Politique

Traite négrière: le Sénégal privilégie le « devoir de mémoire »

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Mis à jour le 25 mars 2010 à 08:59

A l’occasion du 50e anniversaire de son indépendance, le Sénégal a déclaré l’esclavage et la traite négrière comme « crimes contre l’humanité », privilégiant un « devoir de mémoire » à destination des générations futures plutôt que d’exiger des réparations financières.

Le projet de loi a été adopté mardi par l’Assemblée nationale, faisant de cette ancienne colonie française le premier pays africain à se doter d’une telle législation, inspirée de la loi votée le 10 mai 2001 en France à l’initiative de la députée d’origine guyanaise Christiane Taubira-Delannon.

« Pour l’instant, la loi ne prévoit pas de poursuites contre les révisionnistes », a indiqué à l’AFP le porte-parole du ministère de la Justice, Cheikh Bamba Niang. « Il s’agit d’une loi mémorielle, d’un devoir de mémoire. C’est une réponse juridique à un fait historique, même lointain, pour montrer l’ampleur de l’horreur et ses conséquences dramatiques sur l’Afrique », a-t-il précisé.

Le Sénégal a été touché par deux types de traite, le commerce du « bois d’ébène » effectué par les Européens sur la côté atlantique et les razzia arabo-berbères sur les populations du fleuve Sénégal.

Face à Dakar, l’île de Gorée et sa célèbre et très touristique « Maison des esclaves » sont inscrites depuis 1978 sur la liste du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Elle constitue un des symboles de la traite atlantique.

Mais la loi ne prévoit pas de demandes de compensations financières. Dans son « exposé des motifs » présenté aux députés, le ministre de la Justice et ancien porte-parole du chef de l’Etat, Me Amadou Sall, refuse de « s’attarder sur la question des réparations pécuniaires incompatibles avec notre dignité ».

Le porte-parole du ministère explique: « le président Abdoulaye Wade dit que lorsqu’on indemnise, on efface. Pour lui, on peut pardonner et commémorer mais pas effacer car la dignité n’a pas de prix ».

L’accent est donc mis sur le « devoir de mémoire », la loi prévoyant une commémoration nationale chaque année le 27 avril « correspondant à la date de l’abolition de la traite négrière dans les colonies françaises, le 27 avril 1848, à l’initiative de Victor Schoelcher ».

La loi stipule également que « les programmes scolaires (sénégalais) devront, notamment dans les cours d’histoire, inclure cette question et lui réserver suffisamment de place pour que nos enfants comprennent bien ce qui s’est passé et les conséquences de la traite négrière sur l’évolution de l’Afrique ».

« Le présent projet de loi pourrait permettre à tous les pays esclavagistes d’avoir le courage d’assumer leur passé et à l’Afrique de réfléchir sur le sien et sur ses relations avec la diaspora », insiste le ministre de la Justice dans son exposé.

L’adoption d’un projet de loi intervient quelques jours avant la cérémonie du cinquantenaire de l’indépendance, le 4 avril.

« C’est un aspect identitaire important, reconnaît le porte-parole du ministère de la Justice, c’est important de se sentir Sénégalais, Africains. C’est un moment propice à l’affirmation de l’identité sénégalaise ».

L’association française DiversCité a d’ailleurs salué dans un communiqué « cette décision historique qui réhabilite la mémoire des Africains déportés et brise l’oubli de cette tragédie par l’Afrique ».

Le président de l’association basée à Bordeaux, un port français ayant participé à la traite, Karfa Diallo, avait été reçu en février par le chef de l’Etat sénégalais. DiversCité avait lancé cet été une « campagne africaine pour faire déclarer la traite des Noirs et