Politique

La France et l’Algérie liées dans la lutte contre Aqmi au-delà des divergences

La France, ciblée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), et l’Algérie, pays d’origine des émirs islamistes, sont liées par leur intérêt commun à lutter contre le terrorisme au Sahel et ont toujours maintenu les échanges, quelles que soient les divergences.

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Mis à jour le 24 septembre 2010 à 11:27

La France et l’Algérie liées dans la lutte contre Aqmi au-delà des divergences © AFP

« Nous avons une coopération en matière de renseignement avec nos amis algériens » qui sont « extrêmement mobilisés dans la lutte contre le terrorisme », a déclaré jeudi le ministre de la Défense Hervé Morin.

Une semaine après l’enlèvement revendiqué par Aqmi de sept personnes dont cinq Français au Niger, la France tient à montrer à quel point elle considère l’Algérie comme un acteur incontournable.

Après des mois de tensions, les relations se sont décrispées. « On en est à une relation stabilisée (. . . ): cela ne se détériore plus, mais il reste des obstacles », explique à l’AFP le président de la Commission des Affaires étrangères à l’Assemblée Axel Poniatowski.

L’Algérie n’a toujours pas digéré d’être inscrite par la France sur la liste des pays à risque pour les transports aériens ou l’appui de Paris à un plan d’autonomie marocain au Sahara. La France accuse toujours Alger de protectionnisme.

En revanche, plusieurs dossiers se sont dénoués, dont celui d’un diplomate algérien récemment blanchi par la justice française.

Mais même au plus fort de la crise, la coopération dans la lutte antiterroriste ne s’est jamais interrompue, indiquent responsables et experts.

« Il existe un véritable intérêt commun à coopérer activement dans la lutte anti-Aqmi », dit M. Poniatowski.

Aqmi est né d’une allégeance à Al-Qaïda en 2006 du Groupe salafiste pour la prédication et le combat issu du Groupe islamique armé qui, dans les années 90, avaient ensanglanté l’Algérie et orchestré des attentats en France.

L’Algérie a « Aqmi chez elle. Dans la région, c’est le pays le plus puissant, le plus riche, le plus grand », observe Jean-François Daguzan (Fondation pour la recherche stratégique, FRS).

« Le régime algérien a longtemps infiltré ces groupes, il a les moyens d’agir, l’envergure diplomatique et l’expérience militaire », confirme Kader Abderrahim (Institut des relations internationales et stratégiques, IRIS).

« Les Algériens n’ont pas attendu les enlèvements dans le Sahel pour agir sur leur flanc sud », souligne le chercheur rappelant qu’Alger a « été un intermédiaire important sur la question des Touareg », qui sillonnent la bande sahélo-saharienne où opère Aqmi.

Pour sa part « la France a des dispositifs déployés dans les pays du Sahel, notamment en Mauritanie: elle a des moyens qu’elle peut échanger avec l’Algérie », explique M. Poniatowski.

Alger a créé en avril un poste de commandement à Tamanrasset (sud) pour coordonner les activités de son armée avec celles de la Mauritanie, du Mali et du Niger. Et en dépit de rivalités entre ces pays, une réunion ministérielle y a eu lieu cet été.

Pour autant le jeu d’Alger reste trouble, selon les experts interrogés.

La transmission récente d’un renseignement sur une « menace imminente » d’attentat sur le territoire français est « peut-être pour l’Algérie une manière de faire appuyer sa lutte contre Aqmi », dit Khadija Mohsen-Finan ((Institut français des relations internationales).

Dans le même temps l’Algérie, qui cherche des soutiens pour éliminer toute menace islamiste sur son régime, n’est pas prête à toutes les concessions. « Elle ne veut pas voir de forces armées sur son territoire. Il y a un problème de souveraineté exacerbée qui fait qu’à un moment, ça bloque », dit M. Daguzan.