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Niger : le parcours sans faute de l’African Development University

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Après l’obtention d’un MPA à Harvard, Kader Kaneye, est retourné au Niger pour lancer une université d’élite à Niamey. Avec le soutien du président de la République et de ses anciens professeurs, il veut pérenniser l’activité en atteignant une masse critique de 500 étudiants par an.

Il s’était donné trois ans pour développer son projet d’université au Niger. Il ne lui aura fallu que trois mois pour y parvenir. Kader Kaneye, nigérien de 33 ans a fondé l’African development university (ADU) en 2017. Pour sa première cohorte, l’université installée en bordure de Niamey, a accueilli 175 étudiants répartis entre un programme certifiant en anglais (100 apprenants), un bachelor en comptabilité ou administration des affaires (35), deux masters en business et administration publique (25) et des formations professionnelles pour dirigeants (15).

La rigueur d’Harvard

À l’ADU, les enseignements se font sur le modèle des arts libéraux, largement pratiqué dans l’enseignement supérieur anglo-saxon et basé sur la discussion et la gestion de projets. Chaque année, à la place des vacances, les étudiants du bachelor partent trois à six mois en stage en entreprise, en ONG ou au sein d’un organisme public. : « Certains ont intégré Air France ou la Compagnie nationale de télécommunications. D’autres sont à la présidence », souligne Kader Kaneye.

Avant la rentrée 2017, tout était prêt »

Le projet, dont la stratégie marketing et de communication en ligne n’a rien à envier aux meilleures universités internationales, affiche de grandes ambitions, dans un pays où la couverture de l’enseignement supérieur est une des plus faible parmi les pays à faibles revenus d’Afrique subsaharienne : « Nous voulons des cohortes d’étudiants brillants. C’est pourquoi notre sélection est calquée sur celles d’Harvard ou du MIT », affirme Kader Kaneye.


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Le jeune entrepreneur social sait de quoi il parle. Entre 2016 et 2017, cet expert-comptable formé au Conservatoire nationale des arts et métiers (Cnam) et titulaire d’un MPA de la Harvard Kennedy school a passé son temps à fréquenter le laboratoire d’innovation de la prestigieuse école de commerce et le Massachussetts Institute of Technology (MIT) où il rencontre plusieurs enseignants. Ces derniers, pour certains, ont eu un droit de regard sur le processus de sélection de l’ADU qu’ils ont trouvé parfois plus difficile que celui des établissements américains.

Écosystème bénévole

C’est en sollicitant et fédérant toutes celles et ceux qui peuvent apporter leur pierre à l’édifice que Kader Kaneye et sa co-fondatrice rencontrée à Harvard, Meredith Segal, parviennent à développer une offre de formation dont le coût (3000 dollars l’année) s’adapte au pouvoir d’achat des familles. L’américaine connaît cette recette sur le bout des doigts. Elle est l’une des artisanes de la victoire de Barack Obama en 2008 après une campagne présidentielle qui a marqué les esprits en termes de marketing politique et de capacité à fédérer un nombre important de votants.

L’ADU compte des dirigeants politiques et économiques parmi ses enseignants.

« À l’été 2017, Meredith m’a rejoint à Niamey pour travailler sur mon projet d’université. En seulement un mois, nous sommes parvenus à fédérer 200 volontaires. Nous avons parlé aux parents, aux étudiants, aux chefs traditionnels, aux leaders religieux, au gouvernement, à la Chambre de commerce et d’industrie, à la première dame, puis au président Mahamadou Issoufou, qui m’a garanti tout son soutien. Avant la rentrée 2017, tout était prêt », raconte le Nigérien, encore étonné de la rapidité à laquelle son projet a vu le jour.


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Installée dans un bâtiment prêté pour trois ans, l’université bénéficie d’une connexion Internet haut débit offerte par une société locale de télécommunications. Elle compte des dirigeants politiques et économiques parmi ses enseignants, à l’image du ministre du Budget, Ahmat Jidoud. À leur côté, douze professeurs d’Harvard et du MIT dispensent bénévolement des cours par vidéo-conférence ou directement sur place.

Quête de pérennité

Pour son fonctionnement, l’ADU ne dispose d’aucun fonds public ou privé. « Nous ne faisons pas de profits et avons peu d’argent. L’équipe locale est payée la moitié de ce qu’ils pourraient gagner ailleurs. Et Meredith et moi ne sommes pas payés », explique celui qui, en parallèle, dirige le cabinet d’audit KMC, fondé il y a une vingtaine d’années par son père.

Seuls 20 % des étudiants paient la totalité des frais de scolarité.

L’enjeu est désormais de garantir la pérennité de l’établissement alors que seuls 20 % des étudiants paient la totalité des frais de scolarité : « Nous avons besoin d’un million de dollars pour un an de fonctionnement. Pour être viable, il nous faut atteindre la masse critique de 500 élèves par an et à terme trouver 10 millions de dollars pour financer la construction d’un campus », note Kader Kaneye. Pour cela, l’ADU est conseillée par des établissements africains dont elle s’est inspirée, comme les African leadership university ou les Ghanéenne Ashesi University et HSE qui l’aide à définir un modèle. Elle compte également s’ouvrir au continent : « Cette année, nous avons prévu des tournées dans les pays du Sahel », souligne Kader Kaneye. Une façon de redorer le blason d’une région qui, selon lui, « n’est pas regardée de façon respectable ».

 


Le succès de l’éthique

Kader Kaneye, co-fondateur de l'African development university. © Alex Jones/Bentley University/Waltham, MA/2015

À 33 ans, Kader Kaneye, a connu un parcours sans fautes. Né à Niamey d’un père fonctionnaire et d’une mère au foyer, il assiste durant son enfance à la rapide ascension sociale de son père devenu consultant à la Banque mondiale puis fondateur d’un cabinet d’audit. En 2003, baccalauréat en poche, il s’envole pour la France afin de suivre pendant huit ans un parcours au Cnam d’où il sort expert-comptable. Au cours de cette période, il comble son temps libre avec un stage au sein de l’entreprise d’audit, Mazars, à Paris. Après des expériences supplémentaires au Sénégal, au Niger, Guinée, Guinée équatoriale, Mali et Burkina Faso, il rentre au Niger, contre l’avis de ses parents. Il accompagne le développement de KMC, le cabinet de son père : « Je voulais que KMC soit le Mazars du Niger », assène-t-il. Il concentre les activités du cabinet sur la lutte contre la corruption, double le chiffre d’affaires et recrute une vingtaine de collaborateurs. Son activité tape dans l’œil du consul américain qui le recommande pour le programme « Young Leader Initiative », lancé par Barack Obama qu’il rencontre en 2014. Le projet éducatif qu’il développe ne sera pas retenu par le jury mais l’un des jurés deviendra son mentor et le pousse à poursuivre un MBA à la Bentley University puis un MPA à Harvard où il parfait son projet d’African development university.

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