Politique

Guinée: l’apaisement affiché par les candidats à la présidentielle vole en éclat

Un président de commission électorale condamné à la prison pour fraude, violences entre partisans des deux camps: à une semaine du second tour de la présidentielle en Guinée, l’apaisement affiché par les deux candidats, Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé, a volé en éclat.

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Mis à jour le 12 septembre 2010 à 16:54

Guinée: l’apaisement affiché par les candidats à la présidentielle vole en éclat © AFP

Le 3 septembre à Ouagadougou, sous la pression du président burkinabé Blaise Compaoré, médiateur dans la crise guinéenne, MM. Diallo et Condé signaient un « protocole d’entente pour une élection apaisée en Guinée ».

Ce pacte aura tenu moins d’une semaine, un jugement rendu jeudi ayant ravivé les tensions entre partisans des deux candidats, qui se sont affrontés à coups de pierres samedi et dimanche dans la banlieue de Conakry, faisant au moins une vingtaine de blessés.

Dimanche, les incidents ont éclaté dans la banlieue de Hamdallaye où se trouvent les sièges des partis des deux candidats, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Diallo, et le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) de Condé.

Des dizaines de militants se sont affrontés à coups de pierres et des véhicules circulant dans le quartier ont également été visés. Aucun bilan n’a été fourni sur le nombre d’éventuels blessés victimes de ces affrontements.

A la suite d’une plainte du RPG pour des irrégularités commises lors du premier tour du scrutin présidentiel du 27 juin, un tribunal de la banlieue de Conakry a condamné par contumace deux dirigeants de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), dont son président, Ben Sékou Sylla, à un an de prison ferme pour « fraude électorale ».

Aussitôt, le RPG réclamait le départ de Mme Hadja Aminata Mame Camara, présidente par intérim de la Céni en remplacement de M. Sylla – malade et soigné à Paris depuis début août – jugée trop proche de Cellou Dalein Diallo.

Réunie samedi, la Céni a opposé une fin de non-recvoir à cette exigence et maintenu Mme Camara à son poste.

Un avocat de la défense de Ben Sékou Sylla, Me Boubacar Barry, avait accusé le jour du jugement « le RPG et son candidat d?instrumentaliser la justice ». « Leur stratégie est de tout faire pour que le second tour ne se tienne pas à la date convenue, en organisant une implosion de la Céni », avait-il ajouté.

Le RPG s’en défend et a accusé les militants de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG, parti de Cellou Dalein Diallo), d’avoir provoqué les violences de samedi.

Ils ont attaqué le domicile du chef du RPG, et il y a eu six blessés graves, selon Martine Condé, porte-parole d’Alpha Condé, bilan qui n’a pu être confirmé de source indépendante. La porte-parole a affirmé que des véhicules avaient également été endommagés et volés.

Dans un communiqué publié samedi soir, elle a appelé les partisans d’Alpha Condé « au calme et à la retenue », les exhortant « à ne pas céder à la provocation, faisant ainsi le jeu de ceux qui ne veulent pas des élections ».

En dépit de ces dénégations, le RPG a laissé planer le doute sur sa participation au second tour. Vendredi, un de ses dirigeants, Mohamed Diané, a affirmé qu’il participerait au scrutin « si toutes les conditions étaient réunies ».

Il a cité « l’affichage des listes électorales » et « l’installation » de nouveaux bureaux de vote dans des régions où de nombreux électeurs n’avaient pu voter au premier tour, les bureaux étant trop éloignés de leurs villages.

La Céni et le ministère de l’Administration territoriale doivent se réunir lundi pour finaliser l’organisation de ce second tour entre l’ex-Premier ministre Diallo (43,69% au 1er tour) et l’opposant historique Condé (18,25%).

Après l’annulation du vote pour absence de procès verbaux dans cinq importantes circonscriptions, le taux d’abstention avait été de 48%.