Interview

Yann Cédric Lohore : « Tout le monde n’est pas capable d’entreprendre »

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Cadre dans la banque, l’Ivoirien Yann Cédric Lohore a fondé en décembre 2017, Young Job Network, un réseau d’entraide qui tente de remédier au problème de l'insertion professionnelle des jeunes diplômés en Afrique.

Actuellement chargé de la gestion des relations clientèle à la Compagnie Africaine de Crédit, filiale ivoirienne du groupe Cofina, l’Ivoirien Yann Cédric Lohore s’est donné pour mission d’enrayer le chômage des jeunes diplômés. À travers le réseau d’entraide, Young Job Network, qu’il a créé en décembre 2017, il a organisé en juillet dernier à Abidjan la première édition d’un Forum consacré à l’insertion professionnelle. Cette organisation à but non lucratif se positionne comme une force de proposition pour les autorités publiques et internationales.

Quelle est selon vous la raison majeure du chômage des jeunes en Côte d’Ivoire et dans la sous-région ?

La raison majeure, c’est l’inadéquation du système éducatif vis-à-vis des besoins des entreprises. Nous sommes dans une région où nous formons beaucoup de personnes aux sciences sociales, mais pas vraiment aux métiers techniques souhaités en Afrique. Or, beaucoup de demandes concernent des techniciens qualifiés. Les jeunes diplômés ne sont pas adaptés aux entreprises qui recrutent. Ces entreprises sont obligées de chercher en Europe leurs différentes ressources humaines.

Les Africains sont les seuls qui ne se rendent pas compte qu’il existe des opportunités et un besoin de formation ».

Votre think tank, Young Job Network, veut remédier au problème de l’insertion professionnelle. Quelles pistes développez-vous ?

Nous réfléchissons à la résolution de problèmes des jeunes par les jeunes eux-mêmes. Les pistes que nous développons regroupent tous les secteurs porteurs tels que le digital dans l’agriculture ou le droit. Il y a aussi le bâtiment car l’Afrique est en train d’évoluer avec la construction de ponts et d’infrastructures. Nos jeunes ne sont pas formés à ces métiers-là, du moins sur la théorie oui, mais pas sur la pratique. Nous avons déjà rencontré des DRH lors du Forum ainsi que certains cadres du ministère de l’Emploi pour leur faire part de notre envie de révolutionner les choses. On dit que l’Afrique est le continent de demain. On voit que des entreprises du monde entier viennent pour investir. Mais les Africains sont les seuls qui ne se rendent pas compte qu’il existe des opportunités et un besoin de formation.

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Quelles initiatives avez-vous déjà mises en place ?

Nous sommes actuellement en pleine préparation d’une campagne de formation et de sensibilisation qui aura lieu dans les collèges et les lycées en fin d’année. On travaille avec les cabinets de recrutement RMO et Kaizene. On travaille aussi avec l’IFG Business School, affiliée à l’INSEEC. Nous sommes en négociation avec eux pour développer des modules de formation pour les jeunes de sorte qu’ils soient compétitifs au niveau international.

Nous sommes dans un élan d’émergence ».

Selon vous, quels sont les secteurs prometteurs en termes d’emploi ?

Le contexte dans lequel se trouvent la Côte d’Ivoire et l’Afrique subsaharienne reste positif. Nous sommes dans un élan d’émergence. Nous sommes en train de construire. L’infrastructure prend une place énorme dans le développement économique. Il y a donc le BTP mais aussi les secteurs de l’agro-industrie, du tourisme, du digital.

Que pensez-vous des programmes de soutien à l’entrepreneuriat ?

Je suis très mesuré sur la question. Aujourd’hui, on dit aux jeunes : « Il n’y a pas de travail, donc créez votre entreprise ». Or tout le monde n’est pas capable d’entreprendre, comme tout le monde ne peut pas être physicien ni cuisinier. On finance des projets à coup de millions de francs CFA et trois ans plus tard ils ont disparu du paysage économique car ils n’étaient pas vraiment préparés au monde de l’entreprise. Un bon business plan doit être bankable, il doit pouvoir générer des revenus et répondre à un besoin bien précis dans l’environnement dans lequel il se trouve.

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Quelle est votre méthode ?

Nous sommes en train de construire des partenariats avec des banques telles que Cofina, qui veut accompagner les jeunes. Le but est d’incuber ces jeunes, et les mettre en rapport avec des professionnels qui ont fait leur preuve. Tout cela sous la couverture d’une banque qui va les financer graduellement, et non leur donner de l’argent tout de suite. Ce sera déterminé en fonction des étapes qu’ils franchissent. Il faut que les entreprises soient pérennes dans le temps avec une génération de champions qui va durer.

Il faut également que les femmes prennent une part active au développement en Afrique ».

Quels sont vos chantiers pour la suite ?

Nous voulons mettre en place différents programmes pour booster le leadership des jeunes. Cela commence par notre campagne de sensibilisation dans les collèges et les lycées. Nous souhaitons leur présenter les nouvelles opportunités qui s’offrent à eux afin de les aider à bien s’orienter. Il faut également que les femmes prennent une part active au développement en Afrique. Il faut transformer cette Afrique-là. Nous préparons déjà la seconde édition du Forum Young Job Network de mai 2019 où nous mettrons l’accent sur cette quatrième révolution qu’est le digital. Le thème fixé sera la jeunesse africaine face aux nouveaux défis de la mondialisation. Des interventions de tops managers, des ateliers et des tables rondes sont prévus.

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