Politique

Barthélemy Toguo et Soly Cissé: la liberté de création avant l’ »africanité »

| Par AFP
Barthélemy Toguo et Soly Cissé: la liberté de création avant l'"africanité"

Barthélemy Toguo et Soly Cissé: la liberté de création avant l'"africanité" © AFP

Cinquante ans après les indépendances, une nouvelle génération d’artistes africains, comme le Camerounais Barthélemy Toguo et le Sénégalais Soly Cissé, revendique sa « liberté de création », en s’éloignant de toute revendication d' »africanité ».

Les deux artistes s’affrontent par oeuvres interposées dans une exposition, dont l’inauguration, vendredi soir dans la capitale sénégalaise, a marqué le temps fort de l’ouverture de la Biennale de l’art africain contemporain Dak’Art, qui se poursuit jusqu’au 7 juin.

Créateur polymorphe (peinture, sculpture, vidéo, photo. . . ), comptant parmi les artistes africains les plus côtés au monde, Barthélemy Toguo, silhouette massive et verbe haut, bagues d’argent ornés de têtes de mort, défend la « dimension universelle » de son oeuvre.

« Mon travail n’est pas l’expression de mon africanité, c’est une célébration de la vie », souligne-t-il à l’AFP, à proximité d’une peinture singulière représentant deux portraits de profil irrigués de vaisseaux sanguins multicolores.

« L’Africanité, ce n’est pas la peine de l’afficher. Il n’y a pas plus Africains que nous », poursuit Soly Cissé créateur multisupport, dont les peintures peuplées d’étranges et inquiétantes créatures, entre genres humain et animal, reflètent un inconscient tourmenté.

Les représentants de la jeune génération (Toguo est né en 1967, Cissé en 1969) « n’ont pas de problèmes identitaires », insiste Soly Cissé, un des artistes contemporains les plus côtés du Sénégal: « l’identité n’est pas une priorité. La priorité, c’est la liberté de penser, de créer ».

« Je viens de quelque part », lui répond comme en écho son +grand frère+, qui vit entre Paris et le Cameroun, « il faut l’accepter mais je pourrai être Américain ou Suédois, j’ai ma liberté ».

Le Sénégalais refuse la notion d’ »art contemporain africain ». Le Camerounais est allé encore plus loin: en 2007, il a claqué la porte de la prestigieuse Biennale de Venise lorsqu’il s’est aperçu que les organisateurs avaient « parqué » les Africains dans un pavillon spécifique.

Mais tous deux exposent dans le monde entier: Barthélemy Toguo s’est envolé samedi pour l’Australie, où il participe à la Biennale de Sydney. « Beaucoup reste pourtant encore à faire, la visibilité (des artistes africains) reste encore très limité », insiste-t-il.

« Ce sont des artistes contemporains, ils avancent, ils ne sont pas prisonniers d’un support, d’une technique, ils se nourrissent de ce qu’ils voient dans le monde, sans complexe », souligne Alban Corbier-Labasse, directeur de l’Institut français de Dakar, à l’origine de l’exposition commune.

Et ils s’éloignent chaque jour un peu plus des clichés d’une Afrique misérable dont le triptyque guerre-famine-sida monopolise l’attention des médias occidentaux.

« La génération de (Léopold Sédar) Senghor (poète-président sénégalais, au pouvoir de 1960 à 80) était dans une conquête identitaire. Mais (les artistes de la nouvelle génération) se considèrent comme appartenant au monde », relève Florence Alexis, une des fondatrices de la Fondation Afrique en création.

« Les combats ont changé, poursuit-elle. Le combat sur la négritude a eu son utilité. Ils bénéficient de ce travail et vont plus loin, sont plus détendus par rapport au reste du monde ». Ils constituent la génération post-indépendance.

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