Médias

Bénin : suspendue depuis décembre, la radio de Sébastien Ajavon licencie tous ses employés

Ville de Cotonou, vue de la ville dans le centre, novembre 2017 (photo d'illustration).

Ville de Cotonou, vue de la ville dans le centre, novembre 2017 (photo d'illustration). © Jacques Torregano pour JA

Les 41 employés de la radio de l’opposant béninois, aujourd’hui exilé en France, ont appris leur licenciement cette semaine.

« Nous sommes en cessation d’activités puisque la radio est suspendue jusqu’à nouvel ordre par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication », la HAAC, a déclaré Virgile Ahouansè, journaliste politique et délégué du personnel, qui a reçu sa lettre de licenciement mardi.

Il s’est dit « désolé que l’instance investie par la Constitution pour protéger la liberté de presse en arrive à une solution aussi radicale qui ne tient pas compte du droit à l’information des Béninois ».

A la mi-décembre, la radio, une des rares d’opposition au Bénin, avait reçu un courrier du président de la HAAC lui ordonnant de « suspendre les émissions jusqu’à nouvel ordre ».

« Notre convention est arrivée à expiration. Nous avons introduit la demande de renouvellement dans le délai requis, mais la demande n’a pas abouti », avait expliqué le rédacteur-en-chef de la station, Saturnin Djossou.

« C’est un véritable recul en matière de liberté d’expression dans notre pays », regrette Franck Oké, juriste habitué des débats politiques sur la radio.

« Une voix importante s’est éteinte. Il y a une volonté de ne plus voir Soleil FM exister au Bénin, une des rares voix dissidentes dans l’espace audiovisuel béninois », a-t-il poursuivi.

Drame social

De nombreux auditeurs sur les réseaux sociaux ont déploré « la fin tragique d’une radio qui apportait beaucoup de contradictions dans le débat politique ».

Pour Zakiath Latoundi, présidente de l’Union des professionnels des médias du Bénin, c’est « un espace de liberté fermé et un drame social pour le personnel ».

Le 28 novembre 2016, Soleil FM avait déjà été suspendue avant d’être autorisée à émettre à nouveau trois mois plus tard.

Depuis le mois d’octobre 2017, les fréquences de la radio étaient néanmoins perturbées.

Exil

Candidat à la présidentielle de 2016, Sébastien Ajavon était arrivé troisième, avant de se rallier à l’actuel président Patrice Talon. Mais les relations entre les deux hommes se sont vite dégradées, Sébastien Ajavon ayant été visé par la justice dans plusieurs affaires.

Il vit actuellement en exil en France.

La nouvelle loi Code du numérique du 20 avril 2018, qui « criminalise la publication de fausses informations et les délits de presse en ligne », peut toutefois être utilisée en vue de « harceler et menacer ceux qui expriment des opinions divergentes », met en garde François Patuel, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.

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