leur faveur ces dernières années. Plus elle augmentera sa contribution au développement de la Côte d’Ivoire, plus elle sera un levier important dans la prise de décisions. Pour l’instant, leur apport financier en pourcentage du PIB est en dessous de la moyenne du continent. Il représente entre 0,9 et 1,2 % du PIB ivoirien contre 3 et 6 % du PIB des autres pays d’Afrique.

Comment avez-vous mis au point cette politique de gestion des Ivoiriens de l’extérieur ?

À notre arrivée au ministère de l’Intégration Africaine et des Ivoiriens de l’Extérieur, nous avons fait un état des lieux de la diaspora ivoirienne. En organisant les Forums de la Diaspora, nous avons multiplié les consultations. La première édition ayant eu lieu en 2015, la deuxième en 2017, la prochaine est prévue pour mai ou juin 2019. À l’issue de ces rencontres, nous avons recueilli l’ensemble des préoccupations de nos expatriés. Le cabinet de conseil Valyans, qui accompagne les pays d’Afrique dans leur développement, nous a également aidé en rendant une étude sur la diaspora. Ces étapes étaient nécessaires pour établir une véritable politique de gestion des Ivoiriens de l’extérieur. Et les expatriés pourront l’amender cette année, lors du troisième Forum de la Diaspora. Ensuite nous la présenterons au Conseil des ministres qui sera chargé de budgétiser le plan d’action. Plusieurs milliards de FCFA seront nécessaires à sa mise en place.

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