Politique

Otages: un ancien d’Areva relève « une énorme carence » des forces nigériennes

L’ancien responsable de la sécurité des mines du groupe nucléaire Areva au Niger, Gilles Denamur, a imputé lundi à une « énorme carence des forces de sécurité » nigériennes la prise d’otages intervenue la semaine dernière à Arlit, dans le nord du pays.

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Mis à jour le 20 septembre 2010 à 16:17

Otages: un ancien d’Areva relève « une énorme carence » des forces nigériennes © AFP

« On a pour le moins une énorme carence des forces de sécurité. Ils ont mal fait leur boulot », a déclaré à l’AFP le colonel, aujourd’hui à la retraite. « D’après mes sources, des +barbus+ étaient dans Arlit depuis deux ou trois jours », avant l’enlèvement des cinq Français et deux Africains employés d’Areva et de son sous-traitant Satom (filiale du groupe Vinci).

« Je suis un peu étonné qu’ils n’aient été détectés par personne. A Arlit, dès que quelqu’un de nouveau arrive, tout le monde le sait. Personne ne passe inaperçu, chacun passe son temps à regarder l’autre », a-t-il expliqué.

Ancien attaché militaire à l’ambassade de France à Niamey (1996-1999), M. Denamur a été responsable de la sécurité des mines d’Areva au Niger pendant un mois et demi en 2007, avant d’être expulsé par le régime de l’ancien président Mamadou Tandja, qui le soupçonnait de complicité avec la rébellion touareg.

Interrogée par l’AFP depuis Niamey, une source touareg familière des questions de sécurité dans la région a évoqué « une défaillance dans les renseignements », mais sans préciser les responsabilités. « Les ravisseurs étaient dans la ville trois ou quatre jours avant les enlèvements », a confirmé cette source.

La protection des employés d’Areva était assurée par « 300 à 400 militaires, une gendarmerie, un commissariat avec de nombreux policiers, la garde de la force nationale d’intervention et de sécurité », a par ailleurs énuméré Gilles Denamur.

« A côté de ça, chaque villa est gardée par un gardien » non armé, dont « une bonne moitié » étaient des « rebelles de la première rébellion » touareg des années 90, a confirmé l’ancien officier.

« On était dans le cadre d’une intégration des ex-rebelles touaregs. Ils sont quand même chez eux. L’Etat nigérien savait très bien qu’on prenait des Touareg », a-t-il conclu.

Il exclut une implication des Touareg dans l’enlèvement: « Jamais un Touareg n’aurait touché aux Larribe », assure-t-il.

Daniel et Françoise Larribe, un salarié d’Areva et son épouse qui figurent parmi les otages, « étaient depuis plus de 20 ans sur place, parlaient parfaitement tamachek », la langue touareg, affirme Gilles Denamur.

« Par contre, que des yeux se soient fermés du côté des forces de sécurité, ça me paraît dans le domaine du possible », estime l’officier, qui reconnaît cependant avoir « du mal » à désigner les responsables éventuels.

Au Niger, Areva met « sa sécurité aux mains des forces de sécurité du pays souverain », fait valoir M. Denamur, selon qui « il était hors de question d’aller payer une compagnie de mercenaires américains pour protéger les mines ».