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Tribune : ce que l’intelligence artificielle peut apporter au capital humain africain

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Entrepreneur à l'Île Maurice, Nicolas Goldstein plaide pour l'augmentation des investissements dans l'intelligence artificielle en Afrique. Spécialisé dans les services externalisés, il est convaincu que les nouvelles technologies ont le pouvoir d'intégrer plus rapidement les jeunes dans le marché du travail.

L’intelligence artificielle (IA) est-elle une aubaine pour le capital humain africain ? D’emblée, nous serions tentés de dire « non ». L’imaginaire collectif est marqué par la lutte des classes, le taux élevé du chômage dans nos sociétés modernes. Loin de menacer l’emploi, l’IA soulagerait certainement bien des économies, aujourd’hui plus que jamais, spécialement celles du continent africain.

De nos jours, un nombre grandissant de domaines ont recours à l’intelligence artificielle pour leur développement. Cette technologie conçue et fabriquée par l’être humain se base sur la robotique et l’informatique. Elle permet aux machines d’imiter une forme d’intelligence humaine.


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Actuellement de nombreuses sociétés d’IA, sous traitent en Afrique ou en Inde le back office de leur machine learning, pour aider l’IA à être plus intelligente. Il s’agit essentiellement de travail de vérification ou d’aide à la décision allant d’une action à faible valeur ajoutée jusqu’à des actions à plus haute valeur ajoutée dans certains métiers comme le juridique ou le médical.

Selon les spécialistes du recrutement, le temps d’embauche peut passer de 34 à 9 jours grâce à un algorithme de sourcing orchestré par une IA.

Accélérer les recrutements

L’apport de l’IA est non négligeable dans tous les secteurs où elle est introduite. Selon les spécialistes du recrutement, le temps d’embauche peut passer de 34 à 9 jours grâce à un algorithme de sourcing orchestré par une IA. Les délais de recrutement en sont donc réduits. Cela peut se comprendre par le temps passé pour filtrer des milliers de CV. L’ordinateur, calibré et réglé selon l’algorithme, le fait en quelques heures seulement tout en supprimant les stéréotypes et en dénichant les candidats techniquement aptes à ce poste.


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L’utilisation de l’IA dans le secteur du recrutement ne s’arrête pas là. La sélection des candidats est également réalisée par le biais de la technologie. Elle peut également collecter les informations des réseaux sociaux, d’anciens emplois sur le web et des qualifications pédagogiques. C’est ainsi que les candidats les plus prometteurs peuvent être sélectionnés une fois les critères d’acceptation définis par l’entreprise et le profil du candidat fixés. On peut même envisager un classement basé sur une échelle de valeurs sur les informations telles que l’expérience, les antécédents professionnels, les compétences et les attentes salariales afin de trouver la bonne personne. L’intérêt de cet apport dans le recrutement est inimaginable. Le traitement de donnés, permet de localiser les candidats passifs, c’est-à-dire, les candidats les plus recherchés, à savoir ceux qui sont un atout pour l’entreprise.

Ne faudrait-il pas investir dans les formations courtes et rapidement opérationnelles sur les métiers de demain ?

Le défi du capital humain africain

Le défi du capital humain africain, c’est de tirer profit du dividende démographique dont le continent bénéficie actuellement. Pour les deux prochaines décennies, l’Afrique subsaharienne comptera plus de mains-d’œuvre que l’ensemble du reste du monde. Cette jeune génération aura besoin d’emplois rémunérés. Toutefois, les voyants sont au rouge. La migration vers l’occident serait importante, en 2025 pas moins de 34 millions de migrants africains devraient partir en Europe selon les Fonds monétaire international, contre seulement sept millions, trois ans de cela.  Ne faudrait-il pas investir dans les formations courtes et rapidement opérationnelles sur les métiers de demain ? Il faut aider les talents africains à travailler à distance pour des sociétés du monde en entier plutôt que les pousser à quitter leur pays en manque de croissance. S’ouvrir sur le monde à distance permettra de faire éclore une nouvelle classe moyenne dans ces pays.


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L’enjeu économique en Afrique subsaharienne est de relancer rapidement l’économie tout en disposant de cette population jeune et dynamique, et comblant en même temps, le déficit de mains-d’œuvre qualifiées dans le reste du monde.

Les jeunes africains sont comme « des diamants bruts à polir ».

Le défi est de créer 450 millions de nouveaux emplois dans les vingt prochaines années. Ces réformes salvatrices passent inévitablement par la technologie, plus spécialement le numérique. L’intelligence artificielle permettrait le recrutement de talents et de compétences recherchées dans les meilleurs délais avec un matching avec les bonnes formations demandées par le reste du monde.

Le potentiel d’un continent

Tout laisse croire que l’Afrique est prête à entrer de plain-pied dans l’ère du numérique. Les jeunes africains sont comme « des diamants bruts à polir » selon les fondateurs de Talenteum, société basée à l’Île Maurice qui investit dans le capital humain en Afrique. Ils utilisent le numérique pour faire un bond en avant vers l’émergence, car la population se forme maintenant par elle-même à travers les leçons diffusées sur différentes plates-formes. Le numérique permet aux entreprises européennes, américaines ou asiatiques de s’engager sur ces nouveaux marchés émergents à moindres frais grâce à l’externalisation des services et le continent africain représente un fort potentiel.

Selon une étude du cabinet Korn Ferry, les principales puissances économiques mondiales actuelles pourraient manquer de 80 millions de talents d’ici 2030 pour des postes à hautes qualifications. Dans le même temps, la croissance démographique du continent devrait encore augmenter pour atteindre la barre des deux milliards d’habitants avec 80 % de sa population qui aura moins de 30 ans. De plus, les ingénieurs africains se forment par eux-mêmes en utilisant les facilités que procurent Internet.

L’intelligence artificielle permet aux Africains de penser différemment à la façon dont le travail se construit. Elle apporte un décalage. Le travail ne se construit plus autour du produit et des tâches à réaliser en chaîne, mais autour des problèmes et des comportements. L’homme et la machine participeraient à cet objectif : les humains au processus social de création de connaissances, les machines à l’application infaillible de ces découvertes. L’Afrique devraient s’engager et investir rapidement dans ces nouvelles technologies que sont la blockchain, l’IA, les green tech et la tech for good.

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