Enquête

Maroc : l’offensive espagnole dans l’enseignement supérieur

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Premier partenaire commercial du Maroc, l’Espagne profite aussi de cette proximité pour asseoir sa présence dans l’enseignement supérieur chérifien. Le tout dans une logique de marché, mais aussi d’influence.

Mercredi 13 février, Felipe VI et Mohammed VI ont signé un partenariat stratégique multidimensionnel entre les deux pays au palais royal de Rabat. Objectif ? Consolider le dialogue et la coopération bilatérale. Si l’enseignement supérieur n’est pas clairement spécifié ici, il est pourtant l’un des piliers du renforcement de la coopération entre les deux pays.

L’Espagne gère déjà onze centres d’éducation primaires et secondaires au Maroc. Aujourd’hui le pays tente d’investir l’enseignement supérieur marocain. Ces derniers mois, plusieurs rencontres entre les responsables des pouvoirs publics des deux pays ont abouti à différents partenariats dans le secteur.


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Un Erasmus Maroc-Espagne

En mars dernier, par exemple, a été lancé le projet Enhancing Quality Assurance in Morocco (EQuAM-M), une collaboration avec des universités espagnoles et l’Agence nationale espagnole pour l’évaluation de la qualité et de l’accréditation (Aneca). Fin janvier, l’Espagne a également annoncé la mise en place d’un projet « pionnier » de mobilité pour les étudiants du Maroc vers les universités espagnoles, suite à la demande de ce dernier.

C’est un programme qui fonctionne très bien car la bourse s’élève à 800 euros par mois ».

« Il s’agit d’un programme espagnol soutenu par l’Union européenne. L’idée est d’organiser des mobilités universitaires entre l’Espagne et le Maroc à travers le SEPIE [l’agence espagnole pour l’internationalisation de l’éducation, Ndlr] », nous explique une conseil éducation de l’ambassade espagnole au Maroc. Le projet pourrait concerner environ 80 étudiants marocains et bénéficiera d’un financement total d’environ 2,5 millions d’euros. « Le Maroc est très intéressé par le modèle Erasmus. Il est actuellement en train de se mettre à niveau avec le système européen pour pouvoir développer davantage ce type de mobilités », poursuit notre source.

Un complément au dispositif d’Erasmus+ qui dispose déjà, depuis 2014, d’échanges similaires avec l’Espagne. Selon les chiffres du Bureau Erasmus+ de Rabat, en 2016, l’Espagne était le premier partenaire du Maroc juste devant la France. À l’université Mohammed V de Rabat, une quarantaine d’étudiants et de professeurs partent chaque année en Espagne via Erasmus+. « C’est un programme qui fonctionne très bien car la bourse s’élève à 800 euros par mois ce qui permet aux étudiants les plus pauvres d’aller étudier en Europe », nous explique Asmaa Kertaoui en charge des relations internationales avec l’Espagne et l’Amérique latine au sein de l’université.


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Gagnant-Gagnant

L’enseignement espagnol privé investit lui aussi le Maroc. Récemment, le groupe Grupo Planeta spécialisé dans l’édition, la communication et la formation a récemment installé un campus à Rabat où sont implanté deux écoles : l’OSTELEA School of Hospitality & Tourism, spécialisée dans le management du tourisme et l’école de commerce ESLSCA Business School Paris.

Cette percée dans l’enseignement supérieur au Maroc s’inscrit dans le cadre de notre stratégie d’internationalisation de l’enseignement. »

De son côté, l’IE Business School de Madrid n’a pas décidé de se délocaliser au Maroc. Mais l’établissement privé mène une vraie campagne de recrutement dans les écoles et universités du royaume. En un an seulement, le nombre d’étudiants marocains qui a intégré l’école madrilène a augmenté de 30 %. « Chaque mois nous nous rendons à Casablanca et Rabat, sur les campus universitaires et dans les lycées d’excellence pour recruter des étudiants », explique Sabine Yazbeck directrice du département assurant le développement de l’école au Moyen-Orient et en Afrique. « Le Maroc représente un vrai potentiel pour nous. Il s’agit d’un marché qui se positionne de façon très stratégique vers l’Afrique. Il y a aussi beaucoup de jeunes entrepreneurs et une bonne croissance économique », ajoute-t-elle.

Un avis que partage notre source à l’ambassade espagnole : « Cette percée dans l’enseignement supérieur au Maroc s’inscrit dans le cadre de notre stratégie d’internationalisation de l’enseignement. Cela permet des échanges multidisciplinaires et offre une vraie richesse linguistique ».


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Une alternative à la France ?

« Chaque jour, il y a au moins 10 étudiants qui viennent me voir pour avoir des renseignements sur les mobilités en Espagne. C’est un fait nouveau », assure Asmaa Kertaoui, avant d’ajouter : « Aujourd’hui, c’est avec l’Espagne que l’université a le plus de mobilités. D’ailleurs nous venons de signer deux nouveaux accords Erasmus en un mois seulement avec les villes de Séville et Cordoue ».

En Espagne, l’enseignement est au même niveau qu’en France et est désormais moins cher »

Ce nouvel engouement pour l’Espagne, Sabine Yazbeck l’explique ainsi : « De plus en plus d’étudiants marocains se tournent vers l’Espagne car c’est un pays proche du leur géographiquement. D’autre part, les étudiants veulent étendre leurs options au-delà des pays vers lesquels ils se tournent traditionnellement comme la France. Ils sont notamment attirés par l’expérience internationale et les formations anglophones proposées ».

La hausse des demandes est confirmée par la conseillère de l’ambassade : « Tous les ans nous organisons une foire sur l’enseignement supérieur espagnol. Lors de la dernière, qui s’est tenue récemment, nous avons eu trois fois plus de visites ».

Quid de l’augmentation des frais de scolarité pour les étrangers en France, destination principale des étudiants marocains ? « C’est sûrement lié, affirme la conseillère de l’ambassade. En Espagne, l’enseignement est au même niveau qu’en France et est désormais moins cher », conclut-elle.

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