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Zimbabwe: une nouvelle génération de fermiers fait décoller la production de tabac

| Par AFP
Zimbabwe: une nouvelle génération de fermiers fait décoller la production de tabac

Zimbabwe: une nouvelle génération de fermiers fait décoller la production de tabac © AFP

Douglas Mhembere ne possédait rien lorsqu’il est arrivé dans la ferme qui lui avait été attribuée dans le cadre de la réforme agraire du président Robert Mugabe. Huit ans plus tard, il gère une exploitation de 300 hectares et de 40 salariés.

Il fait aujourd’hui partie d’une nouvelle génération de fermiers qui, cette année, pour la première fois en huit ans, a fait décoller la production nationale de tabac, selon les responsables zimbabwéens du secteur.

« Je suis arrivé ici sans rien, avec juste du pain et à boire dans un sac plastique et je me suis assis sur ce tronc d’arbre pour me restaurer », raconte le fermier à l’AFP, en désignant un rondin d’eucalyptus dans la cour de sa ferme d’Ushamba, à 70 km à l’ouest d’Harare.

« Il n’y avait rien ici. Rien ! ».

Pour lui mettre le pied à l’étrier, un fermier blanc du voisinage lui prête un tracteur pour préparer ses cultures de tomates et de maïs. Plus tard, il s’essaie à la culture commerciale du tabac. Le fermier blanc n’a pas souhaité répondre aux questions de l’AFP mais M. Mhembere explique que son geste lui a permis de s’envoler vers le succès.

« J’ai réussi à acheter deux nouveaux tracteurs et de l’équipement pour l’irrigation », précise M. Mhembere, qui tenait jadis une épicerie.

Cette année, le Zimbabwe prévoit de récolter 114. 000 tonnes de « feuilles d’or » d’une valeur de plus de 320 millions de dollars US, soit presque le double de la production de 2009. Une hausse que les responsables du secteur du tabac attribuent directement aux efforts des nouveaux fermiers, tels que Mhembere.

On est loin cependant de la récolte record de 236. 000 tonnes en 2000, l’année où le président Mugabe a lancé la réforme agraire pour redistribuer aux Noirs les fermes exploitées par les Blancs qui détenaient la plupart des meilleures terres du pays.

Pour le chef de l’Etat, il s’agissait de corriger officiellement les inégalités de l’époque coloniale. Mais menée dans la précipitation et la violence, la réforme s’est conclue par le départ forcé de plus de 4. 000 fermiers blancs.

Elle a totalement désorganisé la production, notamment de produits alimentaires et de cultures de rapport comme le tabac et aujourd’hui, plus de la moitié de la population dépend d’une aide alimentaire pour survivre.

Mais cette année, les responsables du secteur agricole affirment que les récoltes repartent à la hausse, en raison des bonnes conditions climatiques et du soutien des donateurs à la production alimentaire.

Les négociants privés ont également favorisé la production de tabac –qui était, il y a dix ans encore, le premier revenu générateur de devises étrangères– en offrant des mesures incitatives qui ont permis de presque doubler le nombre de cultivateurs: 51. 000 cette année. Seulement 130 fermiers blancs environ sont restés, selon l’Association du tabac du Zimbabwe.

« Presque 50% (des fermiers réinstallés) cultivent désormais du tabac en raison du niveau intéressant des cours », explique Kudzai Hamadziripi, porte-parole de l’industrie du tabac du Zimbabwe.

La plupart des nouveaux fermiers sont liés par contrat avec des négociants qui fournissent fertilisants et graines et leur achètent ensuite la récolte.

M. Mhembere fait partie des plus chanceux. Il n’a pas dû batailler, comme d’autres, pour conserver ses terres convoitées par un concurrent ou un représentant de l’élite d’Harare.

Sa récolte de tabac cette année a fait un bond de 26% et il a débuté une production de semis pour ses plantations en novembre.

Reste à savoir si la tendance qui se dessine, va se maintenir. Mais pour Mhembere, « si le président Mugabe a fait quelque chose pour la majorité dans ce pays, c’est la réforme agraire qui a réellement émanciper les Noirs. La réforme agraire, c’est le partage, ce n’était pas chasser les Blancs. Le problème est que certains Blancs ne voulaient pas partager ».

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