Politique

Nigeria: la justice examine un transfert formel du pouvoir au vice-président

La Haute cour fédérale du Nigeria a commencé jeudi à examiner trois requêtes visant à investir officiellement le vice-président Goodkuck Jonathan comme « président par intérim », en raison de l’absence du président Yar’Adua hospitalisé à Jeddah depuis le 23 novembre.

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Mis à jour le 14 janvier 2010 à 10:56

Nigeria: la justice examine un transfert formel du pouvoir au vice-président © AFP

L’association du barreau du Nigeria (NBA), l’avocat et activiste des droits de l’homme Femi Falana et un ancien député, Farouk Adamu Aliyu, ont déposé trois requêtes séparées en ce sens.

Le verdict ne devait pas être rendu le jour même.

Mercredi, la même juridiction avait jugé que le vice-président pouvait « exercer les pouvoirs du président Umaru Yar’Adua jusqu’à son rétablissement et son retour à son bureau ».

Le président de la Haute cour avait toutefois précisé que ce jugement ne signifiait pas que le vice-président devenait « président par intérim » mais qu’il pouvait seulement assurer certaines fonctions présidentielles durant l’absence du chef de l’Etat, conformément à une disposition de la Constitution.

Cette disposition prévoit que les pouvoirs exécutifs dévolus au président peuvent « être exercés par lui directement ou par le vice-président, les ministres ou hauts fonctionnaires du service public ».

Pour Femi Falana, cette décision « n’a aucun sens » car « aucun pouvoir n’a été formellement et directement délégué par le président à son vice-président » par écrit avant son départ pour Jeddah (Arabie saoudite) où il est soigné pour une affection cardiaque grave.

« Ce jugement n’a de fait rien réglé concernant le vide politique et l’absence de gouvernement », estime M. Falana.

Selon un constitutionnaliste nigérian, le jugement de mercredi ne remet pas en cause la suprématie du président, mais dans le climat d’incertitude actuel provoqué par la longue absence de M. Yar’Adua et sur son état de santé, cette décision pourrait constituer une étape pour sortir de la paralysie actuelle à la tête du pays.

Cette paralysie a été dénoncée mardi par des milliers de personnes devant le Parlement à Abuja, au cours d’une manifestation emmenée par le prix Nobel de littérature Wole Soyinka.

Pour empêcher une destitution de facto du président, qui s’est exprimé mardi dernier pour la première fois depuis 50 jours, les « durs » du régime et du parti au pouvoir, le PDP, font bloc pour maintenir le statu-quo.

« Il n’y a pas de vide, le vice-président fait très bien son travail », a déclaré le président du PDP Vincent Ogbulafor, tout en accusant les partisans d’un transfert des pouvoirs à M. Jonathan de vouloir « déstabiliser le pays ».

S’exprimant d’une voix faible, le président avait déclaré à la radio britannique BBC qu’il allait « mieux ». L’entretien, très court, avait été diffusé mardi matin, quelques heures avant que les deux chambres du parlement ne débattent pour la première fois de la santé du chef de l’Etat.

Au même moment, devant l’Assemblée nationale les manifestants protestaient contre le vide à la tête de l’Etat, avec une seule question: « Umaru où es-tu? ».