Politique

Lagos, un chaos urbain où des Nigérians se battent pour leur survie

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Mis à jour le 9 avril 2010 à 06:14

Au coeur du chaos urbain de Lagos, une jeune vendeuse nigériane trouve « son espace » pour s’installer sous un panneau « no parking » dans la rue: comme elle, la majorité des habitants de la ville utilisent la moindre parcelle et se battent âprement pour leur survie.

Sous un soleil à la luminosité aveuglante, ses parents, des agriculteurs venus de l’est du Nigeria pour vendre des piments rouges dans la rue Keffi, du quartier privilégié d’Ikoyi, la surveillent l’air las. Ils sont peu désireux de parler.

Une multitude d’étals débordent sur la route où de nombreuses voitures, motos avec leurs chauffeurs portant des casques aux couleurs différentes, taxis jaunes, bus rouges, peinent à se frayer un chemin sur une voie défoncée. Le vacarme des klaxons est continu.

A quelques rues de là, Ugo Chris, une architecte, est installée dans son bureau donnant sur une lagune où sont ancrés des yachts.

Selon elle, la capitale économique du Nigeria est « victime de son propre succès ».

« Dans la mentalité des Nigérians – agriculteurs et hommes d’affaires – Lagos est une ville faite pour le commerce, les gens y arrivent des quatre coins du pays pour +faire fortune+ et le gouvernement n’a rien fait pour régler convenablement cet afflux », estime-t-elle.

« Au final, tout le monde se serre » à Lagos, une ville rythmée par les coupures d’électricité où vivent 15 à 17 millions d’habitants sur une superficie de 300 km2, selon des estimations nigérianes.

Après Le Caire, cette mégalopole est considérée comme la deuxième ville la plus peuplée d’Afrique.

Comme d’autres rues de Lagos, la rue Keffi est une mosaïque de « boutiques » improvisées, parfois en tôle ondulée, tenant à peine sur quelques mètres. Le mouvement des personnes est permanent.

On y trouve de tout: lacets de chaussures, tissus, casques de moto, soutiens-gorge, montres chinoises, bidons d’essence, fauteuils, pastèques, mangues, bananes vertes, petits sachets d’eau.

L’architecte nigériane salue certes « les progrès réalisés grâce au gouverneur de Lagos », Babatunde Fashola, qui a notamment « amélioré les transports publics ».

Mais, selon elle, « il faudrait que le mouvement amorcé se poursuive avec une vraie + régénération urbaine+ », avec plus « de routes et d’écoles ».

« Peu importe où il se trouve, le Nigérian est travailleur et il peut survivre partout », estime l’architecte. Dans ce pays pétrolier, le plus peuplé d’Afrique, Nigeria l’espérance de vie ne dépasse pas les 50 ans.

Sur la rue Awolowo, perpendiculaire à Keffi, de nombreuses banques ont élu domicile. On y croise des hommes en costumes cravates comme tout droit sortis de la City de Londres, sous un décor tentaculaire de câbles téléphoniques.

Au loin, des immeubles modernes, pour la plupart construits par des Italiens, Libanais, Allemands et Chinois, semblent figés dans leur éloignement des quartiers pauvres.

Dans sa maison, entourée de hauts murs d’enceinte, un habitant de Lagos dit qu’il ne reconnaît plus « la ville où il est né » il y a 68 ans.

« Lagos est devenue monstrueuse. Sous le régime des colonels, on n’avait pas d’argent pour acheter des voitures et maintenant tout le monde en a. Ce que vous voyez ici c’est la commercialisation d’une ville », dit-il.

Avant « Lagos était une belle ville avec de grands espaces verts, où on pouvait respirer, jouer pendant que nos parents nous regardaient tranquillement » mais « la mémoire de Lagos est en train de sombrer avec tous ses bâtiments culturels à l’abandon ».

Dehors, des femmes étendent leur linge sur des grilles de parking, à la tombée de la nuit.