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Addis Abeba : la salsa séduit de plus en plus d’Ethiopiens

Le club est plein à craquer, la musique à fond: en attendant le début de la première compétition de salsa de l’histoire d’Addis Abeba, les danseurs s’échauffent, espérant pouvoir rapidement démontrer leurs nouvelles aptitudes.

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Mis à jour le 12 janvier 2010 à 12:07

Addis Abeba : la salsa séduit de plus en plus d’Ethiopiens © AFP

« Je suis venu pour gagner et je suis bien préparé pour ça », confie juste avant de monter sur les planches Daniel Nigussie, qui dirige en temps normal une société d’importation d’ordinateurs.

Pas de danse complexes et véroniques enchantent ses fans, tous de nouveaux passionnés de ce rythme latino-américain qui mêle plusieurs style afro-cubains, et connaît un succès grandissant dans la capitale de l’antique et traditionnelle Ethiopie.

Il y a cinq ans, un seul cours de salsa vivotait sous la houlette d’un entrepreneur qui avait étudié aux Etats-Unis. Aujourd’hui une dizaine d’écoles rassemblent chacune une cinquantaine d’apprentis salseros dans la capitale.

Les boîtes de nuit proposant des soirées spéciales salsa sont aussi de plus en plus nombreuses, du « Bailamos » –du titre d’un des tubes d’Enrique Iglesias– où se tient la compétition, au Club Alizé ou Black Rose.

Chemise de satin immaculée et casquette noire en arrière, Daniel raconte qu’il est passionné par la salsa depuis plus d’un an, et assure progresser chaque jour: « plus que tout, on aime la synergie et l’intimité (de cette danse), même si ce n’est pas facile parce qu’il faut rester en symbiose avec votre partenaire. C’est aussi très intéressant pour ceux qui regardent ».

Seble Asrat, la partenaire de Daniel pour la compétition, ne s’attendait pas à cette passion: « j’y suis venue par accident il y a trois ans dans une soirée où j’ai découvert que la plupart de mes amis dansaient sur ces rythmes latino ».

« Depuis, je n’ai jamais arrêté, j’ai pris des cours et maintenant je participe à la compétition », confie la jeune fille de 23 ans, drapée d’un fourreau noir et blanc et chaussée de talons hauts.

Pourtant la salsa est bien éloignée des rythmes traditionnels éthiopiens ou de l’Eskita, ces danses typiques qui ne font bouger que les épaules et le haut du corps mais surtout pas rouler les hanches.

Les deux styles « sont aux deux extrémités du spectre de la danse. La salsa, c’est surtout le mouvement du bas du corps à partir de la taille », souligne Mekonnen Bizuwork, professeur de danse latine depuis quatre ans.

« Au début les débutants trouvent que c’est difficile de s’adapter, mais ils finissent accro en peu de temps », ajoute ce jeune homme de 24 ans, qui se présente comme un expert du zouk, de la bachata, du chacha et autres merengue.

La tendance a tellement de succès que Feseha Girmay, l’organisateur du concours baptisé « Addis Salsa clash », se trouve dans une position difficile: « Il y a tellement d’excitation que je suis devant le dilemme de savoir si j’organise une seule compétition, comme je l’avais prévu, ou deux par an ».

Cette mode traduit aussi une augmentation de la classe moyenne urbaine en Ethiopie, plus ouverte sur le monde, ayant accès aux télévisions câblées ou satellite, ce qui était impensable avant 1991, sous le régime militaro-marxiste du colonel Mengistu.

M. Feseha envisage même une version télévisée du concours, avec des participants qui viendraient de tout le pays, « parce qu’on me demande tout le temps d’organiser plus de compétitions ».

Pour Daniel et Seble, qui ont été éliminés par les trois juges unanimes, l’expérience n’est pas perdue. « Je ne suis pas venu pour devenir une star, mais pour m’amuser, et ça a été le cas », assure Daniel.