Politique

Prise d’otages: comment les entreprises forment leurs expatriés

Des recommandations de base au stage commando, les entreprises s’efforcent de plus en plus de préparer leurs expatriés dans les pays à risques à affronter des situations difficiles voire extrêmes, comme les prises d’otages qui viennent de viser des Français au Niger et au Nigeria.

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Mis à jour le 24 septembre 2010 à 11:15

Prise d’otages: comment les entreprises forment leurs expatriés © AFP

La plupart des assureurs obligent désormais les entreprises à mettre en place un dispositif de sécurité, qui va d’une évaluation des risques à des accords sécuritaires avec les autorités locales, comme pour Areva au Niger. Elles comprennent souvent une formation des salariés.

Dans le cadre de la prévention, « la première des choses c’est d’apporter aux futurs expatriés et à leur famille une connaissance du milieu dans lequel ils vont débarquer aux plans culturel, historique, politique », explique à l’AFP Jacques Hogard, fondateur de la société Experts partenaires pour l’entreprise à l’étranger (EPEE) qui participe à la sécurité d’Areva au Niger.

« Vous n’imaginez pas parfois l’étendue de l’inconscience de certaines personnes. Par exemple, la jeune minette de 20 ans qui débarque en petit short et débardeur dans une zone très islamisée, c’est des choses que j’ai vues, au Niger ou ailleurs », ajoute-t-il.

Sollicité par l’AFP, le groupe pétrolier Total, qui emploie des milliers d’expatriés dans les pays comme le Nigeria, se refuse pour sa part à tout commentaire « pour ne pas mettre en péril la sécurité des salariés ».

Au-delà du b-a. ba, « on rappelle aux gens qu’ils représentent leur entreprise et leur pays, par exemple la France, et qu’ils sont donc des cibles potentielles », explique Bernard Jacquemart, directeur de l’information de Sécurité sans Frontières, société de conseil.

Pour éviter la prise d’otages, les modules proposés comprennent d’abord des recommandations, des consignes: éviter les habitudes, changer d’horaires, de trajets, ou encore savoir repérer si on est surveillé.

En cas de prise d’otages, « ce qu’on dit c’est, vous obéissez. On ne défie pas par le regard. On essaie de faire profil bas », poursuit-il.

« En fait, il faut se mettre en mode survie », résume M. Jacquemart. « C’est se dire +je ne sais pas pour combien de temps je suis là. Mais c’est aussi dire je ne suis pas n’importe qui. Je suis certes votre otage mais je suis une personne humaine qui a droit à un égard. Je suis une monnaie d’échange », dit-il.

« On leur montre les différentes situations et aussi des images d’otages » qui peuvent avoir été maltraités, mutilés, voire tués, dit-il. Certaines formations vont jusqu’à la mise en situation.

« On t’arrête à un barrage. Des miliciens encagoulés se jettent sur ta voiture, te braquent, te bandent les yeux », raconte un journaliste de l’AFP qui a suivi un stage de ce type.

« Ensuite, on te met à genoux dans un lieu isolé, les yeux bandés, les mains attachées derrière la nuque. Ils anéantissent par la douleur physique, la pression psychologique et l’humiliation, toute velléité de résistance et donc de tentative d’évasion », poursuit-il.

Au point que certains flanchent. « Il y a une personne qui a craqué, un humanitaire qui n’avait jamais été sur le terrain et qui n’a pas supporté les longues marches sur des terrains accidentés où tu tombes. On te ramasse, on te bouscule, on te crie dessus », raconte le journaliste.

Certains experts émettent d’ailleurs des doutes sur l’efficacité de ces stages extrêmes. « Ca peut avoir un impact très fort sur la personne et même la faire renoncer à sa carrière d’expatrié », relève M. Jacquemart.

« On a beau essayer de se préparer, c’est très difficile, renchérit Pierre Conessa, de la Compagnie européenne d’intelligence stratégique (CEIS).

Il cite l’histoire d’un otage sur le point d’échapper à ses ravisseurs. « Mais une fois sur le balcon, il a été pris d’une certaine ivresse. Ses dix secondes d’hésitation ont permis à ses geôliers de le rattraper ».