Politique

Malgré les otages, les pays du Sahel défendent leur tourisme

Au salon du tourisme Top Resa à Paris, le Mali, le Niger et la Mauritanie tentent de convaincre les voyagistes de faire venir les touristes chez eux malgré la prise d’otages d’Arlit dans le nord du Niger.

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Mis à jour le 23 septembre 2010 à 14:44

Malgré les otages, les pays du Sahel défendent leur tourisme © AFP

Pour les pays de la zone sahélo-saharienne, l’enjeu est important: chaque enlèvement ou trouble se traduit par une chute brutale du tourisme sur lequel vivent de nombreuses populations locales.

Pour le Mali par exemple, qui a accueilli 150. 000 visiteurs étrangers l’an dernier, il constitue la troisième source de revenus après l’or et le coton, rappelle Boubacar Nafogou, conseiller technique du ministère malien de l’Artisanat et du Tourisme.

Tous craignent que les touristes fassent l’amalgame entre la partie sahélienne non sécurisée de ces pays et le reste de leur territoire.

Madougou Ba Ousmane, directeur de l’aménagement et des investissements touristiques nigérien, vante les mérites de la zone du fleuve Niger qui traverse le pays au sud avec ses réserves animalières où l’on peut apercevoir « les dernières girafes sauvages » de l’Afrique de l’ouest.

Ce pays, qui a accueilli l’an dernier 30. 000 visiteurs étrangers dont 6. 000 Français, doit aujourd’hui diversifier son offre et abandonner le tourisme des déserts. Pour M. Ousmane, il n’était « pas question de faire la politique de la chaise vide » au salon car le Niger « n’est pas une base d’Al-Qaïda ».

« Malgré les événements qui fragilisent la zone sahélo-saharienne, le Mali reste un pays de stabilité et de paix », assure-t-on sur le stand du pays.

« 95% des sites touristiques maliens, dont le Pays Dogon, sont situés en +zone verte+, sur la carte du ministère français des Affaires étrangères », souligne M. Nafogou.

Le site du Quai d’Orsay déconseille complètement de larges zones de ces trois pays et invite à une extrême vigilance sur d’autres. Les zones vertes, sans problèmes, sont minoritaires ou inexistantes.

Hamady Samba Sa, responsable de la communication de l’office de tourisme de Mauritanie, affirme que « le tourisme est une priorité pour son pays parce qu’il permet de lutter contre la pauvreté et donc contre la menace terroriste qui recrute dans les quartiers pauvres ».

C’est pour cette raison que Point Afrique, principal affréteur des tours-opérateurs de la région, a décidé « à contre-coeur » de stopper la quasi-totalité de ses dessertes aériennes. « On a résisté depuis un an aux demandes du Quai d’Orsay et accru les mesures de sécurité mais la situation est trop grave », a déclaré mercredi son patron Maurice Freund. « On ne veut pas être un fournisseur d’otages », a-t-il dit lors d’une conférence de presse à son retour du Niger.

Pour son entreprise, cela veut dire 80% de son personnel licencié mais il pense aussi aux « centaines de familles qui vivent de ce tourisme, chameliers, hôteliers, artisans, etc ».

Des populations sur lesquelles Al-Qaïda au Maghreb islamique « étend son influence », selon M. Freund qui a connu Michel Germaneau, l’otage français tué cet été par Aqmi qui a également revendiqué l’enlèvement le 16 septembre dans le nord du Niger de cinq Français, d’un Malgache et d’un Togolais.

L’association « Agir pour un tourisme responsable » qui regroupe une vingtaine de petits tour-opérateurs, a décidé de maintenir les destinations « sécurisées » comme le pays Dogon, la Libye et certaines régions du sud algérien.

L’un de ces tour-opérateurs, Allibert, va monter deux missions de sécurité en Mauritanie et en Algérie pour « maintenir des flux touristiques ». « Chaque abandon laisse un terrain vague », résume Gérard Guerrier, son directeur général.