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Zone franc : 40 ans de coopération

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Abdoulaye Bio-Tchané : « Oui, les objectifs visés à l’époque ont été atteints »

Aujourd’hui directeur Afrique du Fonds monétaire international (FMI), Abdoulaye Bio-Tchané était, en 1994, chargé de piloter le conseil de convergence de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA). Pour cet ancien grand argentier du Bénin, la dévaluation était un passage obligé. Jeune Afrique/l’intelligent : Quels étaient les objectifs visés par la dévaluation du franc CFA ? Abdoulaye Bio-Tchané : Il s’agissait de rétablir la stabilité macroéconomique dans les pays membres de la zone CFA. Ce rétablissement des équilibres internes et externes devait se faire à travers la mise en oeuvre de politiques macroéconomiques saines et de réformes structurelles. Celles-ci, conjuguées aux effets de la dévaluation, visaient entre autres à améliorer les perspectives de croissance, à renforcer la compétitivité des pays et diversifier leur base de production, et à assainir les finances publiques. J.A.I. : Pensez-vous qu’ils ont été atteints ? A.B.T. : Oui, car les perspectives de croissance se sont globalement améliorées. Les taux de croissance, qui étaient très faibles (parfois même négatifs) avant la dévaluation, ont atteint, en moyenne, 5 % au cours de la période 1995-2002. Les taux d’inflation sont revenus aux niveaux très faibles que les pays connaissaient auparavant. Outre les taux d’épargne et d’investissement qui ont évolué positivement, les finances publiques ont été assainies dans l’ensemble de la zone. De plus, même s’ils ont été partiellement érodés, les gains de compétitivité réalisés par les pays se sont maintenus jusqu’à ce jour. Cela dit, les efforts doivent être poursuivis pour que les pays de la zone arrivent à lutter efficacement contre la pauvreté. Les taux de croissance, qui étaient très faibles (parfois même négatifs) avant la dévaluation, ont atteint, en moyenne, 5 % au cours de la période 1995-2002. J.A.I. : Que répondez-vous à ceux qui affirment qu’il aurait fallu, avant de dévaluer, mener des réformes en profondeur pour maximiser les retombées de la dévaluation ? A.B.T. : Ces critiques ne sont pas fondées. Avant de décider de la dévaluation du franc CFA, les pays de la zone avaient d’abord pris des mesures d’ajustement interne. Celles-ci se sont révélées insuffisantes pour corriger les graves déséquilibres auxquels la plupart faisaient face. La décision fut alors prise de modifier la parité, et cela a eu lieu dans le cadre de programmes financiers soutenus par le FMI. Ils définissaient non seulement des politiques financières saines, mais comprenaient également des réformes destinées à aider les pays à tirer profit de la dévaluation. Cela concerne l’ensemble des mesures visant à assainir les finances publiques, à renforcer les activités du secteur privé, à restructurer les entreprises publiques, à renforcer l’intermédiation financière et à diversifier la base de production. J.A.I. : Pourquoi a-t-il fallu attendre le décès du président Houphouët-Boigny pour décider de la dévaluation ? A.B.T. : Cela n’a rien eu à voir. La décision a été prise par les pays membres de la zone. Ils avaient fait le constat que les mesures d’ajustement interne n’étaient pas de nature à venir à bout des déséquilibres profonds qu’ils connaissaient, et qu’il fallait donc changer la parité du franc CFA. Dix ans après, l’Histoire semble leur donner raison. J.A.I. : Reste qu’une simple mesure monétaire ne change pas la donne pour ces pays : c’est davantage le coût élevé des facteurs qui les empêche de retrouver un niveau de compétitivité satisfaisant… A.B.T. : C’est vrai. C’est pour cela que les programmes d’ajustement alors soutenus par le FMI comprenaient plusieurs mesures d’accompagnement ainsi que des réformes structurelles destinées à aider les pays à améliorer leurs perspectives de croissance. Ce qui s’est d’ailleurs matérialisé puisqu’en 1994 et 1995 l’ensemble de la zone a connu un regain de la croissance. Et, dès 1996, on parlait même de nette accélération de la croissance dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). J.A.I. : La crise ivoirienne et le niveau actuellement élevé de l’euro ne font-ils pas peser la menace d’une nouvelle dévaluation ? A.B.T. : Je pense qu’il faut se garder de faire des analyses quelque peu réductrices. De manière générale, les indicateurs habituellement utilisés pour mesurer la compétitivité extérieure montrent que celle des pays de la zone reste globalement adéquate. Propos recueillis par Hassan Ziady

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