Politique

Somalie: creuser pour avancer dans le champ de bataille urbain de Mogadiscio

Cela s’appelle la « tactique du trou de souris et du tunnel ». Dans Mogadiscio en guerre, les troupes ougandaises de la force africaine (Amisom) mettent en oeuvre une nouvelle méthode pour progresser, maison par maison, vers les positions des insurgés shebab.

Par
Mis à jour le 23 septembre 2010 à 12:48

Somalie: creuser pour avancer dans le champ de bataille urbain de Mogadiscio © AFP

A coup de pioches et de pelles, en un long travail de fourmis, les soldats déployés sur la ligne de front d’Hodan, en plein centre de la capitale, se font un chemin dans un dédale d’habitations abandonnées et de ruelles sablonneuses.

Ce qui fut sans doute autrefois un quartier cossu, avec ses agréables villas au jardinet ombragé dissimulées derrière de hauts murs d’un blanc immaculé, n’est plus qu’une ville fantôme aux façades éventrées par la mitraille.

Sacs plastiques souillés et douilles d’armes automatiques jonchent des allées devenues de minces sentiers, mangées par les épineux.

Tels des squelettes d’acier, des carcasses tordues de voitures encombrent carrefours et arrière-cours, témoignages des batailles de rues acharnées qui se sont déroulées ici.

Appuyés par des miliciens pro-gouvernementaux du chef de guerre Yousouf Mohamed Zihad Indaade, les soldats ougandais y sont stationnés dans le poste de Terabunka face aux shebab.

De cette place forte avancée, qu’ils occupent depuis près d’un mois et défendue par des chars T-72, les hommes de l’Amisom affirment avoir pris possession en trois semaines d’environ 25 maisons, progressant de plus 200 mètres en direction du marché de Bakara, un bastion de l’insurrection.

« Tant que nous le pouvons, nous avançons. Lentement mais sûrement, nous arriverons à Bakara », promet le colonel Anthony Lukwabo, patron du secteur.

Aux grandes avancées en engins blindés sur les axes routiers, l’Amisom privilégie là une discrète tactique du grignotage. « Si je passe par les grandes rues, les insurgés me voient et déclenchent leur feu », explique l’officier.

On circule d’une habitation à l’autre par un tortueux réseau de trous, chemins de traverse et échelles de bois. Chaque pouce de terrain conquis est fortifié en poste de combat et occupé par des soldats en armes.

Au hasard de ce labyrinthe, une vingtaine d’hommes creusent une allée poussiéreuse et remplissent des sacs de sable: « ils se préparent à faire mouvement », chuchote leur chef.

Derrière les battants de fer rouillé d’un portail brinquebalant, une patrouille se repose dans la pénombre d’une bâtisse en ruines.

Dans le jardin de mauvaises herbes, un militaire tout sourire fait réchauffer la popote sur une bûche enflammée.

A l’étage, une mitrailleuse lourde pointe par la lucarne d’une pièce couleur pastel, sans doute une ancienne chambre d’enfant, vestige émouvant d’une paisible vie de famille engloutie.

Sur le toit en terrasse, un mortier de 60 mm et un lance-grenades en batterie. Protégé par une muraille de sacs de sable kaki, des soldats scrutent les lignes ennemies presque prises à revers. Les tirs des snipers insurgés sifflent aux oreilles.

« Peu à peu nous approchons de l’objectif », poursuit le colonel Lukwabo, « j’ouvrirai le feu le moment venu ».

« Capturer une zone, la consolider, puis avancer de nouveau », résume le porte-parole de l’Amisom, le major Ba-Hoku Barigye: « c’est simple mais ça marche », assure-t-il.

Pour l’armée ougandaise, plus habituée à la guerre de bush, c’est une étape de plus dans son apprentissage du combat en ville sur le champ de bataille de Mogadiscio.

Difficile de juger de l’efficacité de la méthode. De facto, les Ougandais occupent aujourd’hui une zone contrôlée il y a quatre mois encore par les insurgés, à environ 700 mètres au nord du carrefour stratégique « K4 ».

« Elle nécessite cependant un important déploiement en hommes », remarque le major Ba-Hoku, alors que l’Amisom, forte de 7. 200 Ougandais et Burundais, souffre d’un cruel manque d’effectifs.