Politique

Umaru Yar’Adua, un président nigérian sans éclat

Umaru Yar'Adua, un président nigérian sans éclat © AFP

Le président nigérian Umaru Yar'Adua, décédé mercredi à Abouja à l'âge de 58 ans après moins de trois ans au pouvoir, était un homme discret, plutôt respecté, mais souvent critiqué pour son manque de charisme et d'efficacité dans un pays habitué aux dirigeants à poigne.

Dès la campagne électorale précédant son élection en avril 2007, des signes de sa santé fragile étaient apparus.

Malade depuis des mois, le président Umaru Yar’Adua, 58 ans, avait été hospitalisé en novembre dernier en Arabie saoudite durant des semaines avant de revenir en février incognito dans le pays, pratiquement au moment où le Parlement avait donné les pouvoirs intérimaires, le 9 février, à son vice-président Goodluck Jonathan.

La silhouette frêle et le visage souriant mais impénétrable, Umaru Yar’Adua, musulman du nord, était aux antipodes de celle, haute en couleurs, de son prédécesseur le général Olusegun Obasanjo (1999-2007). Ce chrétien du sud nigérian l’avait désigné pour lui succéder à la tête de la nation la plus peuplée d’Afrique avec 150 millions d’habitants.

Imposé aux caciques du Parti démocratique du peuple (PDP, au pouvoir), l’ancien gouverneur de l’Etat septentrional de Katsina a ainsi été contraint de sortir de l’ombre. Celle notamment de son grand frère, le général Shehu Musa Yar’Adua, numéro deux d’Obasanjo lorsque le général-président dirigea une première fois le pays en tant que chef de junte de 1976 à 1979.

Chantre du « règne de la loi », une notion devenue devise, Umaru Yar’Adua annonce rapidement un programme ambitieux, promet de lutter contre la corruption, de pacifier la région pétrolifère du sud, d’augmenter la production d’électricité quasiment dérisoire, ou encore de développer les infrastructures du pays.

Modéré et peu médiatique, il n’hésite pas à faire preuve de transparence en publiant son patrimoine et suscite de nombreux espoirs chez les Nigérians, bientôt déçus.

Vite surnommé « Baba go-slow » (Papa va lentement), il s’attire de nombreuses critiques pour son manque de résultats.

Pour les plus sévères, il n’est pas fait pour le poste suprême et dirige son pays, 8e exportateur mondial de pétrole, comme il gérait l’Etat de Katsina.

Arrivé au pouvoir sans se battre et sans envie apparente, Yar’Adua, qui affectionnait les amples boubous blancs, est perçu comme moins corrompu que beaucoup d’hommes politiques influents du pays. Se décrivant lui-même comme un « serviteur du pays » lors d’un entretien avec l’AFP avant son élection, il est élu en se présentant comme un homme intègre, pourfendeur de la corruption qu’il ne réussira pourtant pas à faire reculer.

Selon quasiment tous les observateurs, son élection a été largement frauduleuse. Ses deux principaux opposants avaient intenté une action en justice visant à annuler le vote mais la Cour suprême les avait déboutés.

Umaru Yar’Adua n’a pas non plus tenu sa promesse de doubler la production d’électricité à 6. 000 mégawatts fin 2009. Un objectif pourtant très modeste dans un pays où la majorité des habitants vivent quasiment sans électricité.

En revanche, ses efforts pour ramener le calme dans le delta du Niger (sud), région richissime en hydrocarbures secouée par des violences depuis 2006, ont été largement salués.

L’amnistie offerte aux militants armés entre août et octobre 2009 a permis une remontée notable de la production de brut. Mais sa longue absence médicale à partir de novembre combinée à un manque apparent de suivi du programme post-amnistie fait désormais craindre un échec alors que les attaques reprennent.

Né le 16 août 1951, Umaru Yar’Adua était le père de neuf enfants, dont six de sa seconde épouse actuelle Turai, une femme influente.

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